Migrantes subsahariennes : Questions à  Mehdi Alioua, Sociologue et président du GADEM

«Nous sommes face à  de la misère sexuelle qui est plus de l’ordre de la précarité»

La Vie éco : Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur les réseaux de traite des femmes subsahariennes au Maroc ?

Il s’agit là d’un phénomène qui concerne une ultra minorité de personnes et de femmes. Ce business ne rapporte pas beaucoup d’argent en route. C’est dans les bordels d’Europe, notamment d’Espagne, qu’on retrouve cette catégorie de femmes, victimes des réseaux de traite.  Bien sûr, on compte parmi ces victimes de traite, que l’on retrouve en Europe, des femmes qui sont passées par le Maroc.

Ce qui veut dire que des réseaux existent et passent par le Maroc ?

Bien sûr. Mais ces réseaux criminels structurés ne sont pas visibles sauf quand il y a un accident du type une guerre entre deux réseaux ou une arrestation à la frontière. Mis à part ces réseaux huilés, il y a ce qu’on peut qualifier d’errance que l’Etat confond malheureusement avec les réseaux criminels. Ce sont des personnes qui se retrouvent perdues entre les pays et qui doivent par conséquent se réorganiser, parfois de manière délinquante. On peut retrouver des filles qui se prostituent et paient des hommes pour les protéger, qui peuvent le faire avec des gardes-frontières, contre un passage, de l’information ou un peu d’argent.

Sommes-nous alors devant des stratégies de survie ?

Effectivement. Celles qui ont été ramenées par un réseau et qui sont restées au Maroc représentent une minorité. Elles sont dans le mode de la survie et intègrent des réseaux de prostitution bas de gamme. Les passes ne dépassent pas les 20 DH avec des partenaires subsahariens ou marocains. Nous sommes face à de la misère sexuelle qui est plus de l’ordre de la précarité. Par ailleurs, l’Etat, en criminalisant les migrants, les pousse à la délinquance, voire à la criminalité. La clandestinité juridique ouvre grande la porte à tous les scénarios possibles.

Que peut faire l’Etat pour venir en aide à cette catégorie de la population subsaharienne ?

Lorsque l’Etat ne s’inscrit que dans une logique sécuritaire, il ne peut pas faire grand-chose. Il se limite à empêcher les gens d’entrer et de sortir sans autorisation indépendamment des raisons qui les poussent à le faire. La prohibition ne règle pas le problème. Elle pousse les gens à s’organiser autrement, parfois via de la prostitution organisée. Mais, il s’agit là d’un phénomène de survie.