Maghrébins de France : comment ils vivent, ce qu’ils pensent de leur pays

1 000 personnes interrogées : 95% ont des attaches affectives profondes avec le pays d’origine.
40% des répondants ont des biens immobiliers dans leur pays d’origine
et 32% comptent en avoir. 22% font des transferts d’argent. n Près
de la moitié accorde de l’importance à la pratique religieuse.
Ils s’habillent chez Zara, H&M ou Diesel et
se meublent chez Ikea
ou Conforama.

Quel style de vie mènent les Maghrébins de France ? Quelles sont leurs habitudes de consommation ? Ont-ils des attaches avec leur pays d’origine ? Si oui, quelle forme prennent-elles ? Investissent-ils dans leur pays d’origine ? Si oui, quelle forme d’investissements, immobiliers ou d’épargne, font-ils ? Que pensent ces Maghrébins de leur pays d’origine ? Ces questions, et des dizaines d’autres, ont été posées à un échantillon de mille personnes appartenant aux trois pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), dans le cadre d’une enquête réalisée en France par le cabinet HEC Junior Conseil pour le compte du magazine Le courrier de l’Atlas (édité en France par le groupe Caractères, dont La Vie éco est filiale). Afin d’obtenir un taux de retour satisfaisant, le cabinet qui l’a réalisée a ciblé quatre grandes villes : Paris, Lyon, Bordeaux et Marseille, bien connues pour la présence d’une importante communauté maghrébine. De même, l’accent a été mis sur des quartiers qui connaissent une forte concentration de cette population, comme Barbès Rochechouart pour Paris, ou La porte d’Aix pour Marseille.

Un lien important avec le pays d’origine : l’immobilier et le transfert d’argent
L’un des résultats saillants dégagés par l’étude est l’attachement profond de la communauté maghrébine au pays d’origine. 95% des personnes interrogées conservent des attaches affectives profondes avec le «bled». Parmi les manifestations de ces attaches affectives, les visites que cette communauté effectue au pays d’origine : 45% des répondants s’y rendent une à deux fois par an, 30% moins d’une fois par an. Chez qui se rendent-ils ? Essentiellement dans la famille et chez les amis. Plus de la moitié des répondants (56,8%) ont de la famille dans leur pays d’origine, avec laquelle ils entretiennent des relations permanentes. Seulement 7% des interrogés ont affirmé ne jamais effectuer de visite dans leur pays d’origine.
Un autre lien avec ce dernier se manifeste à travers l’investissement qui y est effectué par des transferts réguliers d’argent (22%) et l’achat d’immobilier. Si 40% des répondants sont déjà propriétaires de biens immobiliers dans leur pays d’origine (les deux tiers sous forme de résidence secondaire et le tiers sous forme de résidence principale), 32% ont l’intention d’en acquérir.
Il apparaît, note l’étude, que même si, en effectif, les employés sont ceux qui possèdent le plus de biens immobiliers dans leur pays d’origine, il reste que la proportion de retraités, de professions intermédiaires, d’ouvriers, de sans-emploi, de cadres et d’artisans est significative.

Autre caractéristique de ces investissements : ce sont essentiellement les personnes nées au Maghreb qui les réalisent, ce qui veut dire qu’elles ont un attachement plus profond que les autres à leur pays natal. A l’inverse, seulement 13% des personnes nées en France et originaires du Maghreb effectuent des transferts d’argent réguliers, ce qui révèle l’intégration de cette catégorie de population dans le pays d’accueil. Si, d’autre part, environ la moitié des répondants n’effectuent aucun investissement dans leur pays d’origine, ceci est à mettre en relation avec le fait que 50% des personnes interrogées ont entre 20 et 30 ans. Le type d’investissement le moins prisé est la Bourse. Seulement 3% des répondants effectuent des placements en Bourse.
Le transfert d’argent et l’immobilier constituent donc toujours la principale forme d’investissement. Ce constat conforte quelques statistiques déjà connues sur cette manne d’argent que reçoivent annuellement de leurs ressortissants résidant en Europe les trois pays du Maghreb. Ce sont en effet quelque 7 milliards d’euros, selon la Banque européenne d’investissement (BEI), qui traversent annuellement la Méditerranée vers les pays du Maghreb. 85 à 90% des transferts vers l’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont en provenance d’Europe. Notons que, dans le monde, 125 millions d’émigrés transfèrent annuellement quelque 230 milliards d’euros vers les pays d’origine.

