Maroc : L’habitat insalubre combattu de manière inédite et réaliste

La lutte contre l’habitat insalubre a pris une envergure inédite sous le règne de
S.M. Mohammed VI. En 2004 a été lancé le programme Villes sans bidonvilles. Dix ans après, les résultats sont probants : plus de 230 000 ménages ont bénéficié de logements. Coût de l’investissement : plus de 25 milliards de DH. Sur la même période, plus de 57 300 ménages dont l’habitat menaçait ruine ont pu être relogés.

ans un discours prononcé le 20 Août 2001, le Souverain a fait de la lutte contre l’habitat insalubre une priorité nationale. Le passage à l’acte a suivi rapidement avec le lancement en 2004 du programme Villes sans bidonvilles (VSB). L’objectif fixé alors est très ambitieux et consiste en l’éradication de l’ensemble des bidonvilles recensés à l’époque, regroupant plus de 270 000 ménages dans 85 villes et centres urbains. Des moyens inédits sont déployés à cet effet. Un investissement de près de 25 milliards de DH est programmé, dont une subvention de l’Etat de 10 milliards de DH. Mais surtout, le mode d’intervention mis en place dans le cadre du programme VSB marque une rupture avec les interventions passées des pouvoirs publics, depuis l’apparition des bidonvilles dans les années 1920. Cela se manifeste d’abord à travers le recours à l’intervention globale au niveau de la ville à l’échelle de tout le tissu urbain national qui se substitue à l’intervention par projet, ce qui permet d’appliquer une solution durable au problème de l’habitat précaire.
L’autre particularité du programme est qu’il s’inscrit dans le cadre des nouvelles dispositions en matière de gestion des affaires locales, contribuant ainsi à l’optimisation des moyens financiers et à une meilleure rationalisation des ressources humaines. Plus que cela, un cadre conventionnel fixe les responsabilités partagées entre les parties prenantes, à savoir l’Etat et les collectivités locales, ainsi que les délais de réalisation des programmes.

Près de dix ans depuis la mise en place de tout ce dispositif, le bilan est très probant. D’abord, il faut préciser que l’on a dû revoir les objectifs à la hausse par rapport à ce qui a été prévu initialement, et ce, pour répondre à une nette augmentation du besoin depuis le lancement du programme VSB. En effet, plus de  10 250 ménages se sont rajoutés annuellement en moyenne au recensement initial de 270 000 ménages.  Ce qui fait que la population programmée est montée aujourd’hui à plus de 362 300 ménages au niveau de 88 villes. Sur ce total, les cas de plus de 230 000 ménages (64% du total) ont été traités à ce jour, permettant au passage de déclarer 51 villes sans bidonvilles. Cette population a bénéficié de trois grands types d’intervention dans le cadre du programme VSB. Il s’agit en premier des opérations de restructuration qui ont pour objectif de doter les grands et moyens bidonvilles pouvant être intégrés au tissu urbain, des infrastructures nécessaires (assainissement, voirie, eau potable, électrification) et régulariser leur situation urbanistique et foncière. Le second type d’intervention est le relogement qui consiste en l’attribution de logements sociaux. Vient enfin le recasement qui attribue des lots aménagés à valoriser en auto-construction assistée, dans le cadre de lotissements à équipement intégral ou progressif. L’investissement mobilisé jusqu’à présent atteint 25 milliards de DH, ce qui revient à dire que l’enveloppe prévue au lancement du programme a déjà été atteinte au niveau de l’avancement actuel. Une part de 40% de cet effort financier a été apportée par l’Etat et 60% ont été couverts par les bénéficiaires eux-mêmes et le mécanisme de péréquation. Outre ces moyens financiers conséquents, un important effort de mobilisation du foncier public a été consenti entre 2003 et 2009, permettant l’ouverture à l’urbanisation de près de 9 000 ha destinés entre autres aux opérations de résorption et de prévention de l’habitat insalubre.

L’effort est porté à présent sur les 37 villes qu’il reste à déclarer sans bidonvilles et les choses sont bien avancées pour l’heure. Les chantiers de logements devant accueillir les bidonvillois au niveau de ces villes en sont à un taux d’avancement global de 78%. Cela permettra à 13 villes supplémentaires d’être déclarées villes sans bidonvilles en 2014.

Mais il n’y a pas que les bidonvilles qui ont été traités sur les dernières années au moyen d’un programme d’envergure. L’habitat menaçant ruine fait lui aussi l’objet d’une attention royale particulière. Des interventions conséquentes au niveau de plusieurs villes ont permis de traiter ce phénomène en finançant le confortement, la démolition et reconstruction, la dédensification ainsi que l’octroit d’aides frontales. Ainsi, entre 2000 et 2013, ces efforts ont profité à 57 366 ménages occupant des habitats menaçant ruine  pour un coût de 2,96 milliards de DH. Récemment, quelque 600 MDH ont profité à la ville de Fès et plus de 360 MDH ont été injectés au niveau de Casablanca. Et les efforts ne devraient pas faiblir à l’avenir pour traiter notamment les cas de près de 43 800 maisons menaçant ruine réparties entre 31 médinas en plus des ksours, kasbahs et quartiers non réglementaires, selon les plus récents recensements.

Pour boucler la boucle, plus que de traiter le passif accumulé en matière d’habitat insalubre, et afin de traiter le phénomène de manière proactive, le cadre réglementaire en matière d’infraction d’urbanisme et de construction a connu un toilettage en profondeur sur la base des directives royales adressées en 2004. Un décret approuvé à la mi-2013 instaure en effet un traitement préventif, immédiat, efficient et intégré du phénomène de construction illégale et dépasse les dysfonctionnements entachant le système de contrôle et de répression en vigueur auparavant.