Violence contre les hommes : elle n’est pas seulement physique…

Le Réseau Marocain pour la défense des droits des hommes reçoit 1 000 à 1 300 plaintes par an. La violence physique représente 25% des cas, mais il y a aussi la violence juridique, psychologique, le harcèlement sexuel et la violence matérielle…

Proposé en réunion de rédaction, le sujet sur la violence contre les hommes a beaucoup surpris (le phénomène existe-t-il ?) et a également fait rire. L’homme étant habituellement l’auteur de violence contre la femme, il est difficile, dans la société marocaine, de l’imaginer en tant que victime. Pourtant, la violence contre les hommes existe et le Réseau Marocain pour la défense des droits des hommes œuvre, depuis sa création en février 2008, pour lever le voile sur ce tabou et pour sensibiliser les divers acteurs de la société. Mais aussi et surtout pour soigner l’image de l’homme violent souvent renvoyée par les associations féminines.

Pour Abdelfetah Bahjaji, président du Réseau Marocain pour la défense des droits des hommes (RMDDH), «il était nécessaire de donner la parole aux hommes et de les écouter. Cette nécessité est apparue au premier bilan de l’application de la Moudouwana en 2010 car il s’est avéré que plusieurs droits des hommes étaient bafoués et ne faisaient l’objet d’aucune réglementation dans le Code de la famille. C’est de là qu’est partie l’idée de créer le réseau». L’adhésion d’intellectuels, d’artistes et d’acteurs de la société civile s’est faite rapidement  au projet qui a vu le jour le 29 février 2008. Parmi les membres, il y a aussi des femmes. Et certaines associations féminines n’hésitent pas aujourd’hui à mettre leurs locaux à la disposition du RMDDH pour recevoir les hommes victimes de violence. Il est à noter que depuis sa création, le réseau n’a toujours pas, faute de moyens, de locaux. «Nous travaillons avec les moyens du bord et en collaboration avec diverses associations de la place. Avec les pouvoirs publics, en revanche, il n’y en a à ce jour aucune et notre cause n’a pas été entendue. Au ministère de la famille, on ne se préoccupe malheureusement  pas de cette problématique qui est en passe de devenir un phénomène de société», confie M. Bahjaji.

Selon les statistiques du RMDDH, quelque 1000 à 1300 personnes sont reçues par an depuis la création de la structure. Au cours de l’année 2015, il y a eu 26000 cas. Et il ressort d’un récent bilan que depuis début 2016, 19 000 hommes victimes de violence ont fait appel au RMDDH. Des indicateurs qui montrent, estime le directeur du réseau, que cette instance est nécessaire et que le phénomène ne relève pas de l’anecdotique. Cependant, il note que «tous les cas qui nous contactent ne sont pas retenus. Nous faisons, dès la première écoute, le tri et plusieurs cas sont écartés».

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Le RMDDH a établi en effet une classification des violences faites aux hommes, étant donné qu’il ne s’agit pas seulement de violence physique. On retiendra alors la violence juridique qui représente, selon Abdelfetah Bahjaji, 17 à 20% des cas reçus par le RMDDH. «Par violence juridique, il faut entendre la mauvaise ou la non-application de certaines dispositions de la Moudawana. Par exemple, on peut retenir le cas de la fixation de la pension alimentaire qui parfois dépasse le revenu de l’époux. Il y a également le cas du non-respect du droit de visite accordé au mari. Les femmes parfois empêchent, histoire peut-être de le punir ou de se venger, le père de voir ses enfants», explique le directeur du réseau. 

70% des cas de violence contre les hommes sont répertoriés dans les villes

Ensuite, il y a la violence psychologique qui constitue une atteinte à la dignité de l’homme qui est le plus souvent, selon le RMDDH, sujet d’insultes devant ses enfants, sur son lieu de travail ou chez lui en présence des voisins.

