Tuberculose, typhoïde, rage, lèpre… , ça existe encore chez nous

La tuberculose est déclarée par le ministère de la santé comme problème majeur de santé publique :
26 000 nouveaux cas détectés par an.
La typhoïde fait chaque année quelque 600 nouveaux cas et la lèpere 55, en moyenne.
Plus de 400 cas de rage animale, et 22 cas de rage humaine, en moyenne, par an. Le chien reste le principal transmetteur du virus.

Quelques-unes des maladies éradiquées, ou en voie d’extinction, dans le monde développé ont encore la peau dure au Maroc. La tuberculose, la rage humaine, la lèpre et la typhoïde, pour ne citer que ces exemples-là, continuent de faire des victimes, et la nouvelle génération des maladies contagieuses comme le sida et la grippe A, qui accapare les médias et l’opinion publique, est loin de les faire oublier. Combien y a t-il de lépreux au Maroc, de cas de typhoïdes, de rage humaine ? Et que fait le ministère de la santé pour les réduire à défaut de pouvoir les éradiquer ?
Commençons d’abord par la tuberculose, maladie très contagieuse qui fait encore plusieurs milliers de victimes chaque année. Elle continue, malgré le développement de la médecine et la gratuité des soins, d’être classée par le ministère de la santé comme problème majeur de santé publique au Maroc. 26 000 nouveaux cas sont recensés annuellement, soit une incidence de l’ordre de 82 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Pour la moitié de ces cas, le ministère de la santé, il s’agit de tuberculose pulmonaire à microscopie positive (soit 38 nouveaux cas pour 100 000 habitants.)
Ces chiffres ne reflètent pas en fait toute la réalité. Il est certain, selon nombre de spécialistes, que plusieurs milliers de tuberculeux non détectés restent noyés dans la masse, et continuent sans le savoir d’inoculer le bacille à d’autres personnes : dans les prisons, les bidonvilles et les centres urbains, là précisément où il y a une forte densité de la population, et tout ce qui s’ensuit comme promiscuité, manque d’hygiène et malnutrition. Ce n’est pas un hasard si le ministère de la santé s’est fixé comme objectif d’augmenter le taux de détection de 80 à 85%, et d’atteindre un taux de succès thérapeutique de 90% entre 2006 et 2010. Ce qui est loin d’être atteint : les malades consultent tardivement, et une bonne partie ayant consulté à temps ne suit pas correctement son traitement antituberculeux, d’où une résistance de la maladie. Pour mieux lutter contre elle, le ministère a élaboré une stratégie nationale ayant pour objectif de réduire de moitié la prévalence et la mortalité de la tuberculose dans la population à l’horizon 2015, et d’arriver à une réduction annuelle de 6%. Là encore, il y a beaucoup à faire : s’il y a diminution, selon le Dr Omar Elmenzhi, directeur de l’épidémiologie et de lutte contre les maladies au ministère de la santé, elle est très lente. «Elle ne dépasse guère 2 à 3%, or nous voulons atteindre une diminution annuelle de 6%, cela pour arriver à l’objectif fixé par l’OMS en 2050, soit son éradication : un cas pour un million. Sur une population de 50 millions que le Maroc aura à cette date, nous devrons avoir dans les 50 cas par an, au lieu de 26 000 actuellement. Il y a du progrès certes par rapport à une vingtaine d’années où l’on enregistrait 200 cas pour 100 000 habitants, mais le chiffre actuel reste élevé quand même».

Un cas de tuberculose pour 1 million de la population est l’objectif de l’OMS à l’horizon 2050
Pourtant, des efforts non négligeables sont déployés pour pallier cette défaillance. Pour mieux éclairer l’opinion publique sur le danger de la maladie plusieurs séminaires et rencontres sont organisés par le ministère de la santé : les 2 et 3 octobre dernier, par exemple, s’est tenu à Rabat un colloque national qui a réuni une brochette de spécialistes pour débattre de la problématique de la tuberculose. La ministre de la santé Yasmina Baddou y a appelé notamment à un renforcement de la vigilance dans les grandes villes de 200 000 habitants et plus, qui enregistrent annuellement plus de 100 nouveaux cas pour 100 000 habitants, notamment dans les quartiers périphériques où l’on enregistre un taux élevé de pauvreté. 50% de ces cas sont détectés, en effet, dans les grands centres urbains et périurbains, et 70% de malades sont relativement jeunes (entre 15 à 45 ans). Rappelons qu’un budget de 25 millions de DH est affecté annuellement au programme national de lutte anti-tuberculeuse (PNLAT) dont 60% sont réservés à l’achat des médicaments et autres équipements.
Outre la tuberculose, une autre maladie contagieuse éradiquée dans le monde développé n’a pas encore disparu au Maroc : la lèpre (jdam, en arabe dialectal). La lèpre est due aussi à un bacille (le Mycrobacterium leprae), expliquent les médecins, proche de celui de la tuberculose. Maladie infectieuse chronique qui atteint la peau et les nerfs, elle évolue très lentement : 2 à 10 ans d’incubation. Chez certains, les premiers symptômes (petites taches blanches sur la peau changent progressivement de couleur) n’apparaissent que 10, voire 20 ans après l’infection. Même si cette maladie n’est pas déclarée par le ministère de la santé comme danger de santé publique, elle continue de faire des victimes. Il est vrai, on est loin du chiffre de 1970, un lépreux pour 100 000 habitants, ou celui de 1991, année où le Maroc comptait encore 1 036 lépreux. Le nombre de cas sous traitement à la fin décembre 2007 était à peine de 100. Le taux de détection annuel est passé, lui, de 0,97 sur 100 000 en 1981 à 0,21 en l’an 2000. Pui à 0,11 pour 100000 en 2007. Depuis 2000, on enregistre en moyenne 55 nouveaux cas chaque année. Un seul centre pour lépreux, existe au Maroc depuis 50 ans, c’est le centre de léprologie d’Aïn Chok à Casablanca.
Deux autres maladies, qui se transmettent, elles, par les eaux et les aliments contaminés, le choléra et la typhoïde, existent-elles encore au Maroc ? Pour le choléra, le département épidémiologique du ministère de la santé assure que cette maladie est éradiquée depuis 1994, date du traitement du dernier cas au Maroc. La typhoïde, quant à elle, existe encore au Maroc : en 2008, on a dénombré 600 cas cliniques, on les classe, par excès, comme des cas de typhoïde, «mais ce sont des gastroentérites», assure le Dr Elmenzhi. De fait, la typhoïde est de plus en plus rare, «et cette rareté est due à une collaboration étroite avec les autres secteurs, notamment l’ONEP, qui a joué un rôle déterminant dans les maladies liées à un transport hydrique», ajoute-t-il. Fréquente dans les pays en voie de développement, cette maladie est due à une bactérie véhiculée par l’eau, mais aussi par les aliments contaminés par les matières fécales. Si elle se limite à des diarrhées et à des vomissements, elle est déclarée mineure, mais elle est déclarée majeure quand il y a troubles neurologiques et apparition de coma.
S’il y a diminution depuis 1990, sinon quasi-éradication de ces deux maladies, c’est en partie en raison des efforts conjugués des services de santé, la collaboration des départements concernés et une sensibilisation accrue de la population. Mais c’est essentiellement en raison du développement des infrastructures de l’eau potable et de l’assainissement. Par exemple, en milieu urbain, 100% de la population est desservie en eau potable dont 17% à partir de bornes fontaines, l’autre partie, soit 83%, à partir d’un branchement particulier. 70% de la population évacue ses eaux usées domestiques dans un réseau d’égout public et 30% de la population utilise des systèmes individuels. Quant au milieu rural, 80% de la population ont accès à un système aménagé d’eau potable. 30% évacue ses eaux usées à travers des systèmes individuels.

