Personnes âgées : Questions à Zineb Raiss, Présidente de l’Association mains blanches pour le développement

Zineb-RaissLa Vie éco : Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à choisir de travailler sur le dossier des personnes âgées?

Au début, on pensait à se focaliser sur la prise en charge des orphelins et qui reste encore parmi nos actions, mais nous avons opté pour une démarche qui nous permettra de répondre au mieux aux besoins de notre société. Nous nous sommes dirigés vers la Direction des affaires sociales de la wilaya pour connaître le secteur où il y a un manque au niveau des actions sociales. On nous a répondu que c’était la prise en charge des personnes âgées à domicile. Nous avons discuté d’abord la proposition au niveau du bureau de l’association et une fois adopté nous avons cherché la méthode la plus pertinente qui aura un impact direct, rapide et perpétuel sur cette catégorie affaiblie et démunie et dont le nombre ne cesse d’augmenter à cause de la pauvreté, de l’augmentation du coût de la vie, de la faiblesse de la couverture médicale et de la détérioration des relations familiales. Ainsi nous avons élaboré notre projet : «Je veux vieillir chez moi».

Présentez-nous votre association et les membres qui en font partie ?

Notre Association mains blanches pour le développement est née en mai 2012. Nous sommes des femmes et des hommes, cadres de différentes disciplines (médecins, pharmaciens, gériatres, doyens, avocats, ingénieurs, professeurs universitaires, chefs d’entreprise, anciens footballeurs internationaux…), partageant les mêmes valeurs. Nous nous sommes réunis pour lutter contre la précarité et participer activement au développement de notre société. Nous avons des ressources humaines, relationnelles et surtout beaucoup de conviction de notre devoir vis-à-vis de notre pays et du rôle incontournable de la société civile dans son développement.

Quelles sont les actions que vous entreprenez en direction de cette partie de la population?

Nos prestations se résument à l’octroi d’un colis alimentaire chaque quinzaine de jours livré à domicile via un réseau de tuteurs, au suivi médical trimestriel, à la mise à disposition de médicaments, à l’octroi des couches hygiéniques et à la distribution des chaises roulantes et matelas médicaux avec un contact régulier en cas de besoin via des médiateurs bénévoles du quartier qui peuvent signaler une urgence. On travaille également sur la réhabilitation des demeures selon les besoins et les moyens disponibles (peinture, réfrigérateur, mobilier), le soutien psychologique et d’autres actions comme des sorties au hammam.

Comment avez-vous identifié les personnes qui ont le plus besoin de votre aide ?

Nous identifions les personnes répondant aux critères du projet, à savoir l’âge, plus de 60 ans, l’état de vie précaire et l’isolement social, et ce, en se basant sur la carte régionale de précarité élaborée par la wilaya dans le cadre de l’INDH. Le choix se fait suite à des visites menées sur le terrain par une commission composée de membres du bureau exécutif de l’association accompagnés de représentants de la DAS de la préfecture concernée (puisqu’on travaille dans la région du Grand Casablanca) et d’un représentant de l’Entraide nationale. Nous ne prenons en charge que des cas des personnes âgées en extrême précarité sans lien familial

Quels sont les problèmes auxquels vous faites face ?

Il y a un manque au niveau des ressources humaines qualifiées qui peuvent accompagner les personnes âgées à domicile. C’est pourquoi nous sommes en cours de réalisation d’un projet de formation qui participera à répondre à ce besoin et qui garantira un accompagnement individualisé de ces personnes. De même, la plupart des personnes âgées alitées ou invalides prises en charge par notre association ne disposent généralement pas d’espace suffisant pour leur fournir les soins médicaux et une hygiène corporelle appropriée à domicile. Là aussi nous avons proposé un projet pour remédier à ce problème et qui répond toujours à notre perspective de maintien à domicile des personnes âgées.

Pensez-vous que la société marocaine a changé ? Les enfants prennent-ils moins soin de leurs parents arrivés en fin de vie ?

Notre société a changé principalement au niveau de la structuration de la famille qui est devenue de plus en plus nucléaire, surtout en milieu urbain. Ce paramètre est aggravé par la pauvreté et l’augmentation du coût de la vie qui ont affecté énormément la qualité des relations familiales en général. Notre association a en effet repéré plusieurs cas de personnes âgées délaissées par leurs enfants et sans le minimum vital mais en contrepartie on retrouve certains d’entre eux entourés de leur famille ou de voisins qui manifestent une volonté d’aide quoiqu’ils soient à tour dépourvus de moyens.

Que pensez-vous des structures existantes comme les maisons «Dar Al Ajaza» ?

Pour nous c’est une solution de dernier recours et qui doit être réservée pour le moment pour les personnes âgées sans domicile fixe puisque le projet «Je veux vieillir chez moi» offre une solution à tous ceux qui en possèdent un. D’après notre expérience les personnes âgées que nous avons approchées préfèrent rester chez elles.