Les cas de violence physique représentent, quant à eux, 25% des dossiers traités. Rares sont les hommes qui avouent avoir été agressés par leurs femmes mais grâce au travail de sensibilisation et à l’écoute proposée par le RMDDH, les langues se délient au fil des rencontres et les victimes finissent par avouer…Contrairement aux femmes, les hommes font l’objet, indiquent les responsables du réseau, d’«une violence collective car la majorité des cas reçus sont violentés et battus par leurs femmes et leurs belles-familles. Ces derniers s’attaquent aussi aux biens des hommes, notamment la voiture, le téléphone…». Les femmes, quand elles agissent seules, utilisent le plus souvent des ustensiles de cuisine (des casseroles, des poêles, des verres, des carafes et rouleau à pâtisserie) pour battre leurs conjoints dont certains ont même été brûlés avec de l’huile de friture ! 

Les hommes sont victimes également de violence matérielle lorsque les femmes contrôlent et gèrent, contre leur gré, leurs revenus, leurs comptes bancaires et parfois même prennent leurs biens (maisons et autres voitures). «Au départ, dans ce cas de figure, l’époux donne son accord pour que sa femme gère par exemple les revenus du ménage mais parfois il y a des abus et le mari se retrouve démuni de son argent et de ses biens. Et le recours à la justice est compliqué car il faut apporter des preuves, notamment des factures que le plus souvent on ne conserve pas», explique M. Bahjaji.

Enfin, le président du réseau souligne qu’une nouvelle forme de violence est récemment signalée : le harcèlement sexuel. Durant ces deux dernières années, le RMDDH a reçu cinq cas de harcèlement sexuel souvent de la part des employeurs femmes.

Que fait concrètement le Réseau marocain pour la défense des droits des hommes pour ces victimes de violence une fois celle-ci constatée ?

A l’instar des associations féminines, les responsables du réseau les écoutent et évaluent la situation pour savoir s’il y a réellement violence. Par la suite, il y a discussion en vue d’une tentative de réconciliation avec l’aide, lorsque cela est possible, des familles respectives des conjoints. Malheureusement, il a été souvent constaté que les familles ne sont pas pour la paix des ménages ! En cas d’échec de la procédure de réconciliation, il y a l’aide et l’assistance pour le recours à la justice. Des avocats membres du RMDDH assistent les victimes de violence, les conseillent et le réseau assure le suivi de l’affaire en justice. Car souvent, les victimes ne maîtrisent pas les procédures judiciaires ou n’osent pas aller seules au tribunal. Enfin, il y a un suivi psychologique assuré par des médecins membres du RMDDH.

Des campagnes de sensibilisation dans les collèges et lycées

Abdelfetah Bahjaji souligne que le RMDDH, contrairement aux associations féminines qui souvent résolvent le problème par voie judiciaire, tente, d’abord et avant tout, la réconciliation et ce n’est qu’en dernier recours qu’il fait appel à la justice. «Une démarche qui évite la perte de temps, la lenteur des procédures, le coût engagé et surtout la destruction de la famille et aide à protéger les enfants. Ce qui est important car ceux-ci sont la première victime des conflits parentaux», tient à souligner le président du RMDDH. Il ajoute que «souvent la destruction de la cellule familiale aboutit à l’abandon scolaire, à la déviance et même parfois à l’extrémisme et ceci quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle de la famille». En effet, le RMDDH signale qu’il n’y a pas de profil-type de l’homme victime de violence. «Nous avons eu à suivre des analphabètes, des cadres, des médecins, des professeurs universitaires, des artisans et des personnes inactives». De même que la tranche d’âge va de 25 à 75 ans. «Nous avons été contactés, il y a une semaine, par un vieil homme qui a été agressé physiquement par sa femme et ses deux filles et chassé de sa maison. La réintégration du domicile conjugal étant quasiment impossible, il vit actuellement chez des voisins et veut engager une procédure de divorce. Ce qui est dramatique à son âge!», rapporte le président du RMDDH. Ce dernier souligne que la violence n’est pas à sens unique, les hommes en sont également victimes et il faut en parler car cela devient un phénomène de société.

C’est pour lever le voile sur ce sujet que le RMDDH a entamé une campagne de sensibilisation dans le milieu scolaire. Les représentants du réseau ont ainsi organisé des débats dans plusieurs collèges et lycées pour expliquer aux jeunes le phénomène de la violence de manière générale et spécifiquement celle à l’égard des hommes. «Pour les jeunes, cela relève de l’anecdotique car dans leur esprit l’homme ne peut être victime de violence car il est lui-même violent», rapporte M. Bahjaji. Et c’est cette image de l’homme que le RMDDH souhaite corriger…

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