Parents, vos enfants sont-ils à  l’abri des dangers du Net ?

Les jeunes internautes sont guettés par toutes sortes de dangers.
Des logiciels de surveillance ou de verrouillage existent.
Une récente enquête américaine
a démontré qu’une meilleure connaissance d’Internet
par les parents était bien plus efficace pour la protection des enfants
que tous les logiciels
et toutes les lois.

Sur Internet, au coin du clic, se tapit l’aventure. Les enfants, qui en sont friands, courent à  sa rencontre en surfant joyeusement sur la Toile, de préférence à  l’insu de leurs parents. Mais ces innocentes évasions comportent des risques. Plusieurs faits divers le démontrent. Le temps est révolu o๠les détraqués sexuels quettaient leurs fraà®ches proies à  la sortie de l’école, des bonbons à  la main. Aujourd’hui, les friandises sont remplacées par des paroles sur un chat.

Ce danger, réel, n’est qu’un des risques encourus par les bambins qui surfent sans bouée de sauvetage. Car, dans les eaux pas toujours nettes du Net, se cachent quelques requins d’espèce gloutonne, avides de mettre à  profit les informations livrées naà¯vement par les enfants pour harceler les parents. Dans son dernier rapport, la Commission nationale informatique et libertés, en France, souligne ce danger : «Les enfants sont des cibles idéales qui, en surfant, vont être amenées à  communiquer des informations sur eux mais aussi sur leurs proches, et ce, le plus souvent à  l’insu de ces derniers. Les responsables des sites peuvent ainsi connaà®tre les sports pratiqués par les membres de la famille, les préférences des parents en matière de loisirs ou leurs lecturesÂ… Ils peuvent ainsi se constituer, par le biais des enfants, des bases de données très performantes, susceptibles de porter atteinte à  la vie privée des gens.»

«Sur un site dédié à  Michael Jackson, je me suis fait draguer au bout d’une heure»
Mais la crainte, légitime, des parents, se porte ailleurs. Interrogés, la plupart d’entre eux font état de leur préoccupation quant à  l’usage que leurs enfants font du Net. C’est sur les sites pornographiques que se concentrent leurs soucis, les sites de propagande idéologique ne sont pas moins redoutés. Aussi, beaucoup de parents appellent de leurs vÅ“ux l’intervention de l’Etat dans le contrôle des sites pour enfants. Mais, pour l’heure, l’Etat est aux abonnés absents, à  la différence des associations consacrées à  l’enfance qui, elles, poussent à  la roue fournisseurs d’accès et éditeurs de logiciels et de CD-Rom pour trouver des solutions satisfaisantes.

Les moyens de contrôle et de filtrage existent mais, sans être vains, ils s’avèrent moins efficaces que l’autorité parentale. La preuve en est faite par une récente enquête américaine qui attribue l’amélioration de la protection des enfants à  une meilleure connaissance d’Internet par les parents et non pas à  la mise à  contribution de logiciels de surveillance ou de blocage encore moins à  l’élaboration de nouvelles lois. Dans une thèse, intitulée «Comment protéger les jeunes internautes ?» (sur www.cova.ch/Sheller), Stéphane Heller énumère les dangers encourus par les petites «têtes cliqueuses».
La première distinction consiste à  séparer ce qui est illégal (pédophilie, incitation à  la haine racialeÂ…) de ce qui est préjudiciable (violence, érotismeÂ…). Pour Stéphane Heller, la pédophilie reste un risque mineur : «Le risque de tomber par hasard, ou même en cherchant, sur un de ces sites n’est pas exclu, il reste cependant assez faible». Raison invoquée : les animateurs de ces sites se feraient attraper si leurs activités hors la loi étaient trop affichées. En revanche, les chats peuvent constituer de réels lieux de rabattage. «Je suis allé sur un chat dédié à  Michael Jackson en me faisant passer pour un ado, raconte cet internaute. Au bout d’une heure, je me suis fait draguerÂ…». En effet, il n’est pas rare qu’un enfant qui surfe reçoive une proposition d’ordre sexuel. Risque dont il ne pourrait se prémunir qu’en gardant strictement l’anonymat. Les enfants doivent apprendre à  ne jamais communiquer leur identité, leur e-mail, leur adresse, ni à  accepter le moindre rendez-vous. Car, derrière la petite Sofia à  qui le gamin fait des avances, peut se dissimuler un Larbi sexagénaire aux intentions pas du tout claires.
Toutefois, il existe, pour rassurer les parents très angoissés, deux anges gardiens qui surveillent Internet comme le lait sur le feu. Ils s’appellent Netscape Navigator et Internet Explorer. Ils ont intégré dans leur menu de base un système de codage baptisé Pics (Platform fort internet content selection), pour s’épargner d’éventuelles surprises désagréables. Tout dépend en fait de la volonté des éditeurs. S’ils en ressentent la nécessité, ils affichent une étiquette sur leur site et Pics traduit : «Attention danger»

