Zero Energy : Questions à  Laurent Libre, Créateur du concept Zero Energy

«Il faut apprendre les bonnes pratiques dès le plus jeune à¢ge»

La Vie éco : Parlez-nous tout d’abord de votre technique Zero Energy ?

Zero Energy est une technique permettant de recycler 95% des déchets sans aucune étape énergivore. C’est à la fois une révolution de simplicité et une réelle aventure des temps modernes.

Apportez-vous là un nouveau regard sur les déchets ?

C’est totalement l’idée. J’en avais marre d’entendre les gens se plaindre d’un problème qu’ils engendrent eux-mêmes : des déchets qui prolifèrent, très longs à se dégrader… Pour nous le déchet est un bon matériau, à nous de le regarder autrement et de l’appréhender positivement, pour ses qualités.

C’est une technique qui nous vient du Sud, du Sénégal plus précisément, une innovation de plus ?

Oui, nous l’avons testée et mise au point au Sénégal, avec les populations. Ensuite nous avons dû passer à l’étape supérieure en la confrontant aux professionnels du recyclage. Depuis, nous multiplions les collaborations avec les populations pour des projets sociaux de toutes sortes. Les ONG, ambassades et institutions nous contactent pour développer des programmes. Bref, ce n’est donc pas une innovation de plus. C’est un très grand pas en avant, de par le changement du regard porté sur les déchets. Nous avions des approches industrielles et politiques extrêmement coûteuses, pour régler à peine la moitié du contenu de notre poubelle. Aujourd’hui, c’est l’ensemble des déchets qui est réglé. 

Racontez-nous un peu votre aventure au Maroc ?

Je viens au Maroc depuis une dizaine d’années, c’est un pays particulièrement beau et riche de savoir-faire. Son développement rapide fait aussi apparaître des failles, notamment sur la question écologique. J’ai rencontré Saad Abid, fondateur de l’Association Bahri, qui est particulièrement impliquée dans la question écologique du littoral marocain. Nous avons collaboré l’an passé pour mettre en place des toilettes sèches sur les plages et cette année il nous a ouvert ses portes pour développer Zéro Energy, à travers un programme de sensibilisation. Nous sommes intervenus dans plusieurs écoles marocaines privées et publiques pour expliquer notre travail et on peut dire que l’ensemble du corps enseignant et les élèves ont beaucoup apprécié cette nouvelle approche.

Quels sont pour vous
les principaux problèmes que rencontre le Maroc en termes de gestion de déchets ?

La progression des espaces urbains génère énormément de déchets supplémentaires. Le manque de connaissance en termes de gestion des déchets explique les mauvaises décisions prises par les autorités. La question des déchets fait peur aux institutions comme aux citoyens. Le problème majeur donc, bien avant les problèmes concrets de gestion, est le manque de connaissance à tous les niveaux de cette problématique. 

Vous faites des générations futures et de la sensibilisation des enfants la base même de votre travail…

C’est le constat après quelques années passées dans ce milieu : le seul moyen de changer la donne est de diffuser la bonne information, d’apprendre les bonnes pratiques au plus jeune âge, pour enrayer le geste de jeter. Je me plais à dire que les futures générations riront du comportement «arriéré» des anciennes générations à jeter les déchets pour s’en plaindre ensuite.

Quels sont vos projets à venir pour le Maroc ?

L’accueil a été excellent dans les écoles, et c’est dans cette direction que nous voulons avancer, avec les institutions marocaines qui ont apprécié notre démarche. Nous travaillons dans une approche citoyenne et sociale visant toujours la pédagogie et la formation. En ce sens et aidés du réseau Bahri, nous avons réalisé une étude pour le compte des espaces verts de Casablanca, conseillé des entreprises de BTP au recyclage de leurs gravats. Nous travaillons également sur un projet au profit d’un orphelinat où nous sommes intervenus en atelier pédagogique.