Samira Kasmi : «Le soutien pour les dyslexiques se limite au primaire. Or, il doit continuer jusqu’au Bac»

Samira Kasmi, Présidente de l’ADEP

Comment et quand avez-vous découvert le «handicap» de votre fils ?

Au début, quand Yassine était tout petit, j’ignorais totalement sa «maladie» si l’on peut appeler cela ainsi. J’étais même une mère sévère avec lui. Avant six ans, quand il était à la maternelle, aucune de ses maîtresses n’a pris conscience de ses difficultés, et à la maison il parlait normalement comme tous les enfants, et ne manquait pas d’intelligence. Ce n’est qu’une fois à l’école primaire que j’ai découvert sa dyslexie : son grand problème c’est quand il passe de l’oral à l’écrit. Là, je constatais au moment des devoirs qu’il se fatiguait très vite, que quelque chose clochait chez lui. Il lui arrivait d’apprendre et d’assimiler une matière, dix minutes après, il ne se souvient plus de rien. J’étais obligée de le suivre quotidiennement de près, avec un suivi chez l’orthophoniste. Un dyslexique doit même être suivi par un psychologue, car il est souvent l’objet d’insultes et de railleries en classe, et cela touche profondément son estime. Résultat : certains deviennent agressifs, c’est leur façon de se protéger et se défendre.

Sous quelle forme son accompagnement doit être dans ce cas, à votre avis…?

Au moins jusqu’au niveau bac, certains nécessitent même un accompagnement au-delà. Mais le grand soutien devra venir des enseignants et du ministère de tutelle, car c’est ce dernier qui est confronté au quotidien aux difficultés scolaires de cette catégorie d’élèves. Il faut dire que tous les parents n’ont pas les moyens de s’offrir d’une façon continue l’aide de l’orthophoniste dont les honoraires sont assez chers (entre 150 et 200 DH dans le privé NDLR), et ils ne sont pas nombreux au Maroc, les 30 ou 40 qui existent sont en plus concentrés dans quelques grandes villes. Au moins que le ministère fasse preuve de plus de compréhension. Et j’avoue que l’Académie régionale d’éducation et de formation (AREF) de Rabat n’est pas insensible à nos réclamations, elle envoie aux directeurs des établissements des directives pour que les cas avérés de dyslexie soient aidés dans la compréhension des sujets lors des examens, en pardonnant leurs fautes de grammaire, et en leur accordant plus de temps que les autres, et cela a commencé depuis 2006. Hélas, ce soutien se limite au primaire. Or, il faut qu’il continue jusqu’au Bac.

Vous sentez donc que votre travail associatif pour cette cause est utile…

Très utile, les parents d’enfants dyslexiques s’organisent de plus en plus, il n’y a pas que notre association, il y en a d’autres. Dommage que la majorité des élèves suivis sont dans les écoles privées, ou dans celles de l’enseignement étranger au Maroc, et donc ils sont plus favorisés, mais nous remarquons que les parents des élèves des écoles publiques commencent à bouger eux aussi, car la cause est la même. Notre association, hélas, commence à donner quelques signes d’essoufflement, nous devions créer un centre d’apprentissage pour cette catégorie d’enfants, mais rien n’a été fait jusqu’à présent. Je dis toujours que le ministère a le devoir de prendre ce problème à bras le corps, de sensibiliser les enseignants et les former pour qu’ils puissent détecter et suivre, en classe, les élèves qui souffrent de cette «maladie» à leur rythme.

 

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