Tout savoir sur les métiers du cheval

La filière équine, ce sont des femmes et des hommes qui font des métiers méconnus du grand public. Palefrenier, maréchal-ferrant, moniteur, étalonnier…, bienvenue dans l’univers des emplois liés au cheval.

Comme chaque année, El Jadida a accueilli, du 13 au 18 octobre, l’événement équin phare de l’année, le Salon du cheval, qui a fêté sont huitième anniversaire. Grande nouveauté de cette édition : le salon s’est offert un nouveau «local» flambant neuf : le Parc d’expositions Mohammed VI. Selon les organisateurs, le salon a attiré 260 000 visiteurs pour le plus grand plaisir des 120 exposants représentant 38 pays, dont le Maroc. Des visiteurs qui étaient charmés par les stands de métiers traditionnels, à l’image des artisans de la selle. «Les Marocains adorent les objets traditionnels liés au cheval, à l’image des selles traditionnelles. Ils viennent en famille, prennent des photos à côté des objets traditionnels. C’est très convivial», souligne  Amine Chraïbi, maître-sellier depuis plusieurs générations qui exposait ses selles au Salon d’El Jadida. Autre grande attraction : les spectacles de tborida animés par des sorbas venues des quatre coins du pays.

Palefrenier, maréchal-ferrant…

Le Salon du cheval 2015 s’est choisi comme thématique «Le Cheval : arts et métiers». Une occasion pour aller à la rencontre de ces artisans de la filière équine. Des femmes et des hommes qui exercent des métiers indispensables à la bonne marche de toute une économie liée au cheval. Chef de département des haras nationaux au sein de la Société royale d’encouragement du cheval (Sorec), Omar Benazzou est au fait de l’importance de ces métiers, mais également des formations, incontournables pour faire éclore des compétences pour le secteur. De fait, les haras nationaux, au nombre de cinq, sont «le premier maillon de la filière équine marocaine, qui sont chargés de l’encadrement de la reproduction en recherchant l’amélioration génétique des chevaux marocains». Depuis 2011, les haras sont sous la responsabilité de la Sorec. «Plusieurs métiers qui sont spécifiques aux haras ne disposent pas de formation diplomante. Aujourd’hui, cette situation est en train d’évoluer grâce à l’apport de l’Institut national du cheval Moulay Hassan qui a ouvert ses portes en 2013», lance d’emblée M. Benazzou. Tel est le cas pour le métier de palefrenier. Le palefrenier est celui qui assure les soins quotidiens du cheval. Autant dire un maillon important de la chaîne. Driss Korbi est palefrenier au sein d’un des haras de la Sorec : «Je suis très proche du cheval puisqu’on passe beaucoup de temps ensemble. Je m’occupe de tout, du pansage, du dosage, de la distribution des rations journalières de nourriture, de la sortie en longe et du nettoyage du box. J’examine régulièrement l’état des sabots et des fers. Je connaîs si bien mes chevaux que je peux remarquer s’ils souffrent par exemple d’une maladie», nous explique M. Korbi. Avant d’atterrir au haras, il était palefrenier chez un éleveur privé. Mais c’est au haras où il a développé ses compétences grâce à des formations en interne. «Auparavant, on intégrait des jeunes dans les haras. On les formait via des stages afin qu’ils soient opérationnels. Avec l’Institut Moulay Hassan, on est en train d’ajuster le cursus de formation pour les adapter aux attentes du marché. La Sorec étant un des premiers recruteurs dans le domaine du cheval», explique M. Benazzou.

Autre métier d’importance où une formation diplomante est encore inexistante : l’étalonnier. Ce spécialiste de la manipulation des étalons est responsable de la reproduction. C’est lui qui organise par exemple la planification de la monte et assure la réalisation des saillies. «Pour ce profil, on recrute des techniciens d’élevage et on les dirige vers ce métier à travers des formations assurées dans les haras. Cela se passe au début de l’année, avant la saison de monte qui démarre tous les 15 février et se termine le 15 juin de chaque année», souligne M. Benazzou.

Le métier de moniteur est primordial pour la bonne marche d’un haras. A la base, dans un centre d’équitation, un moniteur prodigue des leçons d’équitation aux débutants comme aux cavaliers. Dans un haras, le moniteur doit établir un programme d’exercice de chevaux, entretenir l’écurie avec la préparation des box, de la litière, la mise en selle des chevaux… «Pour nos besoins, on recrute un moniteur déjà formé. L’idée, c’est qu’il forme des relais dans chaque haras», explique M. Benazzou. Adil Logdali est moniteur, mais également responsable d’écurie au sein des haras nationaux. Son rapport avec les chevaux a commencé  très tôt, dès l’âge de huit ans: «J’ai pratiqué du saut d’obstacle très jeune à Dar Essalam. En France, j’ai multiplié les formations : gestion des entreprises agricoles hippiques, gestion du jeune cheval de sport, accompagnateur de tourisme équestre. Au Maroc, j’ai travaillé dans le privé avant d’intégrer la Sorec», se souvient-il. En tant que responsable d’écurie, M. Logdali assure la coordination entre les palefreniers et le vétérinaire. «Notre métier, c’est de connaître les chevaux un à un. Il faut également faire de la gestion : donner un emploi du temps quotidien au personnel, mais également aux chevaux. Avec le vétérinaire, on établit un système de ration, les besoins de ferrage pour tel ou tel cheval, l’état des locaux…», ajoute M. Logdali. En tant que moniteur, il doit entretenir les 400 étalons que comptent les haras nationaux. Mettre à la disposition des éleveurs la saillie des races barbe et arabe barbe, préparer les chevaux pour les concours d’élevage au niveau régional, interrégional et national. Tout un programme !

