«L’INDH est désormais une réalité inscrite dans le quotidien de nombreux citoyens…»

La phase III de l’Initiative nationale pour le développement humain a été lancée par SM Mohammed VI en septembre 2018. Ses objectifs : consolider les acquis des deux premières phases et investir dans la valorisation du capital humain.

Etape de la consolidation et donc de la maturité. C’est sous ce signe qu’est placée la phase III de l’INDH. Mohamed Dardouri, wali coordonnateur national, fait le point sur les deux précédentes et explique la nouvelle stratégie.

Qu’est-ce qui caractérise cette nouvelle phase ? Qu’apporte-t-elle de nouveau par rapport aux précédentes ?
La phase III de l’INDH lancée par S.M. Mohammed VI le 19 septembre 2018 est celle de la transition. Elle a pour vocation de consolider tout ce qui a été réalisé lors des étapes précédentes, en particulier en matière de services et d’infrastructures de base et aussi en termes d’accompagnement de personnes en situation de précarité. Cependant, les objectifs de cette phase sont aussi clairement d’investir dans l’élément humain, qui est en définitive la cible prioritaire de l’Initiative nationale. Pour ce faire, l’INDH dans sa phase III met le focus sur deux nouveaux programmes majeurs, celui de l’amélioration de revenu et inclusion économique des jeunes et un autre important programme dédié à l’impulsion du capital humain des générations montantes.
Cette étape est aussi celle de la consolidation et donc de la maturité. En effet, l’INDH est un chantier du règne qui ambitionne depuis son lancement le 18 mai 2005, à accompagner le développement du Royaume et la prospérité de ses habitants. L’INDH s’est efforcée d’abord de combler le déficit en matière de services et d’infrastructures de base mais aussi d’aider les populations les plus démunies à accéder à des conditions de vie dignes.
L’autre grand objectif poursuivi est l’accompagnement des populations vulnérables et en situation de précarité à travers le Programme d’accompagnement des personnes en situation de précarité qui cible désormais onze catégories.

Pouvez-vous revenir sur les principaux acquis des deux phases précédentes ?
Il y a lieu de rappeler ici que les programmes des phases I (2005-2010) et II(2011-2018) ont permis de mettre en œuvre quelque 43 000 projets dans différents domaines tels que l’éducation, la santé, le sport, la culture, l’insertion économique à travers 9400 Activités génératrices de revenus (AGR)…
Ces projets ont nécessité une enveloppe budgétaire de 43 milliards de DH dont 28 milliards de DH représentent la part INDH. Plus dans le détail, la première étape de l’initiative a contribué à combler une partie des déficits en matière d’infrastructures mais aussi de services de base. Plus de 3300 douars ont ainsi pu bénéficier d’équipements comme les écoles, les dispensaires et des services comme le raccordement aux réseaux d’eau potable et d’électricité et les routes et pistes rurales.
Ces acquis importants, la phase III de l’INDH entend les consolider et les développer. Cependant, et pour répondre précisément à votre question, l’effort sera particulièrement concentré sur l’élément humain au niveau des projets mis en œuvre grâce à l’INDH. Autrement dit, pour faire en sorte que les infrastructures réalisées et les prestations mises en place s’inscrivent dans la durée et fassent partie de la réalité du quotidien.

Pourriez-vous nous en dire plus sur le capital humain ?
Selon la définition retenue par la Banque mondiale et à laquelle se réfère l’INDH «le capital humain correspond à l’ensemble des connaissances, des compétences et des conditions de santé que les individus accumulent tout au long de leur vie et qui leur permet de réaliser pleinement leur potentiel en devenant des membres productifs de la société». Cette définition appelle en réalité deux remarques. La première est que l’éducation et la santé se retrouvent au cœur du développement d’un pays. Et qu’en la matière, il convient de le reconnaître franchement, le Maroc accuse un certain retard que traduisent d’ailleurs les classements internationaux, à commencer par celui de l’Indice du Capital Humain justement qui est de 0,5 au Maroc, classé 98e sur 157 pays.
La seconde observation est qu’en se focalisant sur ces deux thématiques, l’INDH se retrouve au cœur de la question du développement du Royaume et ce, très logiquement au regard de sa mission originelle. L’initiative contribue, sans prétendre se substituer aux départements en charge de ces domaines, aux projets d’investissement dans les ressources humaines, que ce soit en matière de nutrition, d’enseignement préscolaire ou d’employabilité des jeunes.

Quelle approche comptez-vous justement adopter pour réaliser ces objectifs ambitieux ?
L’INDH a entrepris la construction d’un nouveau système d’information qui va non seulement lui permettre d’opérer un suivi traditionnel des réalisations à travers une remontée de l’information nécessaire de manière rapide et fiable mais aussi d’impliquer plus fortement ses différents partenaires et d’assurer ainsi une meilleure coordination entre eux. Ce système évoluera vers un dispositif d’évaluation axé sur les résultats et construit autour d’une démarche renouvelée qui prend appui sur trois paramètres : une approche centrée sur le suivi de l’impact des programmes mis en œuvre, la concertation et le partage des outils de mesure avec tous les acteurs agissant dans le cadre de l’INDH et, enfin, l’expertise internationale.
Comme vous le savez, l’INDH fonctionne dans une logique de participation et de convergence des actions publiques. La nouvelle étape entend renforcer ce mode de gouvernance. L’idée est certes de se doter des outils performants, notamment numériques, pour permettre à la coordination nationale de l’INDH d’accompagner l’exécution des programmes au niveau territorial mais aussi de renforcer l’ancrage territorial en impliquant l’ensemble des partenaires. L’INDH n’a pas vocation à se substituer aux autorités ou départements sectoriels en charge du développement ou aux associations de la société civile. Il s’agit au contraire d’appuyer ces acteurs.
C’est aussi pour cette raison que l’intitulé des programmes INDH est général et inclusif. Par ailleurs, l’INDH se distingue par son approche ascendante pour mettre en place ses différents programmes, commençant par un diagnostic participatif généralisé au niveau de tout le territoire et qui met en avant les besoins réels de la population cible. Dans ce sens et à ce jour, 545 diagnostics territoriaux ont été réalisés par les Comités locaux de développement humain. Aussi, pour cette 3e phase de l’INDH, il est préconisé le recours à une planification pluriannuelle des programmes territoriaux à travers les Programmes pluriannuels de développement humain PPDH, et qui renforceront davantage la convergence et le partenariat entre les différents acteurs de développement humain.