Malades mentaux : Questions à  Dr Jalal Taoufik, Psychiatre, directeur de l’hôpital Arrazi de Salé

«Il y a une carence en médecins psychiatres : pas plus de 400, public et privé confondus»

La Vie éco : Cette loi qui est une refondation de celle de 1959 est-elle nécessaire ? 

Disons que c’est un jalon nécessaire. Elle instaure de nouvelles procédures, et, surtout, elle veut instaurer une nouvelle approche du malade mental au Maroc, fondée sur son respect comme être humain ayant des droits comme tous les autres malades. N’oublions pas que le dahir de 1959 relatif à la prévention et au traitement des maladies mentales et à la protection des malades mentaux est bien en avance par rapport à son époque, et le Maroc était l’un des rares pays dans le monde à avoir une législation spécifique et novatrice à biens des égards pour cette catégorie de malades. Mais sur plusieurs aspects, elle devient obsolète. Le malade mental est un malade comme tous les autres, et a besoin d’un traitement humain dans un cadre humain loin des asiles psychiatriques comme ce fut le cas autrefois. 

C’est bien de changer la loi, mais quid des infrastructures pour le traitement de ces malades ?

C’est une autre paire de manches. Nos infrastructures hospitalières sont en effet  insuffisantes et en mauvais état. Il y a une carence en médecins psychiatres : pas plus de quatre cents exercent au Maroc, public et privé confondus. Il y a une insuffisance en termes de programmes thérapeutiques, de réhabilitation et de réinsertion des malades. Une pénurie en ressources humaines.  2,6 professionnels pour 100 000 habitants, ce ratio en Europe est de 43,9 professionnels pour 100000 habitants.

Pourtant certaines études sont alarmantes quant au nombre de personnes atteintes de troubles mentaux au Maroc. Ne serait-ce que pour la dépression on parle de 26,5% des Marocains qui en souffrent…

L’enquête nationale de prévalence des troubles mentaux dans la population générale âgée de 15 ans et plus a révélé en effet que la prévalence de la dépression est de 26,5%, les troubles d’anxiété généralisée de 9%, les troubles psychotiques de 5,6%, et la dépendance à l’alcool et aux substances psycho-active de 0,1% et 2% respectivement. Mais faut-il pour autant s’en alarmer ? Pas du tout. Ces chiffres correspondent exactement à ce qui se passe dans le monde, le Maroc n’a pas plus de dépressifs ou d’atteints de troubles psychotiques que d’autres pays dans le monde. Les maladies mentales n’ont pas de nationalité, n’ont pas de religion. Arrêtons ces alertes qui sèment la suspicion.