Un plan pour améliorer la prise en charge des personnes âgées

Plusieurs nouvelles mesures prévues à l’horizon 2021 dans le nouveau programme du ministère de la solidarité, du développement social, de l’égalité et de la famille. Mise à niveau des établissements d’accueil, dispositif juridique qui encadrera la multiplication de nouveaux centres sociaux et la restructuration des centres informels ainsi que la formation des ressources humaines.

Le gouvernement a adopté un ensemble de mesures visant l’amélioration des conditions des personnes âgées au Maroc. C’est ce qu’a annoncé, début janvier, Jamila Al Moussalli, ministre de la solidarité, du développement social, de l’égalité et de la famille. Ces mesures relèvent, selon la ministre, d’une volonté politique de renforcer les relations intergénérationnelles ainsi que le transfert de valeurs et de traditions dans la société. Ces mesures qui sont préconisées par un programme ministériel seront mises en place progressivement pour aboutir en 2021 à une amélioration de la prise en charge de cette catégorie de la population.

La ministre a également souligné que la politique publique relative aux personnes âgées est en cours de finalisation et permettra une participation des associations ainsi que toutes les institutions travaillant sur les thématiques relatives aux personnes âgées. Dans ce sens, la tutelle a procédé à l’élaboration de cette politique publique des personnes âgées, fondée sur une vision stratégique globale et multisectorielle. Politique qui repose essentiellement sur les orientations royales du discours du Trône de 2018, les dispositions de la Constitution de 2011 et le programme du gouvernement 2016/2021, outre le référentiel international en la matière, notamment le Plan d’action international de Vienne sur le vieillissement (1982), les Principes des Nations Unies pour les personnes âgées (1991), le Plan d’action international de Madrid sur le vieillissement (2002) et les Objectifs du développement durable à l’horizon 2030. Pour le département ministériel, cette politique se doit d’être un cadre de référence national pour promouvoir les droits des personnes âgées et organiser des ateliers de consultation avec les départements ministériels, institutions publiques, caisses de retraite…

Le processus est lancé depuis l’année 2018, via la réalisation d’une expertise et des concertations avec les parties prenantes, suite auxquelles des priorités d’intervention ont été définies. Des ateliers de consultation ont été organisés ave les partenaires qui œuvrent dans le domaine de protection et de prise en charge des personnes âgées pour présenter, discuter et finaliser les objectifs stratégiques et les mesures proposées du projet de la politique en question. Parallèlement à cette politique publique, les mesures ministérielles récemment prises s’intègrent dans le programme de qualification des établissements des personnes âgées (2017-2021), qui vise une prise en charge de qualité des personnes âgées en adéquation avec les exigences des droits de cette population à une vie digne et décente.

Décidé par le ministère, ce programme s’articule autour de cinq axes. En premier lieu, il sera procédé à la qualification des 62 établissements de protection sociale des personnes âgées à travers le réaménagement, l’extension et l’aménagement et par l’offre du matériel électronique et de cuisine et de chauffage, du mobilier médical, matériel technique médical et du matériel de kinésithérapie. On retiendra que le nombre de centres dédiés à l’accueil des personnes âgées reste faible au Maroc, faisant donc de la famille le seul refuge de ces personnes qui peuvent parfois finir dans la marginalisation, même si elles vivent parmi leurs proches. On compte en effet seulement 62 centres pour tout le pays dont 60 sont concentrés dans les villes, alors qu’il n’existe que 2 centres en milieu rural. Le bilan révèle qu’il y a 5 029 bénéficiaires (2 419 hommes et 2 610 femmes) qui vivent dans ces structures d’accueil. Ces centres sont divisés en deux catégories : ceux pour la prise en charge continue (54) et les établissements pour la prise en charge de jour sont au nombre de huit. Le deuxième axe du programme porte sur la mise à niveau des ressources humaines des établissements des personnes âgées à travers la formation et le renforcement des capacités des ressources humaines des établissements de protection sociale. Une formation sur laquelle le ministère s’est sérieusement penché en vue d’améliorer la qualité de la prise en charge des personnes âgées.

Intégrer la dimension genre et droits humains dans la formation

Ainsi, il est précisé que 32 sessions de formation ont été réalisées au profit des dirigeants, des cadres administratifs, associatifs et techniques, ainsi que les travailleurs sociaux. Ce plan de formation est, selon le ministère, «un outil important pour rehausser les compétences professionnelles des ressources humaines travaillant dans les centres. Et c’est aussi un outil pour intégrer la dimension genre et droit humains dans la prise en charge des personnes âgées».
Le ministère avait déjà, faut-il le rappeler, signé, en 2015, une convention avec l’Agence de développement social et l’Entraide nationale pour la mise en place d’un programme de formation appelé «Irtikae» destiné au renforcement des compétences des ressources humaines, tous profils confondus. Cette formation qui est en cours de mise en œuvre concernera également le domaine médical. Et ceci, en effet, parce qu’au niveau médical, le diagnostic a établi qu’il existe un déficit important en gériatrie. Notamment la médecine de la vieillesse et des maladies qui y sont afférentes. Le Maroc ne compte actuellement que 10 gériatres, alors que 32% des personnes âgées de plus 60 ans, et en particulier les femmes, sont atteintes de maladies, le plus souvent chroniques, lourdes et nécessitant une prise en charge spécifique. Il est également prévu de diversifier des services à domicile grâce à l’élaboration des textes réglementaires de la loi 65.05 sur les établissements de protection sociale des personnes âgées dans le volet du développement des services en faveur des personnes âgées démunies.

