Violence contre les hommes : Questions à Abdelfetah Bahjaji, Président du RMDDH

«Les Marocains ne savent pas se marier et encore moins divorcer…»

BahjajiLa Vie éco : Huit ans après la création du Réseau marocain pour la défense des droits des hommes, reconnaissez-vous l’utilité d’une telle instance ?

Tout à fait, le phénomène de violence à l’égard des hommes existe et il fallait en parler, en révéler l’existence afin d’apporter des solutions et de susciter un débat autour de cette problématique qui, il faut le souligner, menace la famille tout autant que la violence contre les femmes… Les hommes parlent rarement de leurs problèmes familiaux et se livrent encore beaucoup moins lorsqu’il s’agit de violence. D’ailleurs, dans plusieurs cas, nous avons été contactés par les mères et les sœurs des hommes victimes de violence. Il faut dire que l’évolution du nombre de cas qui nous sont soumis confirme la nécessité du RMDDH.

Quelle est la nature des conflits pouvant conduire à la violence ?

On constate malheureusement que dans la majorité des cas, il s’agit de malentendus anodins, simples qui peuvent être réglés si les conjoints savaient communiquer. Globalement, la violence dans les couples est due à l’inexistence de communication. Pour l’histoire, nous avons eu des cas de violence à cause du mouton de l’Aid, du choix de l’établissement scolaire pour les enfants, l’achat d’équipements ménagers, les visites de la belle-famille, la gestion des revenus… Et l’ingérence des familles dans le conflit ne fait que l’aggraver car au Maroc il semblerait que l’on ne se marie pas avec une personne mais avec toute une famille. Et lorsqu’il y a conflit, il est géré en famille. Bref, je pense que les Marocains ne savent ni se marier ni divorcer…

Vous dites travailler avec les moyens du bord, quelles sont vos relations avec les pouvoirs publics ?

n Pour l’instant, et depuis la création du réseau, nous n’avons aucune relation avec les pouvoirs publics. Le ministère de la solidarité, de la famille, de la femme et du développement que nous avons contacté plusieurs fois du temps de  Nouzha Skalli et même actuellement avec Bassima Hakkaoui, ne prête aucune attention à cette problématique. La famille n’est-elle pas constituée de l’homme et de la femme ?!

Pourtant un partenariat est souhaitable car nous avons besoin d’un appui logistique et financier mais surtout d’une collaboration pour une stratégie nationale de la société.

Et vos rapports avec les associations féminines… ?

Certaines d’entre elles travaillent avec nous, mettent à notre disposition leurs locaux pour recevoir les victimes de violence, elles assistent à nos réunions, etc. Toutefois, il y a des associations qui ne veulent pas reconnaître le phénomène de violence à l’encontre des hommes. Pour elles, la violence reste exclusivement un problème de la femme.