Les Marocains d’Europe, lit-on justement dans Le courrier de l’Atlas du mois de juin courant, «envoient plus d’argent que les autres Maghrébins. Annuellement, ce sont près de 3 milliards d’euros qui sont envoyés au pays, deux fois plus que par les voisins algériens et tunisiens. Pour preuve, le nombre de campagnes publicitaires qui vantent les qualités des investissements locaux, dans l’immobilier principalement. Le pays a compris, avant les autres, l’importance de conserver un lien, même financier, avec sa diaspora. D’ailleurs, les transferts des migrants marocains sont la seconde source de revenus pour l’Etat marocain», même si la plus grande part de ce transfert d’argent va vers des secteurs improductifs (consommation des ménages, éducation, santé, logement…).
Un autre lien de cette communauté maghrébine avec le pays d’origine est révélé par le nombre de répondants qui se préparent à passer leurs prochaines vacances d’été dans le pays d’origine. Plus de la moitié d’entre eux ont l’intention de s’y rendre cette année. 27% ont l’intention de voyager ailleurs qu’en France ou dans leur pays d’origine. Par ailleurs, plus de la moitié des répondants se rendent pour les prochaines vacances d’été à la mer. Par quel moyen de transport se rendront-ils dans leur pays d’origine ? 45% des répondants ont l’intention de voyager en avion et le tiers voyagera en voiture. Quant au budget qui sera consacré à ces vacances, il oscillera pour 40% des répondants entre 1 000 et 2000 euros, un budget inférieur à 1 000 euros pour 36% parmi eux, frais de transport non compris. Au total, note la synthèse de l’étude, trois quarts des répondants prévoient de dépenser moins de 2 000 euros. La durée de séjour va de trois semaines pour 20% à un mois pour 37%.

Autre attache avec le pays d’origine : les habitudes culinaires. 38% mangent régulièrement (plusieurs fois par semaine) des plats typiques de leur pays d’origine. 30% en mangent une fois par semaine et seulement 8% n’en mangent jamais.

Sur un autre registre, une question posée a trait à la façon dont la communauté maghrébine de France considère son pays d’origine : est-il traditionnel ou moderne ? Le statut de la femme y évolue-t-il ou non? Et, question non moins importante : que représente la religion à leurs yeux ? Résultat : les trois quarts des répondants ont estimé que leur pays d’origine était «plutôt en évolution», voire «en réelle évolution». Seulement 19% des répondants jugent que leur pays d’origine est moderne tandis que 70% d’entre eux trouvent que le statut de la femme est «plutôt en évolution», voire «en totale évolution».
A la lumière des deux premières remarques, les répondants laissent croire, constate l’étude, qu’ils «sont soucieux des évolutions qui touchent leur pays d’origine, tout en restant lucides face au parcours qu’il leur reste à accomplir.»

Quant au rapport des Maghrébins questionnés sur la religion, l’enquête révèle que la moitié des répondants n’accorde qu’une faible importance, voire aucune, à la pratique religieuse. Toutefois, nuance l’enquête, ce sentiment est compréhensible car un quart des répondants est constitué d’étudiants, «et surtout parce que cette question fait référence à la pratique religieuse et non pas à la croyance. De fait, vu l’intérêt qu’ont porté les répondants à la question relative à l’apport de la religion dans leur vie quotidienne, et à la quantité de réponses recueillies, on est en mesure d’affirmer que la religion reste le ciment qui soude les familles et apporte bien-être et hygiène de vie aux répondants.»

Enfin, si les attaches des Maghrébins de France vis-à-vis de leur pays d’origine sont profondes, cela n’empêche pas que les comportements de consommation de cette catégorie de la population de l’Hexagone sont marqués, à des degrés divers, et au même titre que la population d’origine française, par des réflexes de toute société de consommation. Ils lisent régulièrement à 27%, 60 % de l’échantillon se rendent fréquemment ou occasionnellement au cinéma. Il aurait été intéressant de savoir quel type de films ils préfèrent voir et à quel type de lecture ils s’adonnent. Le théâtre n’est cité à aucun moment dans l’enquête.
Les deux tiers des personnes interrogées possèdent une voiture et pratiquement tous les ménages sont équipés de tous types d’appareils électroménagers. Côté ameublement, les Maghrébins de France aiment décorer leur foyer à la fois à la façon européenne et maghrébine. La marque la plus citée pour l’ameublement est sans conteste Ikéa: la moitié des répondants l’ont citée. 6% des répondants citent Conforama, sachant que seulement 381 personnes ont répondu à cette question.

Quant aux marques alimentaires les plus achetées, les répondants citent toutes les marques de grande distribution, et s’approvisionnent comme les autres Français dans les grandes surfaces comme Carrefour (cité en premier lieu), Auchan ou Monoprix.

Concernant les marques des grands groupes, la plus citée est Danone. Zara, Diesel et H&M sont les plus citées pour le prêt-à-porter. 18% des répondants citent Darty comme la marque la plus prisée en électroménager. Pour les nouveautés technologiques, les Maghrébins de France n’échappent pas à la tendance mondiale de consommation. Trois marques, cite l’enquête, rassemblent trois quarts des réponses (un quart chacune) : Samsung, Apple et Sony. En téléphonie, Nokia est citée par 10% des répondants.

Les Maghrébins fréquentent également les restaurants, dans une proportion non négligeable : un tiers des répondants va quatre fois par an ou plus au restaurant (22% n’y vont jamais). Quels types de restaurants? 15% des répondants vont principalement dans des restaurants asiatiques. 11% affirment manger dans des restaurants très diversifiés. Enfin trois types de restaurants sont cités chacun par 10% des répondants: italiens, français et fast-food.