Meriem Othmani, la dévouée au social

Sa famille quitte Lyon dans les années 1960 pour s’installer à  Sidi Allal Al Bahraoui au Maroc. Elle commence son activité associative avec l’«Heure joyeuse» et crée «INSAF» en 1999.

Meriem Othmani n’aime pas être sous les feux de la rampe. Pas par méfiance à l’égard des médias, mais par humilité. C’est l’efficacité qui compte pour elle dans le travail associatif qu’elle mène depuis trente-cinq ans. Elle est présidente d’honneur de l’association «Insaf», ex-dirigeante de l’association l’«Heure joyeuse», membre du Conseil d’administration de l’association de microcrédit «Al Amana» et présidente de sa «commission stratégie et utilité sociale». Et elle s’investit depuis quelque temps dans une nouvelle ONG, «Al Hayat chaînes de vie», dédiée à la lutte contre la mortalité néonatale. Sa casquette de femme d’affaires, voire de première chef d’entreprise au Maroc, peu de gens la connaissent. «J’ai du mal à parler de moi, de ma vie personnelle, je le fais rarement, encore moins pour les journalistes», confie, avec humilité, Meriem.

Le temps passe, elle a 68 ans, et elle s’est toujours investie auprès des gens démunis, SDF, bébés délaissés, mères célibataires, déscolarisés, enfants de la rue…, depuis plus de trois décennies. Cette passion de servir ceux qui en ont besoin lui a été sûrement inculquée le jour où, encore enfant, à Lyon, elle regardait des foules d’immigrés nord-africains rejoindre, le soir, après une longue journée de labeur, le centre d’hébergement de la Part Dieu qui leur était dédié dans cette ville. Son père, Algérien de naissance, y tenait, avec sa femme, un commerce. «C’était une caserne, en fait, où l’on entassait dans des conditions inhumaines et une surveillance tatillonne de la police ces travailleurs nord-africains», se rappelle Meriem (ou Aïcha, de son vrai prénom). Elle est l’aînée des cinq enfants Merzougui. Sa mère, une grande blondine, née en France, est d’origine polonaise. A dix ans, ses parents l’inscrivent dans une classe qui mène à la formation professionnelle, elle se trouve comme une égarée parmi des ados de quatorze et quinze ans. Ce choix lui joua un mauvais tour. En 1960, la famille Merzougui quitte la France, la destination que prend le père est pour le moins curieuse : une ferme acquise à Sidi Allal Bahraoui, au Maroc. Une ferme, «c’est ce que voulait mon père, il en rêvait, sûrement à cause de ses origines paysannes», explique sa fille. Meriem a 14 ans, on l’inscrivit en 6e au lycée Lalla Aïcha, à Rabat.   

La seule fille à réussir le concours de l’ISCAE

Après le bac, elle obtient une licence en sciences po, à Casablanca, et un troisième cycle en gestion à l’ISCAE. Meriem était cette année la seule fille de sa promotion à réussir le concours d’accès à cet institut. Entre-temps, en 1969, elle va épouser un médecin. Elle prend le nom de son mari, M. Othmani (lui aussi un Algérien). C’est sous ce nom qu’elle est connue dans le milieu des affaires, et dans le milieu associatif. Son travail : chef d’entreprise. En 1971, elle acquiert une petite imprimerie au quartier Belvédère à Casablanca, qui emploie une poignée de salariés, pour la transformer quelques années plus tard en une véritable entreprise de bureautique, SICOPA. En parallèle, Meriem crée «Maison des Dunes», une société spécialisée dans la fabrication et l’exportation des serviettes de toilette brodées pour salles de bains, hôtels et spa.

Ambitieuse et tenace dans les affaires, Meriem l’est aussi, sinon plus, dans son travail associatif. Son histoire avec ce milieu remonte aux années 1980, d’abord au sein de l’«Heure joyeuse», agissant sur le terrain des enfants en situation difficile. «La première fois où j’ai rendu visite à cette association, je rencontre trois femmes, qui se battent pour sauver des bébés, mais avec une caisse vide», se désole Meriem. Sans argent on ne peut rien faire. Elle mobilise alors son réseau de connaissances et demande à chacune d’elles une contribution financière mensuelle. Des ordres de virement de 100 DH par mois commençaient à alimenter le compte de l’association. «Une somme dérisoire pour ces gens qui gagnent bien leur vie, mais si importante pour la marche de l’association», se rappelle-t-elle. Quelque temps plus tard, Meriem, avec quelques autres militantes, prend la direction de cette association. On tape alors, au hasard, quelques portes : l’OFPPT pour la formation des jeunes démunis et de leurs mamans, d’autres organismes pour la collecte de dons pendant Ramadan et leur distribution au profit des nécessiteux, la sensibilisation de quelques entreprises à virer de l’argent, et la distribution de dizaines de milliers de cartables à l’occasion de chaque rentrée scolaire… Elle quitte l’association en 1998 pour créer, avec d’autres acteurs associatifs, dont Driss Khrouz (le directeur de la Bibliothèque nationale) et Fouad Abdelmoumni, le «Comité de scolarisation de la fille rurale» pour aider les filles du monde rural à aller au collège. Un an plus tard, elle rejoint le groupe «Terre des hommes», une autre ONG de dimension internationale. Ce fut le tremplin pour fonder l’ONG Insaf s’occupant essentiellement des mères célibataires et de leurs enfants, mais aussi servant la cause des petites filles exploitées dans des travaux domestiques. 

«Terre des hommes» finance, les militantes d’Insaf font du terrain : dans les prisons pour aider les femmes incarcérées, et dans les maisons pour retirer les «petites bonnes» de l’enfer du travail domestique et les remettre à leurs tuteurs, en contrepartie d’une somme d’argent, pour les faire scolariser. Mission accomplie ? Pas tout à fait. Meriem quitte toute action directe au sein de cette association tout en y demeurant présidente d’honneur. Incompatibilité de caractères et de directives ? Peut-être. Le monde associatif n’est pas exempt, tout comme le monde politique, de dissensions intestines, pour une raison ou pour une autre. Mais Meriem ne quitte pas pour autant le navire associatif. Ses deux derniers faits d’armes : la présidence de la «Commission stratégique et utilité sociale», créée par Al Amana, avec comme objectif de déclencher une vaste opération de sensibilisation des jeunes en matière de formation et d’emploi dans les différentes région du pays. L’autre fait d’armes : le renforcement de l’équipe de l’association «Al hayat, chaîne de vie» dédiée à la lutte contre la mort néonatale. Elle y est la vice-présidente. Son combat est de sauver la vie aux 10 000 bébés qui meurent chaque année dès leur naissance, et sauver 24 000 autres de l’handicap qui les guette dès leur venue au monde. Mais Meriem Othmani reste une éternelle insatisfaite, elle a l’impression que beaucoup reste encore à faire. «Je suis Franco-algérienne, mais mon pays c’est le Maroc. Après trente- cinq ans dans le domaine associatif, je sais, par l’expérience que j’ai acquise, que j’ai encore beaucoup à donner  à ce pays, et je le ferai», conclut-elle avec obstination. Sans négliger pour autant sa casquette de femme d’affaires : elle y est aussi déterminée que dans l’associatif.