Procès d’Imlil : récit du passage de Kevin Zoller à la barre

Ce jeudi 20 juin, Abdellatif El Amrani, juge chargé du procès d’imlil a bouclé l’interrogatoire des 24 accusés. Parmi eux Kevin Zoller. Il a nié avoir des idées extrémistes, dit avoir coupé tout contact à un certain moment avec El Joud, mais sans le dénoncer.

“Kevin Zoller passera aujourd’hui devant le juge”. C’est la rumeur qui circulait avant le début de l’audience de ce jeudi 20 juin à la chambre criminelle de l’annexe de la cour d’appel de Rabat. Trois semaines auparavant, les cinq principaux accusés, dont les trois acteurs du double meurtre, se sont présentés devant le juge, Abdellatif El Amrani. Ils avaient tous été interrogés sur leur rapport avec ce converti à l’Islam en 2011 qu’on surnomme tantôt Abdellah tantôt Abou Yahia en référence à son premier fils.

Ce jeudi, après le passage de deux poursuivis dans l’affaire dans une salle remplie mais sans la présence des journalistes scandinaves, contrairement aux précédentes audiences, Abdellatif El Amrani a appelé : Kevin Zoller. A ce moment-là, l’attention de tous les présents s’est éveillée. Sa femme, elle, marocaine, s’est vite dépêchée aux premières rangées de la salle munie d’un bloc-note et d’un stylo pour noter les propos de son mari. Cette fois-ci, la maman de Kevin Zoller n’était présente au tribunal.

Ne comprenant pas l’arabe, Kevin a été assisté par un traducteur. Mais ce dernier a traduit les questions et les réponses d’une manière, pour le moins, approximative. Une fois à la barre, le juge lui a énuméré les charges requises contre lui : formation d’une bande criminelle, entraînement des personnes pour rejoindre une organisation terroriste, tenue des réunions non-autorisées, apport de l’aide…  “Avant de commencer toute chose, je voudrai faire un résumé de ma conversion à l’Islam”, a répondu Kevin Zoller. Mais, le juge lui a signifié que le tribunal va poser ces questions. Mais, il a tenu, tout de même à développer.

Au fil des connaissances…

Après une adolescence tourmentée : condamnée à un an de prison à l’âge de 15 ans pour vol, Kevin s’est converti à l’islam en 2011, entre ses 18 et 19 ans. Après ce qu’il a qualifié de “petit pèlerinage” (Omra), il a décidé de s’installer dans un pays musulman francophone où il pourra “communiquer”, dit-il, avec la population. Son choix : le Maroc.

Une fois au Royaume, il s’est activé pour apprendre le coran mais aussi la langue arabe dans une école coranique. “A Marrakech, on me faisait balader”, dit-il. Et d’ajouter : “c’est pourquoi, comme j’aime la plage, je suis parti à Agadir pour trouver une école ”. Mais à Agadir, il n’a pas trouvé, non plus, ce qu’il cherchait. C’est ainsi qu’il a décidé de rebrousser chemin vers la ville ocre en autocar.

Dans l’autocar qui le menait à Marrakech, il a fait une rencontre : avec Mohamed Bousaleh, qui est également poursuivi dans la même affaire. Avec ce dernier, Kevin va passer trois jour dans un hôtel à Jamaa El Fna et deux mois dans un appartement qu’il a loué. Pourquoi, donc ? “Pour m’aider à aménager l’appartement”, dit-il. Ses propos ont été confirmés par l’intéressé lui-même lors de son passage devant Abdellatif El Amrani. Outre le fait qu’il a été l’intermédiaire avec sa future femme, Bousaleh a fait aussi été le lien entre Kevin et Chaaibti, imam d’une mosquée. Avec ce dernier, Kevin Zoller a nié avoir regardé des vidéos faisant l’allégeance de Daech, en réponse aux questions du juge.

Sur ses anciennes connaissances rencontrées à la Mosquée Petit-Saconnex, un quartier à Genève, notamment Daniel Demanget qui a été condamné à 10 ans de prison pour avoir rejoint Daech en 2014, Kevin a tout nié. “Ce n’est pas mon ami. C’est dans les journaux que je l’ai su”, a-t-il dit, plus d’une fois.

