Médiouna : Questions à Hanane Souaidi Bouzil, Présidente de l’association «Mamans de Bouskoura»

«Il est impensable qu’une ville comme Casablanca ait encore une décharge à ciel ouvert».

Hanane-Souaidi-BouzilLa Vie éco : Tout d’abord, parlez-nous de l’association «Mamans de Bouskoura» ?

L’Association Mamans de Bouskoura a vu le jour officiellement en 2015 mais existe en fait depuis 2013. Elle a pour vocation d être un relais, un booster pour favoriser la vie communautaire au sein de La ville verte. Elle se veut soutien aux démunis et lobbying face aux autorités ou autres décideurs pour faire avancer les dossier qui ont un impact sur la vie des habitants de Bouskoura et plus largement de la région de Nouacer

Pourquoi choisir le terme mamans et pas femmes ou citoyennes ?

C’est très simple. Ceux qui nous ont réunis les premiers jours sont nos enfants qui, en jouant ensemble, ont permis la rencontre de plusieurs femmes de bonne volonté qui ont l’envie de collaborer à la vie citoyenne. De plus, nous sommes citoyennes et femmes de facto.

Quels sont les types d’activité que vous organisez ?

n Nous sommes organisés en quatre sections. Tout d’abord la section sportive qui a organisé cette année le premier tournoi intercommunautaire de la ville verte. Cet événement nous a permis d’inviter et de prendre en charge 80 enfants des douars de la ville verte et de les intégrer avec les enfants des sites résidentiels pour créer une communion et un relais de décloisonnement. Il y a ensuite la section animation qui a pour but d’organiser un ensemble d’évènements à but caritatif afin de collecter des fonds pour financer nos opérations. La section sociale est dédiée à l’aide aux démunis. Cela peut aller de la prise en charge d’opérations lourdes pour des enfants, à la distribution de denrées alimentaires ou plus joyeusement la distribution de jouets pour Achoura, distribution de couvertures dans la période hivernale ou autre. Enfin, il y a la section autorité qui a pour rôle de faire du lobbying pour faire avancer les gros dossiers qui touchent les citoyens de la ville verte. 

Pourquoi avoir pris en charge le problème des odeurs et de la fumée que dégage la décharge de Médiouna ?

Parce que d’abord l’odeur est vraiment insupportable et persistante, de plus cette odeur nous fait peur car elle doit contenir des toxines ou autres substances qui pourraient être nocives pour notre santé et celle de nos concitoyens. Ensuite, il est tout simplement impensable qu’une ville comme Casablanca ait encore aujourd’hui une décharge à ciel ouvert. Ce genre de dossier ne doit souffrir ni de contingence politique, ni électorale, ni d’image à l’international. Il doit être traité comme une catastrophe naturelle. Pour nous, la COP 22 est une occasion pour dénoncer des retards importants dans la résolution de ce problème.

A votre avis, pourquoi ce problème persiste-t-il ?

Parce que ce dossier n’est pas traité comme une urgence de santé publique mais comme un dossier d’investissement. Et dans les circuits administratifs d’une ville comme Casablanca, cela peut, avec toute la bonne volonté des uns et des autres, prendre des années.

Quelles sont vos doléances à l’attention des pouvoirs publics?

Nous ne voulons pas que ce dossier soit l’otage d’une quelconque échéance électorale, ni d’une manifestation internationale. Nous voulons la fermeture de la décharge avant le mois de septembre. Ce dossier ne peut pas souffrir d’effet d’annonce. C’est trop sérieux. Nous sommes des femmes très pugnaces, nous ne lâcherons pas l’affaire. Si nous qui sommes à des kilomètres de la décharge, nous en souffrons, comment vivent ceux qui en sont mitoyens ? Si pendant des années leurs voix ne se sont pas faites entendre, nous prenons aujourd’hui le relais.