TEDx, un concept qui connaît beaucoup de succès chez les jeunes

Depuis 2010, les conférences TEDx se multiplient dans les villes marocaines et dans les grandes écoles. L’identité des TED repose sur des performances stand-up, sur de la mise en scène dynamique et sur un design recherché.

Dimanche 13 septembre. Youssef, Amine, Karima, Marouane, Meriem et Reda se retrouvent pour une dernière réunion avant le lancement de leur événement TEDxDeauvillebeach El Jadida, en référence à la plage située à l’entrée de la ville. C’est le premier du genre organisé dans la capitale des Doukkala. L’ambiance est bon enfant et on fignole les derniers détails de la manifestation. «Depuis janvier dernier, et le lancement de notre manifestation, on se retrouve une fois par semaine afin de faire le point sur l’état d’avancement de l’organisation. Nous avons tous envie que ce TEDx soit un succès pour la ville d’El Jadida», lance d’emblée Youssef Meskaoui, 27 ans, cadre dans une entreprise et organisateur de l’événement. Il s’agit aujourd’hui de faire le point sur la captation vidéo, le show entre les interventions, tracer un plan de déroulement de la journée et finaliser le programme. Karima Lebbat qui s’est occupée de la communication lors du TEDxCasablanca en 2014 est la responsable sponsoring et partenariat pour celui d’El Jadida. Dans la vrai-vie, elle est chef de projet dans une agence web : «On apprend beaucoup avec ce genre d’événements. Il y a tout d’abord les speakers qui ont de belles histoires à raconter, l’esprit du TED… Tout cela avec comme finalité d’apporter quelque chose de précieux au public». Les discussions tournent autour du sponsoring, de la difficulté d’en avoir…, le phénomène TEDx étant encore récent au Maroc. On devise sur les pistes pour le live streaming (transmission vidéo en direct des interventions), les live tweets, le son, le tournage, l’impression des affiches, le guide speaker, les tee-shirts avec le logo…

Made in America !

Bienvenue dans l’univers du TEDx, un phénomène qui enregistre un franc succès chez les jeunes, étudiants, universitaires et cadres. Il s’agit en fait de conférences où des intervenants viennent partager leur expérience avec un auditoire, à travers des discours variant de 5 à 18 minutes. «Il s’agit de donner la possibilité aux jeunes d’être en contact avec des modèles, des sources d’inspiration qui vont raconter leurs parcours. Mettre à disposition des jeunes des success stories, c’est également l’objectif du TED», ajoute Marouane Bakrari, responsable médias chez TEDx El Jadida. Le phénomène vient des Etats-Unis. Il a été créé au milieu des années 80 du siècle dernier. TED, c’est le diminutif de technologie, Entertainment (divertissement) et Design qui délimitent ainsi les domaines susceptibles de faire l’objet d’interventions des speakers. TED repose également sur un credo : Ideas worth spreading (des idées qui méritent d’être diffusées). Ce qui fait de ces conférences l’occasion de voir des personnalités du monde de l’industrie, des arts, de la science ou encore du sport, raconter comment ils ont atteint leur rêve. Des sommités à l’image de Bill Gates, Marc Zuckerberg, Bill Clinton ou encore Steve Jobs ont participé à des TED. Le phénomène s’est petit à petit démocratisé grâce au TEDx, «programme qui permet à la communauté élargie de TED autour du monde de continuer à diffuser les idées et les valeurs TED. Le «x» suppose qu’il s’agit d’événements indépendants respectant un cahier des charges défini par TED».

Au Maroc, le TEDx a commencé en 2010. Et c’est la ville de Casablanca qui a été la première à organiser cet événement. TEDxCasablanca voit le jour et la première édition a eu lieu à l’amphithéâtre de la bibliothèque universitaire Mohamed Sekkat en septembre 2010. Il est fondé par les pionniers du genre au Maroc, John Toutain et Reda El Ourouba. La bibliothèque qui dépend de l’Université Hassan II accueille alors une centaine d’invités qui vont assister aux premières conférences et découvrir les premiers speakers venus faire rêver leur audience. C’est le coup de foudre dès le départ : l’identité des TED repose sur des performances stand-up, sur de la mise en scène dynamique, sur un design recherché qui contraste avec les conférences à l’organisation plus classique.

