2 millions d’incidents de paiement non régularisés portant sur 45 milliards de DH

Les incidents de paiement non encore régularisés atteignent plus de 2 millions de cas pour un encours de 45 milliards de DH. Le montant moyen d’un chèque impayé s’élève à  21 000 DH. Rien qu’en 2010, 360 000 chèques ont été rejetés pour absence ou insuffisance de provision.

Quand on parcourt les chiffres de Bank Al-Maghrib relatifs aux incidents de paiement sur chèques, on comprend pourquoi les commerçants ont de plus en plus tendance à refuser ce moyen de paiement ou, au mieux, à manifester une grande prudence vis-à-vis de leurs clients avant de l’accepter. Les Marocains font, en effet, du chèque une mauvaise utilisation, et ce phénomène ne cesse de grandir. Dans son dernier rapport adressé à la Banque centrale, le service des incidents de paiement a établi le nombre d’incidents sur chèques non encore régularisés à fin 2010, à plus de 2 millions, pour un encours global de 45,10 milliards de DH. A titre de comparaison, ce montant est supérieur à l’encours du crédit à la consommation de l’ensemble des sociétés de financement de la place, qui a à peine dépassé les 40 milliards de DH fin juin dernier.
Plus inquiétant encore que le montant atteint par les chèques impayés : son évolution. Par rapport à fin 2008, cet encours a grimpé de 14,6%, soit près de 6 milliards d’impayés supplémentaire non encore régularisés en deux ans, sachant que chaque année, des dizaines de milliers d’incidents sur chèques sont annulés, régularisés ou échus. En nombre, la progression des chèques impayés est moins importantes : 3,4% seulement entre 2008 et 2010. Mais rien qu’au titre de l’année dernière, 640 000 nouveaux chèques ont été rejetés, dont 55% pour motif de défaut ou insuffisance de provision.

Le montant moyen des chèques impayés est de 21 000 DH

Le montant moyen des chèques impayés a par conséquent augmenté. Il est passé de 17 400 DH en 2008 à près de 21 000 DH en 2010, soit une hausse de 20%. Ceci s’explique par le poids, devenu plus important, de la valeur des chèques de plus de 100 000 DH dans l’encours global des impayés. En effet, 20 milliards de DH sur les 45 milliards de chèques impayés à fin 2010 portent sur des chèques dont le montant dépasse ce seuil, soit 45% du total. Cette tranche est suivie par celle des chèques dont la valeur est comprise entre 10 000 et 50 000 DH, qui totalise 12,8 milliards de DH, soit 28% de l’encours.
En nombre, ce sont plutôt les chèques de petits montants qui tombent le plus souvent impayés. Ceux dont la valeur se situe entre 1 000 et 5 000 DH représentent en effet 35% du nombre total des chèques impayés. Ils sont suivis par la tranche de 10 000 à 50 000 DH (25%), puis par celle de 5 000 à 10 000 DH.
Signalons que 85% des incidents de paiement ont été enregistrés à l’encontre de personnes physiques. Seuls 325 400 incidents sont imputables à des entreprises.

Autre tendance inquiétante : l’évolution des déclarations d’incidents de paiement par rapport à celle des régularisations de ces incidents. De 2008 à 2010, les déclarations annuelles de chèques impayés à Bank Al-Maghrib sont passées de 300 000 à 366 000, soit une augmentation de 22%. En parallèle, le nombre des régularisations est passé de 112 000 à 105 000, soit une baisse de plus de 6%. Ceci explique d’ailleurs la progression du nombre de personnes interdites d’émettre des chèques par la Banque centrale. Celles-ci totalisent actuellement 494 000 personnes contre 470 000 en 2008, soit une hausse de 5% en deux ans. Les personnes physiques interdites de chéquier sont les plus nombreuses et représentent 92% de cette population. Les personnes morales sont, elles, 38 500 à ne pas avoir le droit d’émettre un chèque.
Notons par ailleurs que les 640 000 rejets de chèques de 2010 correspondent à une valeur de 18 milliards de DH. 55% de ces rejets sont relatifs à une absence ou insuffisance de provision. Le taux de rejet par, rapport au nombre total de chèques échangés dans le système bancaire s’établit ainsi à 2,1% en valeur et à 2,4% en nombre. Ces taux sont restés stables entre 2008 et 2010, sachant que le montant des chèques échangés est lui aussi resté stable, à près de 830 milliards de DH.
Signalons enfin que ce volume reste, à ce jour, le plus important du système bancaire par rapport aux moyens de paiement, notamment les virements (540 milliards de DH), les lettres de change normalisées (140 milliards) et les prélèvements (8 milliards).

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