Ramadan : 2M et Al Oula réussiront-elles à  séduire leur public cette fois-ci ?

Les téléspectateurs, déçus par la grille des programmes télé ramadanesques des années précédentes sont plutôt sceptiques.
Sur Al Oula et 2M, certaines séries seront reconduites comme «Dar Al Warata», «Joha ya Joha» ou encore le show «Ach Khserti…» de Hanane El Fadili.
Al Oula programme comme nouveauté la série «Al Harraz» interprétée par Bachir Skiredj, et 2M «Yak Hna Jirane» réalisée par Driss Roukh et «Caméra café».

Comme à l’approche de chaque Ramadan, les téléspectateurs marocains se demandent quels programmes les deux principales chaînes nationales, Al Oula et 2M, leur «offriront» encore une fois. Le souvenir de quelques feuilletons, sitcoms et autres téléfilms insipides de ces dernières années est si vivace que nombre d’entre eux jure ses grands dieux avant même l’annonce de la grille des nouveaux programmes de se détourner de la production nationale pour s’orienter vers les chaînes arabes satellitaires.

Il est vrai que l’année dernière, la moisson, à part quelques exceptions comme la série Dar Al Warata avec au centre de l’intrigue le comédien Abdeljabbar Louzir, avait brillé par une platitude à faire fuir les plus inconditionnels des téléspectateurs. Sans verser dans le pessimisme avant d’avoir visionné les premiers épisodes de la nouvelle grille des programmes ramadanesques de cette année, déclinons d’abord l’essentiel de la nouvelle grille, et laissons le téléspectateur juger par lui-même.

Commençons par la mère des chaînes nationales, Al Oula, qui promet de faire mieux que l’an dernier. Certaines séries de l’année dernière sont carrément reconduites. Ainsi, juste avant la rupture du jeûne, on verra Joha ya Joha. Au centre de cette série comique trône le talentueux Mohamed Bastaoui (qu’on va retrouver par ailleurs dans la série à grand succès de 2M Oujaâ Trab dont la chaîne d’Ain Sebaâ a programmé ce Ramadan une rediffusion). Dans cette série, Bastaoui entre dans la peau de Joha, ce personnage rusé qui ironise tout ce qui l’entoure. Plus ou moins apprécié l’an dernier, le Joha de cette année captera-t-il l’intérêt du téléspectateur ? On jugera sur pièce. Toujours avant la rupture du jeûne, on suivra également les épisodes d’une nouvelle sitcom intitulée Lâam Touil (l’année est longue), dont le scénario et les dialogues sont de l’écrivain et critique de cinéma Mustapha Mesnaoui. Le personnage central y est incarné par Mohamed El Jem qui joue le rôle du directeur pédagogique d’une école privée. Les comédiens essaient de tourner en dérision «moul chekara», l’homme d’affaires étranger au monde de l’éducation et de la formation et qui investit quand même dans le secteur avec le seul but de gagner de l’argent. A travers cette sitcom, «c’est moins une critique de l’enseignement privé qu’on veut présenter que quelques situations burlesques qui dérident le téléspectateur», recadre Nawfal Raghay, le nouveau directeur de la stratégie et du développement au sein de la SNRT.

Bien entendu Dar Al Warata est reconduite. Le prime-time, après la rupture du jeûne, sera donc réservé cette année sur Al Oula à la deuxième partie de la série dans laquelle l’inoxydable homme de théâtre Abdeljebbar Louzir incarne le personnage central accompagné, entre autres de Fadila Ben Moussa et Abdessamad Miftah Elkheir. Dans le climat de grisaille générale quand les téléspectateurs pestaient contre la production télévisuelle ramadanesque de l’année dernière, cette série a pu tirer plus ou moins son épingle du jeu. Usant de tous les stratagèmes, Kabbour, incarné par Abdeljebbar Louzir, fait tout dans cette sitcom pour déjouer les interminables plans machiavéliques concoctés par ses enfants pour vendre le riad où ils vivent et résoudre ainsi leurs problèmes financiers. Le personnage a séduit à telle enseigne que Dar Al Warata a été la seule série sur la première chaîne a avoir réalisé un important taux d’audience puisqu’elle a figuré à la quatrième place du classement il y a un an. La première chaîne, grisée par ce succès (la série a remporté le prix d’argent dans la catégorie de la comédie lors de la 15e édition du Festival du Caire des médias arabes en novembre 2009) récidive donc cette année en programmant une deuxième partie de Dar Al Warata. Défendant sa paroisse, Nawfal Reghay, tout en admettant la justesse des critiques à l’égard de certaines émissions de l’année dernière, fustige quelques médias «qui ont tiré à boulets rouges contre cette série, car il s’agit tout simplement de règlement de comptes sans fondement.»