Dès l’année qui suit, les TEDx vont se multiplier dans tous le pays. Dans les grandes villes comme Rabat, Marrakech et Agadir comme dans les petites villes à l’image de Tiznit et Khouribga. Les grandes écoles vont également s’y mettre : ISCAE, ENCGM, l’EMI… Des événements qui vont accoucher de grandes performances qui seront par la suite relayées par le grand allié des TED, le site de partage des vidéos Youtube. On y découvre Aïcha Ech-Chenna, la grande dame de la cause des mères célibataires plaider pour des lois plus respectueuses des femmes, un Adil Douiri devisant en mode «stand-up» sur le volontariat et le développement économique ou encore le cinéaste Faouzi Bensaïdi, rendant compte de la magie des images et du septième art. Des prestations en libre circulation sur Internet ! Le TEDx à la marocaine peut même se targuer d’avoir eu un moment d’exception, qui a été repris par les réseaux sociaux, mais aussi par une bonne partie de la presse nationale. Lors du dernier TEDx de Casablanca en mars 2015, Yasmine Berraoui, atteinte de trisomie 21, bachelière en 2014 avec mention, a réalisé une prestation émouvante, balayant les clichés sur les trisomiques avec maestria et humour. «Je ne me sens pas handicapée… N’oubliez pas que c’est moi qui ai un chromosome en plus. C’est à vous qu’il manque quelque chose», lançait-elle alors à une audience conquise d’avance.

Des réalisations qui poussent de plus en plus de jeunes à organiser des TEDx. Pour sa part, TEDxDeauvillebeach s’est trouvé une thématique originale : «Beautiful Minds» (esprits magnifiques). «Tout le monde peut devenir un Beautiful mind. On veut montrer aux jeunes, à l’assistance, grâce aux histoires que les speakers vont raconter que la réussite n’est pas inaccessible pourvu que l’on se donne les moyens pour y arriver», souligne M. Bakrari. Les speakers ont d’ailleurs été choisis avec grande attention par l’équipe d’El Jadida. Tout d’abord, il y a Najib El Mokhtari, un «geek depuis l’enfance» qui a travaillé dans le conseil en innovation technologique aux Etats-Unis et qui a lancé récemment une chaîne de vulgarisation scientifique en darija sur Youtube. Reda Oulamine, lui, est un juriste de renom qui est de tous les combats, surtout quand il s’agit de droits humains. Il est à la tête du Oulamine law Group qui officie à New York, Paris et Casablanca. Leila Slimani, elle, est directrice du jardin zoologique de Rabat. Quant au quatrième speaker, Othmane Zolati, un Jdidi de 21 ans, il a eu la belle idée de parcourir le continent africain à pied, en mode solo, avant de tenter la même expérience en Afrique du Sud. Designer, chanteuse et architecte, Meryem Aboulouafa a porté le projet «Cup of light», «un produit design réalisé dans le cadre du concept Introspectus».

Enfin, le sixième speaker n’est autre que Kamal Hachkar, un jeune réalisateur de talent, qui a commis le film à succès «Tinghir Jérusalem, les échos du Mellah». Une œuvre qui évoque l’exil des populations juives de cette petite ville du sud du Maroc, durant les années 50 et 60 du siècle dernier, vers Israël.

Un travail d’équipe

Les membres de l’équipe d’El Jadida présentent des profils différents : un juriste, un lauréat d’une école de commerce, un artiste, un ingénieur… Depuis janvier, ils ont construit petit à petit cet édifice.
«Trouver la salle, les intervenants, la captation vidéo, le traiteur, la recherche des sponsors… TEDx est pour moi une belle école de gestion de projets et d’équipe. Le fait de réunir une équipe multidisciplinaire qui travaille bénévolement pour monter un TEDx, collaborer ensemble, être à l’écoute de l’autre, c’est un apprentissage qui n’a pas son pareil. Organiser un TEDx, c’est un subtil mélange entre du terrain et de l’analyse», souligne M. Meskaoui. L’amour du savoir, c’est également ce qui motive ces jeunes, âgés de 23 à 27 ans et qui ont envie d’offrir à El Jadida un TEDx d’exception.

A l’image d’autres jeunes de tout le Maroc, séduits par l’état d’esprit du TED et les idées véhiculés par les «talk d’exception»…