Troisièmement, il est prévu la normalisation des services à travers l’élaboration des normes et standards des services de prise en charge des établissements de protection sociale des personnes âgées, le ministère a élaboré des outils de régulation et d’encadrement des établissements des personnes âgées, à savoir les cahiers des charges des établissements de protection sociale des personnes âgées et le projet d’établissement qui assure un cadre référentiel de planification à moyen terme pour chaque établissement, et rationalise les priorités au niveau stratégique et opérationnel.

Par ailleurs, en vue d’organiser le secteur de la protection sociale des personnes âgées, le programme ministériel préconise, en quatrième lieu, l’accompagnement des centres non autorisés en vue de leur permettre d’organiser une activité qu’ils ont jusqu’ici exercé de manière informelle. Le ministère les accompagnera dans les diverses procédures, administratives et autres, afin d’avoir leur autorisation. Un accompagnement également, et il s’agit du cinquième axe, pour les centres nouvellement créés. Une feuille de route des actions du pôle social sera élaborée et intégrera les procédures pour l’octroi des autorisations d’ouverture et de fourniture des équipements nécessaires.

Ce programme doit donc contribuer au redressement des diverses insuffisances enregistrées au niveau des établissements de protection sociale des personnes âgées. Le ministère avait effectué, en 2012 et en coordination avec l’Entraide nationale, un diagnostic évaluant les besoins de l’ensemble des établissements pour personnes âgées. Un diagnostic qui a révélé que cette population souffre de l’absence d’infrastructures et de lieux de vie adaptés, capables de favoriser leur mobilité et leur permettre d’avoir une vie sociale normale. L’état des lieux a également révélé des insuffisances au niveau des moyens de transport qui sont inappropriés à leur âge et à leur état de santé.

Pour le financement de ce plan, les pouvoirs publics ont mis en place un fonds de mise à niveau et il sera également procédé à l’augmentation des subventions accordées aux diverses associations impliquées dans la prise en charge et l’encadrement des personnes âgées. Par ailleurs, des conventions de partenariat ont aussi été signées avec des opérateurs privés.

Prise en charge des personnes âgées
Prise en charge des personnes âgées

En milieu rural, 3,9% seulement des personnes âgées ont une pension de retraite

Ces mesures devraient donc permettre une amélioration de la prise en charge des personnes âgées qui constituent aujourd’hui une population fragile et vivant en grande majorité dans la précarité. Elles souffrent de problèmes financiers et d’incapacité physique. Le vieillissement est en nette progression au Maroc. Selon les chiffres du dernier recensement général de la population et de l’habitat du Maroc de 2014, la structure de la pyramide des âges a connu une régression du nombre d’enfants de moins de 15 ans et une progression de la tranche des personnes âgées due à une baisse du taux de fécondité.

Les personnes de plus de 60 ans constituent aujourd’hui 9,6% de la population du Maroc, soit 3,209 millions. Les personnes de cette tranche d’âge connaissent pour la plupart une vulnérabilité qui nécessite une attention particulière, liée à l’accélération du processus inexorable de vieillissement avec tout ce que cela comporte comme problèmes de santé et de dépendance.

On retiendra aussi que 52% des personnes âgées sont des femmes. A ce propos, le rapport sur les personnes âgées élaboré par le Conseil économique, social et environnemental, signale l’inégalité hommes/femmes qui contribue à ce que les femmes âgées soient les plus exposées à la précarité économique, aux difficultés d’accès aux services sociaux et à l’absence de protection sociale et médicale.

La population âgée marocaine se caractérise par une proportion élevée de personnes âgées analphabètes (72%). Ce taux est plus élevé en milieu rural (86%) qu’en milieu urbain (62%).

La forte vulnérabilité de cette catégorie de la population s’explique par le fait que souvent les personnes âgées ont pratiqué des métiers qui n’assuraient pas de retraite. Preuve en est les récentes statistiques disponibles attestent que seulement 18,4% des personnes âgées bénéficient d’une pension de retraite, dont 28,6% en milieu urbain et 3,9% en milieu rural (33% des hommes et uniquement 4,5% des femmes). La mise en place de ces mesures devra se faire progressivement pour redresser les diverses insuffisances et faire face à la hausse de la part des personnes âgées qui représenteront plus du quart de la population totale à l’horizon 2050.