Touours sur Al Oula, et après Dar Al warata, les téléspectateurs auront rendez-vous avec une nouvelle série produite par la chaîne elle-même : il s’agit de Al Harraz, une trentaine d’épisodes de 26 minutes chacun, programmés quotidiennement, racontant des histoires sans lien les unes par rapport aux autres. Interprétée tour à tour dans le passé par Abdeljebbar Louzir et Tayeb Seddiki, la fameuse pièce de théâtre du nom éponyme sera interprétée cette fois-ci au petit écran de Dar El Brihi par Bachir Skiredj. Ce dernier saura t-il restituer comme ils l’ont fait avant lui Louzir et Seddiki la densité du personnage de la fameuse kasida de Houcine Toulali ? Là encore, on jugera sur pièce. C’est là le plat de résistance de la chaîne de la rue El Brihi juste avant et après le «ftour».
Quid de 2M ? Comme à l’accoutumée, humour, comédies romantiques et sitcoms y sont proposés en prime-time et, comme les années précédentes l’on promet de faire mieux. Quatre rendez-vous à noter. Il y aura d’abord Oqba lik, série produite par le chaîne avec un casting de renom comme Sanae Akroud, Amal El Atrach, Dounia Boutazout, Tarik Boukhari, Fatima Zahra Bennacer, Abdellah Chicha…Le titre de cette comédie romantique sonne comme celui d’un feuilleton égyptien. L’histoire aussi. C’est celle d’une femme moderne et heureuse, qui, pour compléter son bonheur, est à la recherche de son âme sœur, qu’elle ne trouve nulle part. (voir encadré). Dans un autre registre, l’imitatrice la plus célèbre des artistes marocains, Hanan El Fadili, est de retour avec Ach Khserti ila dhakti pour dérider un peu les téléspectateurs, et elle a ses fans parmi les jeunes et les moins jeunes qui avaient apprécié ses différentes prestations antérieures dans Fokaha, TéléHanane et Hanane Show. Elle saura arracher quelques rires à condition de ne pas tomber dans la répétition. Le troisième rendez-vous de la chaîne de Aïn Sebaâ en ce Ramadan promet aussi le rire, si tant est qu’il soit bien présenté au téléspectateur comme l’est la Caméra café, la série française éponyme dont il s’inspire. Le synopsis est simple, mais le contenu est très riche : la machine à café est devenue le passage obligé de tout employé au sein de l’entreprise. Elle est le témoin privilégié de la vie d’une société, de ses conflits, des échanges, des joies et des problèmes de chacun. 2M fera-t-elle aussi bien que M6 ?

Mais, la grande nouveauté en prime-time sur 2M cette année sera sans conteste la série quotidienne Yak Hna Jirane réalisée par l’acteur et réalisateur Driss Roukhe et produite par Alin’Prod de Nabyl Ayouche.

Yak Hna Jirane est en fait un mélange entre feuilleton et sitcom. De par l’histoire, le décor et la brochette de comédiens qui y prennent part cette série tranchera-t-elle avec la mièvrerie de l’année dernière ? Rien n’est encore acquis, mis à part le talent reconnu des acteurs et celui du réalisateur. En tête d’affiche des premiers on trouvera le monstre du théâtre (et du cinéma) Mohamed Majd à qui deux autres noms non moins célèbres du cinéma marocain Mouna Fettou et Mohamed Bastaoui donneront la réplique. Des guests stars y sont aussi présentes : Majdouline Idrissi, Aziz Elhattab, Karim Saidi, Zhor Maamri, Aziz Elalaoui ou encore le chanteur Ghany. Lieu de l’histoire : un immeuble du centre balnéaire de la ville d’El Jadida, véritable auberge espagnole où chacun des protagonistes va trouver son bonheur, au travers de quatre familles, dont l’une est issue de l’immigration. Le synopsis de Yak Hna Jirane parle en effet du couple Bouchaib (Mohamed Majd) et de Roukia (la femme du propriétaire de l’immeuble), qui rentrent s’installer au Maroc après plus de 35 années passées en France. Il relate également les péripéties des personnages d’Issa et Mimi, deux jeunes marocains nés et ayant passé toute leur vie aux Pays-Bas. Le mélange ente la sitcom et le feuilleton s’illustre par le fait qu’il y a une certaines continuité entre les épisodes mais par de lien intégral. «Ce type de série, on le trouve aussi dans plusieurs productions télévisuelles américaines», explique Driss Roukh. Ne risque-t-on pas de tomber dans la même platitude d’autres sitcoms, précédées comme toujours de tout un cirque promotionnel ? « Nous avons fait des tests sur un public neutre nvité au tournage, leurs rires, vrais, sont enregistrés et accompagneront la diffusion de la série. Mais on n’est sûr de rien, c’est le téléspectateur qui jugera en dernier ressort», répond le réalisateur.

En dépit d’un effort manifeste fait par les chaînes nationales, l’appréhension du public est grande vis-à-vis de la programmation de Ramadan. La société civile s’inquiète aussi. Le 15 juillet dernier, une table ronde sur la grille des programmes de Ramadan de cette année a été organisée à Rabat par l’Association marocaine des droits des téléspectateurs (AMDT). Les grands absents, déplore son président Mustapha Benali, ont été les représentants des huit chaînes marocaines invités pour y venir s’exprimer et du même coup présenter la nouvelle grille des programmes. Ce genre de manifestations se justifie, car le constat est clair, s’insurge-t-il. «Acteurs, journalistes déplorent la médiocrité des sitcoms pour ne pas dire autre chose, dont la qualité est loin de répondre aux évolutions que vit le Maroc ces dernières années». Manque de compétences ? De moyens ? «Manque de volonté, surtout, et de clairvoyance», estime M. Benali. Exemple : dans la table ronde précitée, l’acteur Mohamed Kheddi raconte qu’il a été invité à la dernière minute à participer à l’une des sitcoms que les deux chaînes préparaient pour ce Ramadan. «On m’a demandé, abstraction faite du scénario, d’improviser. On m’a dit : “Vas-y, dis n’importe quoi”», déplore t-il.