Le vétérinaire équin est, lui, le médecin du cheval. Autant dire un métier central dans la vie d’un haras. Mohamed Abdessadki est le médecin vétérinaire du haras national d’Oujda. «Je m’occupe de l’entretien des étalons afin qu’ils soient en bonne santé. Ce sont des reproducteurs, leur état physique doit être au maximum afin de donner le meilleur de leur potentiel génétique. Je supervise tous types d’inséminations, artificielles, montes naturelles, et ce, au niveau des stations de monte et les centres de promotion de l’élevage équin», explique Dr Abdessadki.

L’éthologie ou l’art d’approcher un cheval !

En tant que vétérinaire de haras, il gère également l’opération d’identification des poulains de l’année (signalement, pose de la puce électronique, indentification ADN…). Le médecin des chevaux participe à l’organisation des courses, concours d’élevage et tbouridas. En plus de la gestion des données, carte de saillie, déclaration des résultats… Mais cela ne semble pas importuner Dr Abdessadki : «A l’Institut agronomique et vétérinaire, j’ai choisi dès le départ la filière du cheval. Je multiplie les formations pour être à la pointe de ce qui se fait. Etre vétérinaire équin est un métier formidable. C’est pour moi un rêve devenu réalité».

Mais que serait le cheval sans le maréchal-ferrant, celui qui prend soin du pied et de la ferrure des chevaux? Celui qui s’occupe de l’entretien et la protection des sabots. Le maréchal-ferrant fabrique, pose et adapte les fers aux sabots, selon l’utilisation du cheval et sa morphologie. «Afin de pérenniser et développer ce métier ancestral, la Sorec a initié depuis dix ans une formation à la maréchalerie en collaboration avec la Société protectrice des animaux et de la nature au Maroc (Spana). Cette dernière s’occupe de la formation d’une vingtaine de maréchaux-ferrants par an. Nous avons modernisé les techniques de formation en maréchalerie pour s’adapter à un secteur diversifié (courses, élevage, tbourida)», souligne M. Benazzou.

D’autres métiers, encore moins connus, sont organisés au profit des employés des haras, à l’image de l’éthologie du cheval : des techniques d’approche de l’animal afin de le comprendre et savoir de quoi il a besoin. «C’est une formation que l’on a commencée en 2013. Une cinquantaine de palefreniers du haras ont été formés à l’éthologie. Cette année, on va former des formateurs en éthologie», confie M. Benazzou.

Par ailleurs, une formation en médecine équine est dispensée par l’Institut vétérinaire Hassan II à l’attention des vétérinaires du haras et les vétérinaires privés. D’autres formations touchent une autre population, celle des éleveurs. «Nous avons mis en place avec l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II tout un programme de sensibilisation et de vulgarisation sur les techniques de reproduction et de bien-être du cheval en faveur des éleveurs. Deux caravanes et quatre journées portes ouvertes sont organisées chaque année. Ce qui fait qu’entre 1 000 et 1 500 éleveurs ont été sensibilisés», conclut M. Benazzou.

Le haras de Bouznika. Edifié en 1994 sur une superficie de 8 hectares, au sein d’une ancienne kasbah, le haras de Bouznika conjugue modernité et excellence. Il s’est enrichi de 100 nouveaux box destinés à accueillir les chevaux durant la saison de monte et les concours d’élevage. Il totalise 25 étalons toutes races confondues. Le haras de Meknès. Créé en 1912, c’est le plus ancien des haras nationaux. Il fait partie du patrimoine historique de la ville et abrite la seule jumenterie nationale. D’une superficie de 67 hectares, dont 40 sont occupés par l’hippodrome, l’établissement est spécialisé dans la production. Le haras de Marrakech. Dans cet ancien établissement des services de la remonte de l’armée du Protectorat, la Sorec a initié un projet d’école d’arts équestres. La formation dispensée repose sur les trois disciplines suivantes : l’équitation classique, la voltige équestre et le travail en liberté. L’établissement est aussi spécialisé dans la production de barbes et d’arabes-barbes (avec 55 étalons, toutes races confondues) et dispose des installations nécessaires à la monte publique. Le haras d’Oujda. Construit en 1913, rénové en 2012, le haras national d’Oujda, avec ses 53 étalons toutes races confondues, participe également à la production nationale de barbes et d’arabes-barbes et est équipé pour permettre la monte publique. Le haras d’El Jadida. Créé en 1913 sur une superficie de 5 hectares, le haras d’El Jadida conserve sa vocation purement militaire jusqu’en 1946, lorsqu’il passe sous la tutelle civile du ministère en charge de l’agriculture. Il se spécialise dans la production des chevaux de courses et de tbourida. L’établissement compte 72 étalons, toutes races confondues, destinés à la monte publique. Il propose également les prestations de club équestre. Source : La Sorec