Prostitution de luxe : ce système où il faut payer une commission à  tous

On ne négocie pas le tarif dans ce milieu, mais on y parle d’honoraires, et Marrakech est le «Babylone du Maroc» en la matière.

La prostitution de luxe a un fief : les palaces, les boîtes de nuit, les cabarets. Là, pas de sentiment, pas de scrupule, les filles n’ont qu’une seule idée en tête : tirer le maximum du client (qu’on appelle victime). Et ce dernier ne compte pas, il est plein aux as, ne rechigne aucune dépense. On ne négocie pas le tarif dans ce milieu, mais on y parle d’honoraires, et Marrakech est le «Babylone du Maroc» en la matière.
Elles sont belles, certes, mais la beauté pour être mieux investie a besoin d’un plus : manucure et pédicure, épilation, coiffure, massage… Quelques salons, eux-mêmes, antre de cette prostitution, ne désemplissent pas. Certaines, conscientes de leur beauté, exigent de leurs clients des sacs de luxe, des bracelets et des boucles d’oreilles en or, voire voiture et appartement. «Cette prostitution est elle-même un investissement qui fait vivre beaucoup de commerces», rapporte un hôtelier.
Ce grand palace de Marrakech, avec ses allures orientales avec son restaurant, son lounge-musique et sa discothèque, est connu, mais tout le monde n’y a pas droit : la clientèle est triée sur le volet à cause des prix exorbitants. Lieu idéal pour épater une petite amie, ou un client, mais c’est aussi le lieu idoine pour une prostituée de luxe en quête d’un client. La suite ? Tout dépend du fric à dépenser et du fantasme du moment : on peut réserver deux chambres séparées (pour avoir droit à une chambre commune il faut exhiber l’acte de mariage) pour se retrouver, le temps d’une passe,  dans les bras l’un de l’autre, La «victime» s’acquittera entre tarif de l’hôtel et honoraires de la «dulcinée» de 8 000 à 10 000 DH. Mais l’on peut aussi quitter le lieu pour continuer, avec d’autres, toute la soirée ensemble, dans un lieu choisi par la fille (une villa, ou un appart,) : alcool, drogue et danse du ventre, tout y est. L’appétit augmente, l’ambiance s’électrifie et les honoraires suivent. Dans d’autres pubs et boîtes de la ville ocre, la densité de la chair féminine au mètre carré est «inimaginable», lance un videur, «des Marocaines dans la fleur de l’âge, mais aussi des Africaines». Une clientèle composée de Marocains, mais aussi d’Européens.
Chacun réclame sa dîme, en fonction du service rendu : la fille, le barman, le serveur, le videur, le chauffeur, jusqu’à la femme de ménage dédiée aux toilettes. Le client invite, la fille accepte, la soirée commence. «A la fin, le client éméché se trouve devant une note bien salée, s’il est riche et généreux il paye sans rechigner, y compris les boissons de la veille consommées par sa compagne», explique un serveur. Vers trois heures du matin, le couple s’apprête à quitter les lieux. Le préposé au vestiaire touche entre 50 et 100 DH ; à la sortie, la fille glisse entre les mains du videur 100 autres dirhams, sinon il lui barrera la route le lendemain ; le policier de faction planté quelques mètres plus loin réclame sa dîme aussi (50 DH) ; le taxi-driver, averti, recueille sa cliente et «le client» de sa cliente pour les transporter à un hôtel (pas de compteur, 100 DH). A l’arrivée, une estafette de police se plante au moment précis où les deux acolytes descendent du taxi pour se diriger vers l’hôtel, les flics exigent de lui 100 autres dirhams qu’il glisse au travers de la vitre de l’estafette. Ce n’est pas fini, le réceptionniste de l’hôtel a droit aussi à quelques dizaines de dirhams en échange d’un service rendu à la fin de la nuit. Tout cela… aux frais du client.