Tissu associatif : Une galaxie en mutation

Elles n’étaient que quelques milliers dans les années 1990, avant de passer à des dizaines de milliers. Si l’inflexion majeure des associations au Maroc a été constatée avec le lancement de l’INDH, les paradigmes changent et on s’attend, après une parenthèse d’essoufflement, à plus et mieux en mode efficience et transparence. Le topo.

Pas moins de 236 000. Tel est le nombre des associations que compte le Maroc, comme indiqué par le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, Mustapha Baitass. Un nombre qui, à première vue, semble «énorme», nous déclare Abderrazzak El Hannouchi, chercheur et acteur associatif au long parcours dans le mouvement de la société civile nationale, qui tient néanmoins à «nuancer».
Pour lui, il s’agirait d’un chiffre cumulatif qui concerne toutes les associations, qu’elles soient opérationnelles ou non, qui sont déclarées : il ne prend en compte ni le taux de mortalité ni les associations qui seraient en veilleuse. «Tout compte fait, on est dans un rapport de 340 associations pour 100000 habitants. On reste donc loin d’autres expériences comme la France qui compte une moyenne de 600 associations pour 100 000 habitants», ajoute notre interlocuteur.
N’empêche qu’on est dans une dynamique sociétale importante, surtout quand on jette un regard sur le rétroviseur de l’histoire du mouvement associatif marocain lorsque le nombre de ces structures ne dépassait pas les quelques milliers. La tendance ira évoluant, notamment, sur fond des mutations politiques qu’a connues le Maroc dans les années 1990, rappelle A. El Hannouchi, avec, entre autres nouveautés, l’ouverture vis-à-vis du financement à l’international ou l’entrée en scène des partenariats avec les agences internationales.

L’inflexion INDH
Toujours est-il, en revisitant le processus traversé par le tissu associatif et son évolution, tous les constats convergent vers l’année 2005 qui a connu une forte croissance sous l’effet du lancement de l’initiative nationale du développement humain (INDH). C’est d’ailleurs en ce moment où on avait assisté à des créations en masse, à tel point qu’on parlait de 85 naissances par jour. Une dynamique qui aurait donné lieu, selon certaines estimations, à la création de «10000 associations d’un seul coup».
Or, si globalement on a une idée sur la typologie des associations nées à la faveur des domaines d’actions de l’INDH, il a fallu attendre la cartographie établie par le ministère de l’Intérieur pour y voir plus clair.
Mis sur la place publique en décembre 2014, le document faisait état de l’existence de 116 836 associations. Avec une prédominance d’associations de proximité (quartiers, douars, communes) soit 93%, alors que 4% avaient un caractère national, 2% opérant sur le plan provincial ou préfectoral et 1% œuvrant à une échelle régionale.
S’agissant des domaines d’action du tissu associatif, Abderrazzak El Hannouchi met en exergue une typologie à deux entrées, à savoir les associations de plaidoyer et d’autres de service.
Sur ce front, l’étude du ministère de l’Intérieur révèle que pratiquement un quart du tissu associatif opère dans le champ des œuvres à caractère social, un peu plus de 20% dans le domaine de l’environnement et le développement durable et 19% s’activent sur le terrain du sport et loisirs. Le reste se divise, entre moins de 1 et 3 %, pour les champs politique, religieux et des droits humains ou pour des intérêts catégoriels, etc.
Maintenant, même si cette étude date de pratiquement huit ans, les grandes tendances qui y figurent demeurent d’actualité, notent des acteurs associatifs.

Vers davantage de transparence
Tout en relevant la difficulté quant à pouvoir parler de «spécialisation» dans la pratique. C’est, notamment, l’avis de Bouchaib Meksi. Pour ce membre de la direction de Chantiers Jeunesse Maroc, à l’exception de certaines associations dont les champs d’actions sont délimités par leur raison d’être, l’écrasante majorité opère de manière transversale dans plusieurs domaines et ce, ne serait-ce que pour des raisons objectives concernant la quête des moyens financiers à même d’assurer leur survie. Mais aussi, relève B. Meksi, pour pouvoir soumettre, tout en remplissant les conditions nécessaires, pour les appels d’offres publics.
Malgré le dynamisme de la société civile marocaine, les spécialistes estiment que le tissu associatif a vécu à un certain essoufflement sur pratiquement une décennie. Avec, entre autres, des tentatives de «containement» de la part du PJD, nous informent des acteurs associatifs. Des tentatives et sur le front institutionnel et sur celui des privilèges accordés à certaines dites proches de ses convictions». Sans oublier les efforts de diabolisation qui ont été monnaie courante pendant des années.
L’on comprend dès lors la réaction véhémente de la société civile pour contrecarrer lesdites tentatives. Ceci dit, la donne est en train de changer dans la quête d’une redynamisation de la vie associative avec ce que cela impose en matière de transparence du soutien public et aussi et surtout en termes de clarté au niveau des voies d’injection des fonds débloqués. Or cela suppose l’adhésion de tous les partenaires impliqués pour relever le double défi de promouvoir l’action associative ainsi que pour atteindre l’objectif de redonner ses lettres de noblesse à l’association citoyenne en lieu et place de l’association-entreprise qui, dans certains cas, se réduit à un cachet ! Un décret est dans le pipe et des initiatives gouvernementales sont en perspective pour remédier à certains dysfonctionnements constatés.

 

Les Associations dans les Régions

S’il est vrai que la répartition territoriale des associations demeure sujette à caution, tant et si bien que certaines structures peuvent avoir une «localisation déclarée» dans une ville, alors que leurs terrains d’action s’étendent dans d’autres, il n’en demeure pas moins intéressant, ne serait-ce que d’un point de vue indicatif, de mettre en avant quelques indicateurs.
Selon les données existantes, la Région Casablanca-Settat compte le plus d’associations avec quelque 31 449 organisations représentant 15% d’un total chiffré à 209.675. En deuxième position, on retrouve les Régions Souss-Massa, Marrakech-Safi, Fès-Meknès, Rabat-Salé-Kénitra, avec des associations en présence de 25 160 entités chacune (12%). Viennent après les Régions de l’Oriental et le Draa-Tafilalt où on décompte 16 773 associations pour chaque région, à elles deux réunies on est dans les 16%. Par ailleurs, dans les Régions Béni Mellal-Khénifra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima réunies comptent 14% de l’effectif national, soit, équitablement, 29 352 associations. En outre, les Régions Guelmim-Oued Noun et Laâyoune-Sakia Al Hamra englobent 6% du total du tissu associatif au Maroc, avec 6290 entités chacune. Alors que la Région Dakhla-Oued Eddahab représente 1% avec, en valeur absolue, 3 090 associations.