Missions françaises : les parents victimes des hausses successives des frais

Les établissements relevant de l’AEFE et l’OSUI programment encore une hausse des tarifs pour 2016-2017. Plusieurs familles ne peuvent plus supporter l’importance des charges. Les associations viennent en aide aux défaillants mais pour une année ou deux seulement.

Les parents des élèves scolarisés dans les missions françaises sont excédés. Et pour cause, depuis six ans maintenant, les établissements décident chaque année d’augmenter les frais de scolarité. Les droits d’inscription ont également subi quelques augmentations au cours des dernières années, mais c’est surtout la flambée des frais de scolarité qui met en difficulté les parents d’élèves. Notons que les droits d’inscription sont payés en une seule fois et couvrent toute la période de scolarisation des enfants. Ils varient de 39 530 à 44680 DH au niveau des établissements de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et vont de 30 000 DH pour la maternelle à 40 000 DH pour les autres niveaux dans les établissements de l’Office scolaire universitaire et international (OSUI).

Pour expliquer les augmentations successives des frais de scolarité, l’AEFE avançait au départ le plafonnement de l’aide de l’Etat qui a été mis en œuvre en 2007. Deux ans plus tard, c’est une mise à contribution des familles qui a été imposée pour rénover et étendre le patrimoine immobilier des établissements qui appartiennent ou sont sous concession de l’Etat français. Depuis, les frais sont augmentés chaque année. Ce qui a conduit à une hausse globale de près de 40% depuis 2009. Le dernier relèvement décidé en 2015-2016 a été motivé par la baisse de la subvention accordée par l’Etat français au réseau AEFE qui compte, au Maroc, une trentaine d’établissements. Cette subvention s’élève aujourd’hui à 40 millions d’euros par an et représente 50% des ressources de l’agence, les 50% restant proviennent des parents d’élèves.

Par conséquent, les frais de scolarité annuels pour les élèves marocains varient actuellement de 31 770 DH pour la maternelle à 38250 DH pour le Lycée. Et ce n’est pas fini puisqu’une nouvelle hausse est déjà annoncée pour 2016/2017 ; elle sera de l’ordre de 1 500 DH. Pour les prochaines années, les augmentations dépenderont du niveau de la subvention de l’Etat décidé dans le cadre des Lois de finances.

Les établissements relevant de l’OSUI annoncent aussi pour la rentrée prochaine une hausse des frais de scolarité de 5% pour les anciens et de 10% pour les nouveaux inscrits. Ces frais varient actuellement de 32 058 DH par an pour la maternelle à 47 328 DH pour le lycée. En fait, le cycle des hausses a débuté en 2006-2007. Il est motivé par la construction du lycée d’Ain Sebaa et par le déménagement de l’ensemble des établissements à Bouskoura, prévu pour la rentrée 2016-2017. Cependant, il faut noter que contrairement aux écoles du réseau AEFE, celles de l’OSUI ne sont pas subventionnées par l’Etat français. Il s’agit d’un système privé totalement financé par les familles.

Des familles qui sont aujourd’hui de plus en plus mises en difficulté. «Leurs revenus n’augmentent pas autant, loin s’en faut, particulièrement avec la crise économique actuelle. Elles ont fait le choix du système éducatif français, elles participent quotidiennement au rayonnement de la culture française dans le monde et se trouvent prises en otages de ces augmentations insoutenables et sans alternative viable localement», dénonce la Fédération des associations des parents d’élèves (FAPE). Et d’ajouter que «plusieurs familles ne pouvant plus suivre l’évolution du coût de scolarisation ont vu leurs enfants expulsés des écoles. Avant d’en arriver là, les associations prennent le relais pendant une année ou deux à travers des bourses et des aides, mais après…».

Après, c’est l’impasse pour ces familles. L’alternative locale des écoles homologuées n’est pas envisageable car leurs frais de scolarité ont également flambé durant ces dix dernières années (voir encadré). Il importe de souligner que les élèves, une fois scolarisés dans le système français, ne peuvent pas poursuivre une scolarité dans le système national : arabisation, certificats de fin des cycles du primaire et du collège exigés, sans parler de l’approche pédagogique qui est totalement différente… De ce fait, expliquent les associations, «dans le cas où une famille se retrouve dans l’incapacité d’assurer les frais de scolarité, la situation devient dramatique pour elle mais surtout met en danger l’avenir de l’enfant».

