Sécurité privée : Questions à  Rachid AKTOUF, Président de l’AISP

« Sur les 600 entreprises que compte le secteur, nous estimons que seule une trentaine est organisée ».

La Vie éco : Pouvez-vous nous faire une présentation de l’association ainsi que du secteur de la sécurité privée ?

Le secteur de la sécurité privée, ce sont 600 entreprises environ à travers le Maroc dont 420 ont reçu l’autorisation d’exercer telle qu’exigée par l’article 2 de la Loi 27.06, pour un effectif global de 130 000 à 150 000 salariés. Quant à l’association, elle a été créée en 2011. Les entreprises membres de l’AISP représentent environ 50% du chiffre d’affaires global du secteur pour environ 45% des effectifs (60 000 salariés).

Quelles sont les caractéristiques du secteur ? Est-il réglementé ?

Après avoir végété de nombreuses années dans une relative anarchie, le secteur de la sécurité, grâce à la loi 27.06 et à son décret d’application 2.09.97, commence depuis ces trois dernières années à s’organiser, à se structurer et à se familiariser progressivement avec des notions déterminantes, telles que celle de la morale, de l’éthique, de la bonne gouvernance des structures et des hommes. Le décret 2.09.97 oblige le secteur à obéir désormais à un véritable «cahier des charges» énoncé par ses diverses dispositions.

Peut-on parler de secteur homogène ?

Non, pas pour le moment du moins. Le secteur de la sécurité privée se caractérise encore par une grande disparité entre entreprises du même métier. Sur les 600 entreprises du secteur, nous pouvons estimer que seule une trentaine, soit 5% environ, est organisée, structurée, respectueuse des lois et règlements régissant l’activité. Pour les autres, un grand effort reste à faire pour les amener progressivement à «rentrer dans le rang»…
Il faut cependant préciser que ces trente entreprises «structurées–organisées» dont on parle, représentent à elles seules environ 50% des effectifs et du chiffre d’affaires du secteur. Donc, l’on peut dire sans se tromper que nous ne sommes pas encore au stade de l’homogénéité, mais que 50% de chemin est déjà parcouru.

Qu’en est-il de la formation ?

L’article 21 du décret 2.09.97, fait obligation aux entreprises du secteur de «justifier de l’aptitude professionnelle de leurs agents ayant moins de 18 mois d’ancienneté au 25 octobre 2010, par la détention d’un diplôme…», ce qui veut dire en clair que tous les agents de gardiennage et transport de fonds en poste depuis octobre 2010 doivent avoir fait l’objet d’une formation idoine et être détenteurs de documents officiels justifiant ladite formation…

Qu’en est–il aujourd’hui ?

Il faut tout d’abord dire qu’il s’agit là d’une population d’environ 40000 agents à former. Ce n’est pas une chose facile sachant qu’il n’existe au Maroc aucune structure de formation ad hoc, agréée par l’Etat. La quasi-totalité des agents concernés par cette formation sont en poste chez le client. Qui supportera alors les frais financiers de cette formation et comment remplacer lesdits agents à leur poste durant la période de formation ? Les structures concernées par la question (ministère de l’Intérieur, ministère de l’éducation nationale et de formation professionnelle et l’AISP) ne chôment pas ! Un groupe interministériel chargé de mettre en œuvre les mécanismes propres à permettre l’effective applicabilité de la loi et de son décret sur le terrain au plus vite et au mieux est à pied d’œuvre depuis plus d’une année. Il est arrivé à ce jour des résultats probants: élaboration et validation des «référentiels métiers», des «référentiels compétences» et des «modules de formation» ; élaboration et envoi aux entreprises du secteur d’un questionnaire «état des lieux/formation» et mise en place d’un comité technique chargé de la mise en œuvre de la démarche  pratique «formation qualifiante».

Pouvez-vous nous parler de la sécurité privée dans les administrations publiques?

Pour ce qui est des entreprises membres de l’AISP, les prestations de sécurité privée qu’elles fournissent au secteur public représentent environ 20% du portefeuille. Deux problèmes majeurs se posent dans nos relations avec le secteur public : celui-ci recherche et privilégie souvent le moins-disant au niveau des consultations et appels d’offres. Ensuite, il tarde souvent à régler les factures (entre 90 et 180 jours en moyenne dans la majorité des cas).

Est-ce que le secteur souffre également de l’informel ? Et si oui, quelles en sont les causes ?

Le secteur souffre de l’informel et les causes sont de trois ordres. D’abord, de nombreuses entreprises ne respectent pas entièrement le code du travail, facturent au rabais et cassent les prix.
Ensuite, plusieurs organismes étatiques et para publics, favorisent la notion du «moins-disant», encourageant ainsi l’informel. Enfin, il existe bel et bien des entreprises qui continuent à dispenser des prestations de sécurité privée, alors même qu’elles ne sont pas en possession de l’autorisation d’exercer, prévue par la Loi 27.06

Un jeune qui choisit de travailler dans la sécurité privée peut-il évoluer dans sa carrière?

Un jeune qui choisit le métier «d’agent de sécurité privée» peut maintenant, grâce entre autres aux retombées actuelles et futures de la loi 27.06, parfaitement évoluer dans sa carrière. Il ne faut pas oublier qu’immédiatement après avoir réglé les points en suspens au niveau de la formation, les entreprises du secteur mettront en place un «Plan de carrière». Ce qui permettra à l’agent d’évoluer professionnellement, d’agent simple à agent spécialisé, chef d’équipe, contrôleur, superviseur, inspecteur… On retrouve particulièrement au niveau de la trentaine d’entreprises organisées, de nombreux licenciés ou possédant des masters, occupant des postes de responsabilité dans la sécurité privée (inspecteur général, responsable exploitation, auditeur/formateur, chargé de grands comptes…).

Comment voyez-vous l’avenir du secteur et allons-nous évoluer vers une sécurité privée plus spécialisée ?

Je suis intimement convaincu que le secteur de la sécurité privée ira en se développant à grande vitesse: plus de richesses créées, plus de besoin de sécurisation. Il ira en s’organisant et en se structurant après l’application effective sur le terrain de la loi 27.06. La qualité de ses prestations sera meilleure avec la formation des agents et des encadrants et plus de professionnalisme avec la disparition de l’informel.