Mots-clés, une protection, mais qui peut bloquer des sites à  intérêt éducatif
Pics comporte deux sortes de filtrage : RSACI et Safesurf. Le premier prend en compte quatre catégories de risques (violence, sexe, nudité, langage) à  cinq niveaux différents. Exemple : violence. Niveau 0, aucune violence. Niveau 1, combats. Niveau 2, tueries. Niveau 3, tueries sanglantes avec détails choquants. Niveau 4, violence gratuite et cruelle. Le système Safesurf, lui, différencie le niveau de risque en fonction de l’âge et propose une dizaine d’entrées, dont «intolérance vis-à -vis de la race, des croyances religieuses ou du sexe».
Reste qu’un système de filtrage, si efficace soit-il, peut se fourvoyer. Un site sur le sida, par exemple, va forcément parler de «sexe» et de «préservatifs», ce qui va fatalement le classer dans les sites pornographiques. Dans ce cas, l’objectif d’atteindre les adolescents, pour le site en question, rencontre un obstacle de taille.
De surcroà®t, les sites dangereux ne désarment pas devant la muraille des logiciels. Raphaà«l Mergui, dans un article paru sous le titre:«Quand le Net sert de planque à  Al-Qaà¯da» (Marianne du 8 novembre 2005), montre toute l’ingéniosité déployée par les hackers de l’organisation terroriste pour débusquer des chemins de traverse. Repéré puis traqué par le FBI, en 2002, le site «Alnada» aura squatté tour à  tour les sites d’une association de cyclistes, d’une équipe de football batave et d’une amicale d’anciens élèves, avant de se saborder. Pour le recrutement d’apprentis terroristes, l’astuce consiste à  multiplier les sites leurres, destinés à  égarer les tentatives de dépistage. Par exemple, «Amis arabes de la nature» ou «Amateurs de voitures de sport». Tout visiteur qui se connectera sur ces sites avec un logiciel configuré en arabe sera automatiquement «rerouté» vers un site extrémiste qui essaiera, lui, d’en faire un sympathisant.

Les différences culturelles rendent délicat le choix des critères de filtrage
Le succès de Pics a donné des idées à  des start-up inventives ! Le marché est porteur, elles l’investissent, en fabriquant des dizaines de logiciels de filtrage (Cyber Patrol, Surf-watch). Pas tous compatibles, plus ou moins efficaces, ils permettent à  l’usager d’affiner ses choix : liste des sites interdits, des sites acceptables, possibilité de personnaliser le filtrage, d’entrer des mots-clésÂ… Ils ont surtout l’avantage de pouvoir filtrer les chats alors que le système Pics se limite aux seuls sites.
Tout cela est bien beau, mais derrière les sociétés commerciales qui produisent ces logiciels, on ne sait pas qui décide de ce qui est filtré ou non et comment les choix sont effectués. Par ailleurs, ces logiciels, traduits dans plusieurs langues, ont été conçus dans un contexte anglo-saxon, qui ne correspond pas forcément aux valeurs marocaines. Ainsi, ce qui choque une famille musulmane dévote laissera de marbre un foyer d’intellos gauchistes. C’est pour cela que, contre les sites sulfureux, chats périlleux et autres pièges, rien ne vaut la vigilance des parents, qu’il convient de remettre d’urgence au centre de la Toile.

Faire d’internet un outil familial
1 – Installez l’ordinateur dans la salle de séjour ou dans une pièce commune. Internet sera un outil familial, et vos enfants vous sentiront présents.
2 – Internet, c’est super ! Laissez vos enfants vous montrer comment ils surfent sur Internet : leurs sites préférés, ceux qui pourraient vous intéresser. Profitez d’Internet en famille : organiser des vacances, choisir un film, préparer un exposé, envoyer un mail aux grands-parents, créer une bibliothèque familiale des bons sites Web.
3 – Rencontrez d’autres parents internautes, améliorez votre pratique, échangez vos expériencesÂ… dans les cafés de parents, les cybercafés et les espaces publics numériques qui vont être de plus en plus nombreux.
4 – Eduquez vos enfants à  la prudence sur Internet : ne jamais donner d’informations personnelles, ne pas répondre à  un message choquant, quitter rapidement le site qui les met mal à  l’aise, ne pas organiser de rendez-vous avec une personne rencontrée dans un «chat».
5 – Soyez un parent internaute responsable. Notamment à  l’égard des plus jeunes, il existe des outils techniques comme des logiciels de filtrage ou des portails, qui accompagnent vos enfants dans un Internet plus sûr (labellisation ou sélection des sites pour les plus jeunesÂ…).
6 – Etablissez un dialogue autour d’Internet avec vos enfants : invitez-les à  vous montrer ce qui les gêne, discutez-en avec eux. En retour, manifestez votre confiance en respectant leur jardin secret.