Sourire de Reda : Questions à Véronique Fima, Directrice de Sourire de Reda

«Nos interventions sont sous la forme d’ateliers débats interactifs».

Veronique-FimaLa Vie éco : Tout d’abord, pourquoi avoir créé l’association Sourire de Reda ?

Sourire de Reda a été créée par Meryeme Bouzidi Laraki en 2009 suite au suicide de son fils Reda à 13 ans et demi. Ce drame a révélé le mutisme dans lequel certains adolescents vivent leur détresse et que le suicide des jeunes est une réalité. Sourire de Reda est aujourd’hui la seule association marocaine qui a pour mission d’aider les jeunes en souffrance et de prévenir les passages à l’acte de toutes natures (violence, harcèlement, addictions…).  Nous avons décidé de nous engager pour que notre pays compte parmi ceux qui agissent, parce que les jeunes d’aujourd’hui sont l’avenir du Maroc et parce que nous avons tous le pouvoir de devenir acteurs de la prévention.

Le suicide en général, et celui des jeunes en particulier, est-il considéré comme un tabou dans notre société ?

Se donner la mort fait partie de l’inconcevable. Le suicide nous renvoie également à notre propre incapacité à agir face à une personne en grande détresse. Il éveille des sentiments très différents et très forts : peur, honte, culpabilité, tristesse, colère. Cela montre bien la complexité de la question du suicide dans la société, cette société qui nous «autorise» à manifester notre bonheur mais plus difficilement notre souffrance. Or, souffrir fait partie de la vie. Ce n’est pas une honte et l’exprimer permet le plus souvent d’aller mieux.

Quelles ont été les principales actions de l’association ?

Nos trois axes d’intervention aujourd’hui sont les suivants. D’une part, sensibiliser la société à la réalité de la souffrance silencieuse des jeunes par des campagnes dans les médias et les réseaux sociaux. De l’autre, prévenir l’isolement grâce à des interventions sur le terrain, notamment dans les établissements scolaires publics et privés. Et enfin, intervenir à travers le service de [email protected]écoute Stop Silence.

Parlez-nous un peu de l’initiative «Stop Silence» ?

Stopsilence.org est le premier espace de [email protected]écoute gratuit et anonyme au Maroc. Depuis 2011, Stop Silence permet de répondre à des situations de mal-être ou de détresse que peuvent vivre les jeunes à des moments difficiles de leur vie. L’écoute apporte un soutien ponctuel et immédiat qui ne se substitue aucunement à un suivi thérapeutique mais qui peut, en revanche, être un relais vers une structure de soins. Le jeune qui contacte Stop Silence se confie aisément, rassuré notamment par le double anonymat de l’appelant et de l’écoutant et par la confidentialité des échanges. C’est le jeune qui décide quand il vient sur le [email protected]écoute, sans prise de rendez-vous. Il peut décider d’interrompre l’échange quand il le souhaite.

En français et en darija, Stop Silence est dédié à tous les adolescents ayant besoin de se confier. C’est un service gratuit et accessible de toutes les régions du Maroc à tous les jeunes mineurs du milieu rural ou urbain, de tous niveaux socioculturels, pour toute nature d’appel à l’aide.

Quelle est la place des jeunes dans les activités de l’association ?

Les jeunes sont au cœur de Sourire de Reda car nous croyons en eux, en leur capacité à aider les autres et à trouver en eux leurs propres solutions pour résoudre leurs difficultés. Nous avons aujourd’hui un Comité de jeunes composé d’adolescents de 15 à 18 ans de lycées publics et privés de Casablanca qui se réunissent toutes les semaines et qui sont des relais, des ambassadeurs de Sourire de Reda auprès de leur famille, de leurs amis, de leur environnement scolaire et des médias. Ils sont formés pour repérer les jeunes qui ne vont pas bien, pour les aider et pour les orienter vers un adulte de confiance. Nous travaillons également avec eux sur les outils de sensibilisation et communication car en tant que jeunes, ils sont les mieux placés pour savoir comment s’adresser à leurs pairs. Nous avons organisé avec eux une conférence en avril dernier intitulée : «Souffrance des adolescents, comment les jeunes peuvent être acteurs de la prévention?» C’était un pari de leur donner la parole devant plus de 200 personnes mais ça a marché !  Et si en effet, nous changions notre regard sur eux ? Que nous apprenions à mieux les accompagner afin qu’ils trouvent en eux leurs propres ressources ? C’est aujourd’hui la philosophie qui guide nos actions.

Ciblez-vous les écoles, les familles ?

Sourire de Reda effectue des actions de prévention dans les établissements scolaires publics et privés sur le sujet «Violence envers les autres ou soi-même, comment l’éviter et comment chacun peut agir ?»

L’objectif est de savoir écouter les autres et soi-même pour mieux (s’)aider. Les thèmes abordés sont la souffrance des jeunes, la violence morale, verbale et physique, notamment le harcèlement…, dans un but de mieux-être et de mieux- vivre ensemble. Nos interventions sont sous la forme d’ateliers débats interactifs d’une à deux heures avec des modules adaptés à l’âge des élèves : primaire, collège et lycée. Nous organisons et animons également des conférences pour les publics adultes : enseignants, infirmières, psychologues, parents, médecins…

Existe-t-il d’autres structures d’aide comme la vôtre au Maroc ?

Sourire de Reda est la seule association qui travaille sur cette thématique au Maroc. Il existe des structures d’aides médicales dans le cadre de CHU ou de cliniques ainsi que des psychologues, psychiatres et pédopsychiatres.