Conjoncture internationale : De mal en pis

Ceci n’est pas un discours exagéré ou une analyse excessive, mais la réalité de l’économie mondiale. Depuis presque trois ans, soit pratiquement depuis l’apparition de Covid-19, l’économie mondiale a connu un horizon sombre et un climat d’incertitude angoissant. Un constat relevé d’ailleurs par l’équipe de finance et développement au sein du FMI.

Ainsi, quand trois crises sont cumulées (guerre, Covid et changement climatique), elles en déclenchent une autre : la faim. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 23%, mettant fin à plusieurs années de stabilité relative à des prix, souligne une publication de l’équipe de finance et développement. Cette augmentation est imputée aux changements climatiques extrêmes qui ont nui aux récoltes et à la hausse des coûts de l’énergie. Puis, par l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui a fait grimper les prix à un niveau record depuis fin février 2022. Parmi ses attributions, le FMI examine les facteurs influant sur les perspectives de l’économie mondiale. Les analystes du FMI confirment que l’économie mondiale est aujourd’hui en train de subir un ralentissement intensifié, tandis que les risques baissiers se concrétisent. Après avoir mené des politiques de régulation sérieuses au cours de la période post-Covid, l’année 2021 avait connu une reprise très timide qui a été suivie par des épisodes de plus en plus sombres en 2022. Sous l’effet des ralentissements économiques constatés en Chine et en Russie, le PIB réel mondial s’est contracté au deuxième trimestre 2022. Au cours du premier trimestre, les perspectives de l’économie mondiale ont connu une forte dégradation à cause d’une importante hausse de l’inflation à l’échelle mondiale. Dans le même ordre d’idées, une grande influence des Etats-Unis et des pays occidentaux a provoqué un net durcissement des conditions financières mondiales.

Inflation, au plus haut niveau
Ces conditions ont engendré des chutes précipitées au cours des actions qui ont pesé lourd sur la croissance. Durant cette période de l’année 2022, l’inflation mondiale a enregistré son plus haut niveau, ce qui a poussé davantage les banques centrales à affermir leur politique monétaire. Selon le dernier rapport du FMI sur les perspectives de l’économie mondiale publié en juillet 2022, l’inflation dans la zone euro a atteint 8,6%, son plus haut niveau depuis la création de l’union monétaire. Dans les pays émergents et les pays en développement, l’inflation a atteint 9,8%. Cependant, l’inflation sous-jacente a durement progressé sous l’effet de la répercussion des tensions sur les coûts par le biais des chaînes d’approvisionnement. Le ralentissement économique de la Chine a déstabilisé les chaînes d’approvisionnement mondiales. Dans le cadre de sa stratégie «zéro Covid», la Chine a mené, au cours de ce deuxième trimestre de l’année, des mesures de restrictions sur les déplacements, ce qui a perturbé gravement l’activité mondiale. Shanghai, qui est considérée une plaque tournante majeure de la chaîne d’approvisionnement mondiale, a fait l’objet d’un confinement strict en avril 2022. Ce qui a porté un coût d’arrêt à l’activité économique. En poursuivant notre lecture sur les facteurs influant les perspectives de l’économie mondiale, la guerre en Ukraine sévit encore et crée un climat d’incertitude et des perturbations économiques sur une grande échelle. Une guerre économique entre la Russie et les pays occidentaux a encore aggravé la situation. Depuis avril 2022, les principaux pays avancés ont imposé de nouvelles sanctions financières à la Russie, et l’Union européenne a interdit les importations de charbon en provenance de Russie à depuis août 2022 et le transport par voie maritime de pétrole russe à partir de 2023. Plus récemment, le volume de gaz russe acheminé par gazoduc vers l’Europe a fortement diminué, pour atteindre 40% environ de son niveau d’il y a un an, ce qui a déclenché une forte hausse des cours de gaz naturel en juin 2022. La Russie a même coupé les vannes. Rappelons que cette situation pourrait provoquer une véritable menace pour les pays européens durant l’hiver prochain. Face à cette guerre des produits énergétiques entre les pays occidentaux et la Russie, l’économie de cette dernière a résisté. De plus, la demande intérieure russe fait preuve d’une certaine résilience, car l’effet des sanctions sur le secteur financier intérieur a été limité. D’ailleurs, la Russie prévoit une transformation radicale au niveau de son système financier, et estime que cette guerre présente une opportunité pour renforcer la parité de sa devise face à l’euro et le dollar. De même, la Russie table sur un changement géostratégique considérable qui présentera éventuellement une aubaine pour son économie.

érosion de la confiance
En revanche, les effets de la guerre sur les principaux pays européens ont été plus négatifs qu’anticipés, du fait de la hausse des prix de l’énergie, ainsi que d’une érosion de la confiance des consommateurs et d’un ralentissement de la productivité de l’industrie manufacturière. En définitive, le FMI prévoit une récession mondiale imminente au cours de ces prochains mois, du fait de la persistance des trois crises susmentionnées. Ainsi, sur la base d’informations fondées sur les prix des actifs, la probabilité qu’une récession démarre dans les pays du groupe des sept est estimé à près de 15%, soit quatre fois de son niveau habituel. En Allemagne, cette probabilité est plus proche d’une sur quatre (25%). S’agissant des Etats-Unis, certains indicateurs tels que le modèle prévisionnel GDPNow de la banque fédérale de réserve d’Atlanta montrent qu’une récession pourrait même avoir déjà commencé. Face à cette situation d’incertitude et des risques accrus, si l’économie mondiale a été touchée par des chocs supplémentaires, le climat macroéconomique mondial pourrait être encore pire. Dans le scénario de référence établi par les analystes du FMI, les révisions de la croissance des principaux pays avancés en 2022-2023 sont généralement négatives. Aux Etats-Unis, la croissance est revue à la baisse de 1,4 point de pourcentage, expliquée par une consommation privée moins dynamique et un durcissement plus abrupt de la politique monétaire. Dans la zone euro, la croissance est également revue à la baisse, de 0,2 point de pourcentage en 2022, sauf qu’une légère différence pourrait être constatée entre les principaux pays européens. L’Italie a pu enregistrer une amélioration des perspectives pour les secteurs du tourisme et de l’industrie par rapport à des révisions importantes à la baisse en Allemagne, en France et en Espagne. La révision à la baisse pourrait atteindre 1,1 point de pourcentage en 2023. En ce qui concerne les pays émergents et les pays en développement, les révisions à la baisse de la croissance en 2022–2023 sont dues essentiellement au net ralentissement de l’économie chinoise et au tassement de la croissance économique en Inde. La révision dans les pays émergents et les pays en développement d’Asie est proportionnellement élevée, de 0,8 point de pourcentage en 2022 dans le scénario de référence établi par le FMI.