Les associations des parents d’élèves exigent un gel des frais de scolarité

Face à cela, on peut dire qu’aujourd’hui les parents qui ont opté pour le système français déchantent. Ils estiment que les termes du contrat implicite sur lequel reposait leur confiance sont aujourd’hui modifiés. Que faire alors ?

Les associations des parents relevant des deux systèmes d’enseignement français se mobilisent contre cette tendance haussière des coûts de scolarité. La FAPE qui a déjà lancé une pétition destinée au président de la République, est constamment en contact avec l’AEFE. Elle discute depuis l’année dernière avec toutes les instances concernées afin d’éviter une baisse de la subvention de l’Etat français à l’agence. Et surtout pour que les familles n’en souffrent pas. Les responsables de la FAPE soulignent qu’«au prochain conseil d’administration de l’AEFE, la fédération exprimera les préoccupations des familles et son souci que les mesures à mettre en œuvre ne pèsent pas sur la qualité de l’enseignement et la rénovation indispensable des installations scolaires». Elle œuvre aussi pour une maîtrise et une visibilité de 3 ans au moins de l’évolution des frais de scolarité. Par ailleurs, la FAPE réclame le gel des frais de scolarité pour quelques années.

Pour ce qui est des associations des parents d’élèves scolarisés au groupe Louis Massignon de Casablanca, «l’annonce d’une hausse pour la prochaine rentrée est une surprise. Et en tant que parents et représentants de parents, nous nous devons de faire part de notre angoisse, notre incompréhension et notre colère face à cette décision». Dans une lettre publiée la semaine dernière, les représentants des familles interpellent une nouvelle fois les responsables du groupe «pour mettre fin à ces augmentations continues depuis la rentrée 2011. A la prochaine rentrée, ces hausses représenteront un taux global de 44,5% pour le pré-élémentaire et de 38% pour l’élémentaire, le collège et le lycée». Les représentants des parents d’élèves réclament l’annulation des augmentations pour les nouveaux arrivés, sachant que les droits d’inscription sont élevés. D’autre part, ils souhaitent avoir une visibilité sur l’évolution des frais d’écolage et droit d’inscription sur les cinq prochaines années.

Selon des observateurs, «les augmentations continues et régulières des frais de scolarité écarteront les enfants appartenant aux familles moyennes de l’enseignement français qui sera alors un système exclusivement ouvert aux familles nanties». Et de poursuivre : «Puisque l’enseignement étranger rentre dans le cadre de la coopération entre les Etats, les pouvoirs publics, et en l’occurrence le ministère de l’éducation marocain, ne devraient-ils pas se pencher sur l’aspect financier de cet enseignement ? Pour l’heure, le MEN n’a un droit de regard que sur le contenu de l’enseignement alors que les autres aspects restent à la discrétion des services de coopération des divers systèmes d’enseignement»

Sept établissements privés sont aujourd’hui homologués et sont tous implantés à Casablanca : Collège lycée Léon l’Africain, Ecole Al Jabr Collège et Lycée, Ecole Internationale de Casablanca, Ecole Normale Hébraïque, Ecole primaire Narcisse Leven, Lycée La Résidence, lycée Maïmonide, Les Cours Rameau. Ils exercent dans le cadre d’une homologation délivrée non pas par le ministère de l’enseignement marocain mais par le Service culturel de l’ambassade de France. De ce fait, ils ne sont pas encadrés par la loi 06-00 formant le statut de l’enseignement scolaire privé au Maroc. Cette loi réglemente le champ d’action de toutes les écoles privées exerçant sur le sol marocain, à l’exception des établissements ouverts en vertu d’un accord entre le gouvernement du Royaume du Maroc et un gouvernement étranger ou un organisme international. Ces établissements restent soumis au contrôle de l’Académie régionale d’éducation et de formation quant à leur respect des clauses des contrats. Par ailleurs, les écoles homologuées sont soumises à un contrôle des services culturels pour tous les aspects pédagogiques. Quant au volet frais de scolarité, elles ne sont tenues de respecter aucune fourchette de prix. Et durant ces dernières années, en raison de la demande croissante des familles et de la concurrence, ces établissements n’ont pas hésité à procéder à des augmentations régulières et soutenues de leurs frais de scolarité. Certaines écoles se sont même quasiment alignées sur la grille des écoles françaises et ont aussi instauré des tests d’admission. Au-delà des augmentations de tarifs, il faut aussi préciser que ces écoles ont un statut spécifique que la plupart des familles ignorent : d’une part, les élèves ne peuvent en aucun cas être admis dans les écoles françaises de l’AEFE ou l’OSUI, et d’autre part, ils passent le Bac en tant que candidats libres.

