Les MRE et le Maroc : «Je t’aime moi non plus»

Dans une enquête réalisée par l’agence Sopi et le portail yabiladi.com, 74% des MRE continuent d’avoir un attachement affectif et culturel avec le Maroc.

Mis à part les transferts (10,597 milliards DH depuis le début de 2009) qui ont connu une baisse de 14,3% par rapport à la même période de l’année dernière à cause de la crise mondiale, 62% des MRE continuent de garder des liens très forts avec leur pays d’origine. Telle est la conclusion d’une enquête réalisée conjointement par l’agence de communication Sopi et le portail yabiladi.com, dont les résultats ont été communiqués le 28 mai dernier lors de la conférence annuelle «Maroc Migrations» organisée par les deux auteurs de l’enquête et le magazine Le Courrier de l’Atlas. Le sondage a été réalisé via internet entre mars et avril 2009 et a touché 754 personnes (38% de femmes et 62% d’hommes) dont une grande majorité est installée en France (71,6%), en Belgique (8%), au Canada (4%), et aux Etats-Unis (3%). Bien que connaissant une mutation sociologique significative par rapport aux générations précédentes en matière d’intégration dans les pays d’accueil (c’est le cas actuellement des MRE d’Espagne et d’Italie qui s’intègrent plus rapidement), les Marocains de l’étranger continuent de garder un lien fort avec la famille. Mais le double ancrage est la norme, révèle l’enquête : les MRE continuent d’aider financièrement leurs familles dans le pays d’origine, mais arrivent à s’intégrer rapidement sur le plan économique et politique dans les pays d’accueil. «La solidarité reste au cœur de la structure des transferts», rapporte l’enquête (d’autres enquêtes l’ont déjà  souligné : 53% soutiennent leurs familles au Maroc), 15% y acquièrent des biens immobiliers, 15% y font de l’épargne, et seulement 2% y investissent. Le Maroc, pour ces MRE, est avant tout (74%) un attachement affectif et culturel, une obligation familiale (15%), un potentiel d’investissement (6%), un pays comme un autre (5%). Bien que se plaignant de quelques maux qui bloquent leurs projets, tels que la corruption (75%) et les problèmes administratifs (54%), 56% des Marocains de l’étranger entrevoient un projet au Maroc dans l’avenir, mais 12% seulement y gèrent actuellement un projet. La crise mondiale n’est pas la seule qui inhibe ce potentiel, les MRE dans cette enquête dressent des critiques contre quelques opérateurs qui n’encouragent guère cet attachement des Marocains à leur pays d’origine. Le ferry pour eux est cher et a connu une augmentation de 30% en 2008, de même pour les communications téléphoniques et certains opérateurs touristiques qui vendent cher leur produit, selon les enquêtés. Malgré ces blocages, les MRE continuent d’aimer leur pays, souligne l’enquête. Et ils continueront de l’aimer, il faudrait juste que les banquiers et l’Etat marocains, crise ou pas, fassent des efforts, pour entretenir cet amour.