«Solidarité Féminine» se dote de la première «maison digitale»

Il s’agit d’un programme d’éducation numérique piloté par la Fondation Orange Maroc au profit des associations. Celle fondéee par Aicha Ech-Chenna est la première à en bénéficier. L’occasion de faire le point sur un combat des plus difficiles, celui des mères célibataires au Maroc.

Promouvoir la condition féminine est le dada de Aicha Ech-Chenna. La militante use de son verbe cru pour interpeller la société sur ses devoirs envers la femme, et saisit toute occasion qui se présente pour ranimer notre conscience en lui balançant ses quatres vérités, aussi dérangeantes soient elles.

Le 29 janvier 2019, à l’occasion de l’inauguration de la première «maison digitale» au Royaume, premier bourgeon du programme d’éducation numérique mis en place par la Fondation Orange Maroc, et dont l’association Solidarité Féminine, présidée par Ech-Chennna, est le premier bénéficiaire, cette dernière a dépeint une société qui se voile toujours la face envers les mères célibataires : «Vous aurez contribué à l’épanouissement de toutes ces femmes qui ne valaient plus rien pour leurs familles. On peut leur montrer qu’elles valent beaucoup. Solidarité Féminine a commencé de zéro, elle a donné la parole aux mamans pour au moins parler de leurs problèmes, et que leurs enfants soient capables de dire ce qu’ils ressentent. C’est une lettre ouverte qu’on envoie aujourd’hui à la société.»

Les maisons digitales, nouvel acquis de l’association, est un programme qui dispense aux femmes sans qualifications et sans emploi des formations numériques d’une durée allant de 6 à 12 mois. Elles y apprendront les bases indispensables comme l’écriture, le calcul, la manipulation d’un ordinateur, d’une tablette, les rudiments du web… Ainsi, un espace lui a été consacré au siège de Solidarité Féminine. Une pièce  de cette petite villa casablancaise a été rénovée, puis équipée du matériel nécessaire aux formations.

Si, dans le Maroc d’aujourd’hui, des espaces pareils sont disponibles mêmes dans certaines crèches, les concernées n’en reviennent pourtant pas. «Elles sont très contentes. Elles m’ont dit: nous aussi on va être à la mode», raconte Aicha Ech-Chenna tout sourire, dans une séquence qui a divisé les sentiments de l’audience, entre la rejouissance pour ces combattantes et le goût amer de la négligence dont elles souffrent. «Le plus important, c’est que leur enfants en bénéficient et soient à la mode, qu’ils soient préparés au futur», poursuit Mme Ech-Chenna.

En dépit de sa fatigue manifeste la poussant à s’appuyer sur une canne, cette septuagénaire enchaîne les actions de promotion de la condition féminine à un rythme effréné. Elle fait actuellement le tour des universités pour prêcher la cause et amener le changement, car c’est à celui  des mentalités et non des lois qu’elle aspire car «une loi qui n’est pas acceptée ne sert à rien». Sa prochaine escale est la Faculté de médecine d’Agadir samedi 2 février. Dans les esprits des étudiants, elle essaiera de faire passer son message : «Nous construisons l’avenir avec le peu que nous avons et qui est l’amour de l’autre».