En plus du système français, d’autres missions étrangères sont présentes au Maroc, notamment la mission belge, italienne, espagnole et les écoles américaines. Le système belge est le dernier implanté au Maroc. En effet, l’Ecole Belge de Casablanca est ouverte depuis 2014 et accueille près de 700 élèves de 2,5 à 18 ans. Pour assurer le bilinguisme requis dans le cadre de la coopération, l’EBC dispense 5 heures d’arabe en plus de l’histoire, de la géographie et des institutions du Maroc. Si les élèves belges sont exonérés des droits d’inscription, les Marocains en revanche paient 35000 DH avec une réduction de 20% pour le deuxième enfant et de 30% au-delà. Les frais de scolarité sont de 36 000 DH pour les classes d’accueil, 47000 DH pour la maternelle, 57 000 DH pour le primaire et 67 000 DH pour le lycée. Pas très connue même si présente depuis 1920 au Maroc, l’école italienne est la moins chère sur la place. Les frais de pré-inscription sont de 1 200 DH et les frais de scolarité sont de 12 000 DH (maternelle), 14 000 DH (primaire), 16 500 DH (collège) et 22500 DH (lycée). Près de 350 élèves, majoritairement des Marocains, y sont inscrits. L’école Enrico Mattei intègre dans son cursus 5 heures d’arabe au primaire et collège et trois heures pour le lycée. Elle présente une spécificité par rapport aux autres écoles, à savoir la possibilité d’orienter les élèves vers le lycée scientifique ou professionnel. Celui-ci prévoit un cycle de 3 ans de formation sanctionné par un diplôme de qualification professionnelle dans le domaine comptable. L’élève dispose de la possibilité d’intégrer le monde du travail ou de poursuivre ses études jusqu’au Bac en gestion d’entreprise et d’accéder ensuite à l’université. L’école espagnole, quant à elle, ne prévoit pas de frais ou de droits d’inscription. Pour les Espagnols, les frais de scolarité sont de 8 800 DH pour la maternelle et le primaire et de 8 150 DH pour le secondaire. Pour les Marocains, le coût est plus élevé puisqu’il est de 20 738 DH pour les niveaux maternelle et primaire et de 19 613 DH pour le secondaire. Le système accorde une réduction de 25% pour le deuxième enfant, 50% pour le troisième et de 75% pour le quatrième et plus. Les familles espagnoles bénéficient quant à elles de la gratuité au-delà du quatrième enfant et d’une réduction de 50% pour le troisième. Enfin, les écoles américaines restent sélectives et chères. Implantés à Casablanca, Rabat et Tanger, les établissements privés américains encadrent 1 500 élèves. Destinées en priorité aux enfants du personnel diplomatique américain, ces écoles comptent aujourd’hui dans leurs effectifs 80 à 90% d’enfants marocains. Par ailleurs, la George Washington Academy (Dar Bouazza et Marrakech), un établissement à but non lucratif créé en 1998, accueille 710 élèves de 30 nationalités différentes dont 60% sont Marocains. Les tarifs du système américain restent inaccessibles pour 99% des Marocains. Ils sont de 64 170 DH (pour la maternelle), 110 745 DH (Primaire), 129 375 DH (collège) et 134 550 DH (secondaire).