Ménopause : les médecins marocains prennent position sur le traitement substitutif

Ils considèrent que le risque lié au traitement hormonal substitutif à base d’oestrogènes est faible.

Au Maroc, la ménopause fait l’objet d’un tabou vivace. D’ailleurs, il n’existe aucun mot, en arabe dialectal, pour désigner le phénomène. En arabe classique, il prend une résonance existentielle, puisqu’il est appelé «l’âge du désespoir». La sociologue Soumya Guessous a recueilli un certain nombre de témoignages qui donnent corps à son ouvrage «Printemps et automne sexuel» (Eddif). Elle rapporte que «la femme ménopausée est considérée comme un objet usé. Elle pense que sa féminité est morte et fait le deuil de sa séduction. Elle se réfugie parfois dans le religieux. C’est vers cet âge que le couple se fracture», soutient l’auteur.
Quel que soit le regard que porte la femme sur la ménopause, elle ne peut en éviter les désagréments, qui se manifestent sous forme d’un ensemble de symptômes plus ou moins graves : bouffées de chaleur, sudation, irritabilité, insomnie, humeur dépressive, troubles de la libido, sécheresse vaginale et douleurs lors des rapports sexuels… Des effets qui sont traités au moyen d’hormones féminines – estrogène et progestatif – remplaçant celles (œstradiol et progestérone) que les ovaires ne produisent plus. Considérés à leur apparition comme une panacée, les traitements hormonaux substitutifs (THS) n’ont pas tardé à soulever une controverse dans laquelle l’Association marocaine pour l’étude de la ménopause (AMEM) a pris position, vers la fin juin dernier.
L’efficience des multiples associations hormonales commercialisées ne souffre aucune contestation. Il est ainsi établi que les THS préviennent les symptômes qui surviennent après l’arrêt de la fonction ovarienne, qu’ils se révèlent actifs sur les modifications de la paroi vaginale et de la vessie observées après la ménopause, et enfin qu’ils s’opposent au phénomène de la perte de la masse osseuse (ostéoporose), réduisant le risque de fractures des vertèbres, du poignet, puis du col de fémur. Reste l’impact – controversé – du THS sur la pathologie cardiovasculaire et les risques du cancer du sein qu’il pourrait induire.

Deux millions de marocaines suivent un traitement hormonal
Plusieurs études, publiées de 1998 à 2004, sont à l’origine de la controverse et de l’inquiétude des femmes marocaines sous THS – deux millions, estime le docteur Ahmed Akchouch – et de la mise au point organisée par l’AMEM. La première vient des Etats-Unis. Elle conclut à une augmentation du risque d’accidents cardiaque lié au THS. La deuxième, américaine aussi, publiée en 2002, enfonce le clou en montrant une augmentation du risque d’accidents cardiovasculaires et de cancers du sein associés à l’administration d’un THS. Loin de clarifier le débat, deux autres études vont ajouter encore à la confusion quant aux bénéfices attendus et aux risques encourus par les femmes qui sont sous THS. L’une, intitulée Million women study, concerne plus d’un million de femmes britanniques, observées de 1996 à 2001. Elle établit une augmentation du cancer du sein de l’ordre de 30% avec les oestroprogestatifs ou les estrogènes seuls et la Tibolone, avec cependant une augmentation significativement plus importante pour les œstroprogestatifs que pour les estrogènes seuls et la Tibolone. L’autre étude, présentée sous le titre Women’s health initiative, compare 8 506 femmes traitées par estrogènes à 8012 femmes sous placebo. Elle montre une légère augmentation du risque du cancer du sein chez les patientes sous THS. Cela correspond à huit cas supplémentaires de cancer du sein pour 10 000 femmes ménopausées suivies pendant un an. Un chiffre très faible.
Ce sont les conclusions de Women’s health initiative que retient l’AMEM : le THS à base d’estrogènes seuls n’expose pas à un risque accru de cancer du sein, à l’inverse d’un traitement associant estrogènes et progestatifs. Mais quel que soit le type de traitement hormonal, l’accident cardiovasculaire peut survenir