Centres socio-sportifs de proximité : un programme mal ficelé ?

Sur les 1 000 programmés pour 2016, seulement 130 sont opérationnels. Les associations en charge de la gestion ne reversent pas les bénéfices aux collectivités locales.

Les centres socio-sportifs de proximité se construisent au compte-gouttes. Sur les 1000 qui devaient être opérationnels en 2016, seulement 130 sont créés. D’après les chiffres du ministère de la jeunesse et des sports, 183 autres centres attendent d’être inaugurés, 49 sont en cours de construction, 94 à l’étude et 209 en attente de réalisation pour des raisons de retards de versement des quotes-parts des partenaires. Le financement est en fait assuré à parts égales par le ministère de tutelle et les collectivités locales. A cette lenteur s’ajoute «un modèle de gestion peu efficient», selon une source proche du dossier. En effet, une fois les travaux achevés, ces centres sont confiés à des associations locales sans aucun cadre juridique, ni appel à manifestation d’intérêt, ni cahier des charges.

Interrogé sur ces points, le ministère reste évasif. Par contre, on sait que l’investissement est lourd. «Un centre coûte en moyenne 4,5 MDH hors foncier», confie Mustapha Azeroual, directeur des sports au sein du ministère de la jeunesse et des sports. Cependant, le montant varie en fonction de la catégorie du CSP. Dans les zones rurales, le coût d’un complexe comprenant seulement un ou deux terrains et des vestiaires n’excède pas les 500 000 DH. La facture peut frôler la barre des 6 MDH s’il est doté de terrains omnisports, de piscine, de salle polyvalente, de maison des jeunes, de vestiaires, de crèche, de boutiques et de cafétéria.

Les prix d’accès aux installations sont élevés

Considérés comme des équipements publics, ces centres doivent être accessibles aux citoyens à des prix symboliques, comme annoncé au départ dans les communications officielles. Il semble qu’il n’en est pas ainsi, en particulier dans les centres urbains où ils sont jugés élevés. «Dans un CSP du quartier Bourgogne, la location d’un terrain de foot pour une durée de deux heures est facturée 50 DH par joueur, soit un total de 600 DH pour les deux équipes (mini-foot)». Le prix d’accès à la piscine est fixé à 30 DH. Ces tarifs varient toutefois en fonction de la taille du centre, de la qualité des équipements et surtout de l’association qui le gère. Le problème avec ces associations est que non seulement elles fixent les tarifs qui les arrangent, mais oublient de verser les redevances à la tutelle et aux collectivités locales. «Elles prennent en charge les dépenses de gestion, en l’occurrence la propreté et la sécurité. L’entretien des équipements et du bâtiment est assuré par le ministère de la jeunesse et des sports», confie le directeur des sports.

Il est important de rappeler qu’initialement, c’était la Sonarges qui devait assurer la gestion de ces centres pendant un ou deux ans, le temps que le fonctionnement soit bien rodé. Elle devait ensuite les louer à des privés sur la base d’un cahier des charges bien précis de façon à assurer leur entretien et garantir l’accès à des prix abordables.

Tout ce dispositif sera réaménagé. On indique auprès du ministère que la plupart des centres seront repris par des Services de l’Etat gérés de manière autonome (Segma) à compter de janvier 2016. Les autres resteront entre les mains des associations. Il est précisé qu’une fois leur formation achevée, les équipes des Segma (sous-ordonnateurs et régisseurs) se pencheront sur les comptes des associations. En cas d’excédents d’exploitation, elles entameront les procédures nécessaires pour que les fonds soient transférés dans les comptes des Segma.

D’après les chiffres du ministère, le nombre des CSP opérationnels et en cours de réalisation est estimé à 665. Sur ce total, 58% sont implantés dans le périmètre urbain et 42% dans le milieu rural. C’est la région du Grand Casablanca-Settat qui compte le plus grand nombre avec 110 CSP. Elle est suivie de Rabat-Salé-Kénitra (87), au moment où Marrakech-Safi et Draâ-Tafilalet en comptent chacune 86. En revanche, les régions de Laayoune-Saguia Al Hamra et Dakhla-Oued Eddahab sont pour l’instant peu pourvues. Elle ne disposent respectivement que de 3 et 2 centres sportifs de proximité.