« J’ai juste posé la question »

Après la naissance de son premier fils, Kevin invite Chaaibti pour le baptême. Selon l’Hispano-suisse, ce dernier lui a demandé s’il peut inviter d’autres personnes… dont El joud. « Comme il y avait beaucoup de nourriture, j’ai accepté pour éviter le gaspillage», a-t-il répondu au juge. Sur cette première rencontre avec El Joud, Abdellatif El Amrani a demandé à Kevin s’ils ont tenu une réunion à la fin de la cérémonie pour discuter du Jihad. « Non », at-il répondu.

Kévin Zoller dit être un fidèle client d’un club de paintball qui se trouve aux alentours de Marrakech. Dans ce club, il avait invité El Joud et les autres à l’occasion de l’anniversaire de son mariage. « Pour eux, ce sport est apparenté à une entrainement de tir », lui a dit le juge. Et à Kevin de répondre : « je ne suis pas responsable de ce qu’ils ont dans leurs têtes ». « Vous avez porté des tenues de protection. Est-ce pour effectuer des entrainements militaires », a demandé Abdellatif El Amrani. « Oui », répond-t-il pour ce qui est des tenues de protection. Mais, nie les avoir invités pour effectuer des entrainements militaires.

Après l’épisode du paintball, ils ont organisé une autre sortie au barrage Lalla Takerkoust, non loin de Marrakech. A la question s’ils ont abordé le sujet de s’attaquer à la gendarmerie lors de cette sortie à ce lieu que Kevin considère comme « familial », il a eu deux réponses. Premièrement, « non  » et qu’«il ne peut pas s’attaquer aux forces sécuritaires, puisque sa femme est la fille d’un militaire ». Mais, lorsque la question a été reposée, un peu plus loin au cours de son interrogatoire, la réponse a été différente : « j’ai juste posé la question », a-t-il dit…

« J’ai coupé le contact », sans dénoncer

Sur son rapport avec Daech, Kevin, en tentant toujours de présenter des arguments, a ainsi répondu : « à Paris, j’avais participé à une conférence et distribué des tracts dénonçant l’idéologie de Daech ». Il a également dit avoir déclaré à la police anti-terroriste suisse que Daniel Demange voulait le « démarcher » pour rallier la Syrie. Si El Joud lui a demandé de l’aider, par ses connaissances, à se rendre dans les zones occupées par Boko Haram, Kevin, tout en confirmant, a répondu que « c’est la goutte qui a fait déborder le vase. J’ai coupé les contacts, en changeant mon numéro de téléphone et mon adresse». Et d’ajouter qu’il a « entendu El Joud parler de préparations d’attentats terroristes contre les forces de l’ordre et touristes étrangers ». Mais, sans dénoncer El Joud et sa bande aux autorités.

Le temps a coulé jusqu’au jour du drame. Ce jour-là, Kévin était en Suisse. « C’est ma femme qui m’a envoyé la vidéo via Whatsapp », dit-il. Et d’ajouter : « je n’ai regardé que les 10 premières secondes. J’ ai eu une baisse de tension ». Il a dit aussi avoir envoyé la vidéo à Nicolas, son ami qui habite Temara pour lui expliquer que « c’est horrible ».

Lors de son interrogatoire, Kevin Zoller a, à maintes reprises, essayé de se décharger des poursuites à son encontre. Surtout, en instant sur le fait de vouloir développer davantage son récit dans le but de « reconstituer le puzzle ». Parmi les arguments qu’il a avancés : « je suis un fumer de Haschish. D’ailleurs, lors de mon arrestation, la police en a saisi un bout ». Aussi, ajoute-t-il, « chez moi, j’ai des livres de paix, qui appellent à l’obéissance de l’autorité ».

Ce jeudi 20 juin, le juge a finalisé l’interrogatoire des 24 poursuivis dans le cadre cette sordide affaire. Il a fixé la date des plaidoyers pour le jeudi 27 juin.