Saïda Bajjou : « Les cabarets font travailler les mères célibataires, mais profitent de leur détresse »

Questions à  Saïda Bajjou, Militante féministe au sein de la Fondation Ytto.

La Vie éco : Des milliers de femmes travaillent au noir, dans des conditions difficiles, dans les bars de Casablanca. Pourtant, leur dossier n’est évoqué par aucune association féministe. Pourquoi cela, selon vous ? 

Il y a une problématique propre au travail des associations féministes. D’une part, les centres d’accueil reçoivent les femmes, mais ne vont jamais à la rencontre de ces femmes en difficulté. De l’autre, chacune de ces associations travaille sur des thématiques bien définies, comme les violences conjugales, par exemple.
Ces femmes sont pourtant également victimes de différentes formes de violences…Les associations travaillent sur des problématiques, qui à leurs yeux, touchent une plus grande frange de la population féminine. Elles ignorent les autres problématiques qui existent sur le terrain, par manque d’enquêtes et d’études. Au sein de la Fondation Ytto, nous avons déjà travaillé sur la prostitution dans le milieu rural, parce que nous avons été confrontés à ce phénomène, lors de notre travail de proximité.

Nous avons remarqué la prédominance de mères célibataires dans cette profession de barmaid, quelle en est la cause ?

Le problème des mères célibataires est complexe. Il y a peu d’associations qui travaillent sur ce sujet. Puis, l’approche des associations se limite à l’accompagnement social qui ne dure pas plus de six mois. Après, plus rien du tout. Ces femmes devraient être également accompagnées psychologiquement, afin de faire face à l’avenir et dépasser le traumatisme d’une grossesse non désirée. Il faut également un accompagnement économique pour que ces mères ne tombent pas dans la mendicité ou la prostitution. L’Etat doit prendre en charge cette problématique qui concerne, quand même, des centaines de milliers de femmes. En concevant par exemple des activités génératrices d’emplois, en sensibilisant les employeurs afin de recruter ces femmes en détresse, qu’elles soient mères célibataires, veuves ou divorcées. 

Quelle serait la solution pour les barmaids ?

Le secteur des bars et des cabarets est un secteur qui emploie des milliers de femmes et d’hommes. Il est également générateur de revenus pour l’Etat. Les employeurs de ces établissements font travailler ces mères célibataires, mais profitent de leur détresse. Il est peut-être temps de revoir le statut juridique de l’alcool au Maroc afin que ces femmes puissent retrouver leur dignité.