Quelle mission pour l’école marocaine ?

Dans un livre percutant, Abderrahmane Lahlou, un pro de l’enseignement, livre sa réflexion sur l’école marocaine.

L’école marocaine de l’institution à la mission(*) est une réflexion sur l’école marocaine, publique et privée. Abderrahmane Lahlou, l’auteur de l’ouvrage, agit de près dans le domaine de l’instruction et de l’éducation depuis 15 ans, puisqu’il dirige depuis sa fondation au début des années 1990 un grand groupe privé d’enseignement.

Selon lui, pour réussir dans sa mission, l’école ne devrait pas se contenter d’apprentissages cognitifs mais aussi préparer l’élève, l’adulte de demain, à son insertion sociale. «Combler les déficits culturels, redresser la moralité, éduquer à la propreté, assurer l’hygiène alimentaire, sociabiliser le comportement, intéresser à la chose publique, faire aimer la patrie deviennent des missions tout aussi naturelles dans une école qu’apprendre les mathématiques ou l’orthographe…», écrit-il à juste titre.

La clé de voûte de toute opération pédagogique est l’enseignant. Il est donc impératif de le faire bénéficier d’une formation permanente et du développement prodigieux des outils pédagogiques.
L’auteur revient aussi dans ce livre sur la réforme initiée par la Cosef depuis 2000. En dépit de quelques avancées, remarque-t-il, c’est une déception. Plus qu’à une réforme, M. Lahlou appelle à une «movida» qui associe tous les acteurs de la société, par le biais d’une «mobilisation nationale pour l’éducation et la formation».

Faut-il encourager les écoles privées ? Une question qui préoccupe les parents. M. Lahlou, dans sa réponse, veut corriger l’image négative du système d’enseignement privé, accusé de mercantilisme. L’enseignement privé n’est pas un mal nécessaire qui vient combler le déficit de l’école publique, un corps parasite, écrit-il, «né pour gagner de l’argent sur le dos des familles». Ce système doit être considéré comme un partenaire dans l’acte éducatif du pays.

L’essentiel, pour lui, est d’assurer la qualité, c’est-à-dire la performance, l’ouverture sur la société, sur le marché du travail et sur le monde. Quitte à instaurer un audit pédagogique externe sur l’école privée, chargé de mesurer sa performance. Ecole privée et école publique doivent travailler en symbiose – l’acte éducatif est le même-, pour le bien de la communauté.

Et les cours de soutien, cet autre fardeau qui pèse aussi bien sur les parents que sur l’élève ? L’auteur dresse un réquisitoire contre ces cours qui doivent, selon lui, permettre à l’élève de maîtriser une méthode de travail au lieu de lui bourrer le crâne. «L’éducateur n’est pas un marchand d’alphabet. Personne n’a droit de faire commerce avec l’éducation», s’insurge l’auteur.

En fin de compte, la mission de l’école marocaine n’est pas de produire des «têtes bien pleines» mais de développer la personnalité sociale et intellectuelle de l’élève, pour en faire un adulte capable d’autonomie, socialement performant et heureux. Encore faut-il, pour réussir ce pari, s’en donner les moyens.