Questions à Meriem El Hadraoui, Inspectrice de l’éducation nationale à Casablanca et membre de l’association Nagham

«Les méthodes utilisées en classe sont souvent centrées sur l’enseignant»

Meriem-El-HadraouiLa Vie éco : Tout d’abord, pouvez-vous nous parler des techniques de détour et leur impact sur les performances scolaires des écoliers ?

A l’école, pour mener un processus d’enseignement/apprentissage, on peut combiner plusieurs pédagogies. Les élèves étant différents, ils apprennent différemment parce que leurs intelligences sont différentes. On peut dès lors utiliser la pédagogie différenciée ou encore la pédagogie du détour. Il s’agit, pour cette dernière, de stimuler l’intérêt des apprenants, de les motiver, en menant un enseignement/apprentissage par le biais du théâtre, du chant, de la chorégraphie… Bref, passer par les passions des apprenants pour atteindre les objectifs pédagogiques d’une discipline donnée. Ce qui explique le mot détour. C’est une pédagogie qui permet d’avoir des retombées positives sur l’apprentissage d’autres disciplines et rend l’école plus attrayante et pleine de vie.

Dans le cadre de l’association «Nagham», vous avez expérimenté cette technique dans quelques établissements scolaires. Pouvez-vous nous en parler plus en détails ?

C’est un programme qui a commencé en 2011 dans le cadre d’un partenariat entre la délégation de l’éducation à Ben M’sick et l’association Nagham. Nous avons commencé par créer des chorales dans trois écoles primaires et un collège. Il s’agit de donner un cours de chant à un groupe de 20 apprenants à raison de 2 heures par semaine. L’expérience s’est révélée fructueuse : les apprenants qui participaient à la chorale étaient très motivés, avaient de bonnes notes et s’attachaient de plus en plus à l’école. D’une année à l’autre, le programme s’est élargi à d’autres écoles, dans d’autres directions provinciales du Grand Casablanca, et ce, en partenariat avec Al Jisr. Aujourd’hui, le projet touche 20 écoles de huit délégations de Casablanca, et ce grâce à l’implication d’entreprises du secteur privé. La fête de la fin d’année voit la participation de 700 élèves des différentes chorales de la ville.

Pour vous, est-ce que les méthodes d’enseignement pratiquées aujourd’hui sont efficientes ?

Les méthodes utilisées en classe sont souvent centrées sur l’enseignant. Il prépare le cours, explique en classe et l’apprenant est un simple spectateur. Dans ce schéma, l’élève n’interagit pas et il finit par décrocher. Dans la classe, l’instituteur est l’acteur principal alors que les rôles devraient être inversés. L’idée que «l’enseignant incarne le savoir et doit le transmettre» est révolue. L’enseignant avec les apprenants devraient construire le savoir ensemble. Ceci nécessite un travail considérable en amont de la part de l’enseignant.

Quel est l’impact d’Internet et de la culture de l’image sur les enfants d’aujourd’hui ? Devrait-on nous adapter plus à cette donne ?

Les enfants, toutes classes sociales confondues, manipulent l’ordinateur. L’image est devenue de grande importance. La parole à elle seule n’est plus attrayante, n’accroche plus. C’est pourquoi d’ailleurs il faudrait utiliser l’image en pédagogie. Plusieurs disciplines s’y prêtent d’ailleurs et ce dès le primaire, notamment les sciences de la vie et de la terre, les sciences physiques, l’histoire…

On évoque aujourd’hui la réforme des manuels scolaires, de leur purge de tout message sexiste ou discriminatoire, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

La réforme des manuels scolaires est en cours depuis plusieurs années. Mais dans certains manuels du cycle primaire et de l’enseignement secondaire, certaines images sont toujours choquantes. La mère qui travaille dans la cuisine, le père lisant le journal dans le salon, ou encore la petite fille jouant à la poupée et le petit garçon au ballon ou à la bicyclette… Ce sont des images figées qui ne reflètent pas la réalité marocaine, mais plutôt une mentalité conservatrice, rétrograde et machiste.