Maroc : La moitié de la population bénéficie déjà  de l’AMO

En gestation depuis 1994, l’AMO a démarré en 2006. Actuellement, 53% de la population est couverte et la généralisation est prévue pour 2016. Les chantiers d’extension sont en cours… 

Chantier depuis 1994, la couverture médicale obligatoire n’a finalement été mise en place qu’en août 2006 suite à la signature d’un accord à Agadir en la présence de S.M. Mohammed VI. L’aboutissement de ce projet, tant réclamé par les syndicats, répond au principe de l’universalité de la couverture médicale érigé en droit constitutionnel dans la Loi fondamentale de 2011 qui consacre dans son article 31 que tous les citoyens marocains ont droit à une couverture médicale. La couverture universelle vise, et ceci est un objectif fixé depuis 2002 dans la loi 65-00, une couverture médicale de base, l’AMO, pour les personnes exerçant une activité lucrative, les pensionnés, les anciens résistants et membres de l’Armée de libération et les étudiants. Et un régime d’assistance médicale, le Ramed, pour la population ne disposant pas de revenus suffisants et stables. L’objectif étant de remédier à l’insuffisance de la couverture médicale au Maroc. Seulement 15% de la population jouissait alors de cette couverture : les salariés du secteur privé assurés auprès des compagnies d’assurances ainsi que les fonctionnaires du secteur public.
Depuis, un grand pas a été franchi puisque aujourd’hui plus de 7,6 millions de personnes bénéficient de l’AMO, soit 53% de la population éligible.La priorité du gouvernement, sur instructions royales, est de couvrir l’ensemble de la population marocaine à l’horizon 2016. Ce qui se fera par le biais de  l’extension de l’AMO à des catégories autres que les salariés (voir encadré) et induira une diminution des dépenses directes des ménages en santé.
Selon de récentes statistiques communiquées par l’Agence nationale de l’assurance maladie, la population immatriculée à l’AMO a évolué de manière régulière sur les dernières années. Entre 2009 et 2011, elle a progressé en moyenne annuelle de 3%. Dans le secteur public, elle a augmenté en moyenne de 1,7% par an et dans le privé un taux de 3,9% est affiché. L’âge moyen des bénéficiaires dans le privé est de 30 ans contre 34 ans pour les fonctionnaires du public.  
En vue d’une généralisation totale de l’AMO, les pouvoirs publics planchent actuellement sur la couverture des travailleurs indépendants. En effet, sur instructions royales en janvier 2014, le ministère de la santé lancera avant la fin de l’année la couverture médicale des indépendants (CMI) pour, dans une première phase, les pharmaciens, les médecins et les dentistes. Devront suivre les autres professions organisées, notamment les architectes, avocats, notaires, avant d’attaquer dans une dernière phase les commerçants et les artisans… Outre la CMI, les pouvoirs publics préparent la couverture des étudiants et du personnel de maison.
Ces extensions progressives de l’AMO permettront une harmonisation de la couverture médicale ainsi qu’une complémentarité avec le régime de l’assistance médicale pour les économiquement démunis. L’AMO a eu un apport social important : d’abord élargir la population bénéficiaire et ensuite offrir une prise en charge pour les affections de longue durée et les soins ambulatoires. Contrairement aux assureurs privés, l’AMO ne limite pas sa prise en charge à un plafond déterminé et n’applique pas le principe de l’antériorité de la maladie. Ce qui a permis une meilleure prise en charge des patients surtout ceux souffrant de maladies lourdes et coûteuses. C’est en tout cas ce qui ressort de l’évolution des dépenses de l’AMO. L’ANAM constate que 50% de ces dépenses sont consacrés au traitement d’ALD de 3% seulement des bénéficiaires.  L’agence relève aussi que 28% des dépenses ALD sont relatives à l’insuffisance rénale critique terminale, 20% aux tumeurs malignes, 12% à l’HTA et 12% au diabète insulinodépendant et diabète non insulinodépendant.Les dépenses, selon les dernières statistiques, s’élèvent à 5,1 milliards de dirhams et ont enregistré une évolution annuelle de 17% entre 2006 et 2013. Les dépenses relatives aux médicaments représentent une part de 33% et l’extension aux soins ambulatoires en février 2011 a engendré une hausse de la demande en soins. Aujourd’hui, les soins ambulatoires représentent 57% des dépenses AMO.
Le total des cotisations et contributions dues à l’ensemble des assurés AMO, selon le dernier rapport de l’ANAM, a atteint 8,11 milliards de DH dont 54% provenant du secteur public. Ce chiffre était de 4,68 milliards de DH en 2006, dont 64,1% propre au secteur public. Ainsi, les cotisations ont connu une croissance annuelle moyenne de 9,6% pendant ces six années. Cette évolution est beaucoup plus importante au niveau du secteur privé puisqu’elle est de 14,5% contre 6,3% dans le secteur public. Les cotisations et contributions dues aux salariés actifs représentent près de 91% de l’ensemble.