Le développement du réseau de l’eau potable est un facteur de diminution de cas de typhoïde
Aussi bien pour le cas de la tuberculose que pour celui de la typhoïde, il s’agit là de «maladies complexes. La complexité vient du fait que l’action de lutte contre ces maladies dépend de plusieurs départements, mais c’est aussi un indicateur du développement social, économique et intellectuel du pays», assure le Dr Elmenzhi. Et c’est également le cas de la rage humaine qui continue, elle aussi, de faire des victimes au Maroc, et dans le monde. Louis Pasteur, l’inventeur du vaccin contre la rage depuis 1885, doit se retourner dans sa tombe s’il apprend qu’aujourd’hui dans le monde 35 000 à 50 000 personnes meurent encore de cette maladie chaque année. Là, il s’agit d’une zoonose, maladie transmise par les animaux, les chiens essentiellement au Maroc (le renard autrefois en France et la chauve-souris au Mexique).
Attention, avertit-on au ministère de la santé, Aïd Al Adha est là, et l’on sait que des attroupements de chiens se forment dans les rues autour d’abats des moutons jetés n’importe où. Pour le nombre, on enregistre au Maroc une moyenne annuelle de 416 cas de rage animale, et de 22 cas de rage humaine. «La rage humaine est de plus en plus rare. Alors que l’on recevait, il y a quelques années, jusqu’à 35 malades par an, aujourd’hui on ne reçoit qu’entre 10 à 12 cas suspectés et confirmés», indique Noureddine Bouchrit, médecin virologue et responsable du laboratoire de virologie à l’Institut Pasteur de Casablanca.
Le chien est le responsable numéro un de la transmission du virus au Maroc, le plus souvent par morsure et, plus rarement, par griffure ou par léchage d’une plaie ou d’une muqueuse. Mais une transmission entre hommes n’est pas impossible, dans le cas où un homme enragé viendrait à mordre son semblable. Attention, l’incubation de la rage humaine, note un guide sur la maladie éditée par la direction de l’épidémiologie et de lutte contre la maladie, «est totalement silencieuse, dure en moyenne de 10 à 90 jours. Ses limites varient d’une semaine à plus d’un an. Les incubations les plus courtes s’observent surtout chez les enfants en cas de lésions sévères siégeant près du système nerveux central…».
Attention, la rage présente un important taux de létalité. Ce qui explique par exemple qu’en France, à deux reprises en 2004 et 2007, lorsque deux chiots marocains enragés y ont été transportés clandestinement, un véritable branle-bas de combat avait été déclenché.
La lutte contre la rage passe d’abord par la prophylaxie. Toute personne possédant un chien doit obligatoirement le vacciner contre la rage, «ce qui n’est pas le cas malheureusement», se désole le Dr Elmenzhi. Elle passe ensuite par la vaccination curative de la personne mordue par un chien, et cette vaccination doit avoir lieu le plus tôt possible, et elle doit être associée éventuellement à de la sérothérapie antirabique. Ce traitement est administré gratuitement à l’Institut Pasteur de Casablanca, et seul ce dernier livre le vaccin antirabique à tous les hôpitaux et centres de santé du Royaume. L’autre mesure prophylactique est le ramassage et l’abattage des chiens errants (voir encadré). C’est dire que la lutte contre cette maladie est un travail intersectoriel entre le ministère de la santé (qui se charge, entre autres, de la prise en charge des malades), le ministère de l’intérieur à travers les collectivités locales (capture et abattage des chiens errants), et le ministère de l’agriculture (chargé de l’acquisition du vaccin antirabique à usage vétérinaire, de la vaccination des chiens…).