Les femmes et les personnes âgées sont les plus touchées par la violence

Phénomène social, la violence est aussi un problème de santé publique. A retenir aussi que la violence à l’encontre des personnes âgées dénote des changements socioculturels profonds. Selon une enquête du ministère de la santé, 15% des femmes non célibataires âgées de 15 à 49 ans et 10% des personnes âgées de plus de 60 ans sont les plus frappées. La violence reste principalement domestique et souvent commises par les proches.

Les femmes et les personnes âgées sont les plus touchées par la violence. C’est le constat établi par la dernière enquête nationale sur la Population et la santé familiale réalisée sur la période 2017-2018 par le ministère de la santé. Selon ce département, les conclusions de ces études sont une composante importante dans le système national d’information sanitaire dans la mesure où elles permettent d’apprécier l’état de santé de la population. Cette sixième enquête s’est intéressée, et ceci pour la première fois, à la violence à l’égard des femmes et des personnes âgées.

L’enquête, pour le premier axe, a été menée auprès d’un échantillon d’environ 122000 ménages répartis sur tout le Maroc et pour le deuxième volet, l’échantillon a concerné 15 300 ménages.

Concernant la première problématique, la violence touche principalement les femmes non célibataires dont l’âge varie de 15 à 49 ans. Elles ont, selon l’étude, subi un acte de violence au cours de l’année précédant l’enquête. C’est dans le milieu urbain que l’on enregistre le plus de cas de violence, soit 17% contre 11,9% dans le milieu rural. Il est à noter que les femmes mariées sont les plus atteintes par les actes de violence, soit 13,4%, contre 0,2% de femmes divorcées et 1,3% de veuves.

Et c’est dans la Région Casablanca – Settat que le taux de prévalence de la violence est le plus élevé, soit 22,5%. Au second rang, la Région de Rabat – Salé – Kénitra avec un taux de 17,1% et enfin la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima avec 14,3%. Les conclusions de l’enquête laissent apparaître une prévalence moindre dans les régions du Sud du pays variant entre 4,4 et 8,9%. Quelle violence ces femmes subissent-elles ? Quel en est l’auteur ? Et où survient-elle ?
Dans 95,8% des cas, la violence est verbale. Celle physique représente 20,2% des cas, selon les résultats de l’enquête. Et ceux-ci révèlent par ailleurs que la violence sexuelle est de 4,2%. Ce type de violence consiste souvent, selon les associations féminines, en un viol conjugal. Crime dont elles ne cessent de réclamer la pénalisation.

violence  Source : Préfecture de police de Casablanca
Source : Préfecture de police de Casablanca

Les femmes sont violentées dans leur foyer !

Et c’est dans le cadre conjugal qu’il y a violence, puisque l’enquête retient que c’est le mari qui est le plus incriminé. Soit dans 25% des cas. C’est dans le milieu urbain qu’il est le plus mis en cause, notamment dans 39,6% contre 35,8% dans les campagnes. Autre conclusion à retenir : dans 65,1% des cas, les femmes subissent la violence, qu’elle soit verbale ou physique, dans leur foyer. Les violences dans la rue représentent 27,5%, selon l’enquête du ministère de la santé. La violence dans le foyer constitue une grande préoccupation des associations, dans la mesure où il est difficile de prouver la survenance des actes, en dépit des traces et des séquelles que l’on ne peut cacher. Souvent, poursuit-on dans le milieu associatif, les femmes, lorsqu’elles osent déclarer les agressions conjugales, sont dépitées et baissent les bras.

Les actes de violence ont un impact sur la santé. Elles sont 78,3% à le signaler.

Il s’agit principalement des conséquences psychologiques, soit 93,5%, des blessures physiques dans 13,7% ou bien encore des fractures dans 2% des cas. Des conséquences qui sont très souvent tues, puisqu’elles sont 50% à les garder secrètes et ne pas oser en parler à leur entourage, même si 26% d’entre elles se confient à leurs proches. Elles sont 0,8% à aller à l’hôpital et 12,6% à se diriger vers les services de police. Peut-être les centres d’écoute et les pouvoirs publics devraient-ils mettre l’accent sur la sensibilisation en vue d’encourager les femmes victimes de violence à parler, déclarer les agressions et demander de l’aide. D’autant plus que des unités d’assistance médicale, policière, juridique et psychologique ont été créées, durant ces dernières années, afin d’assister, de soutenir et d’accompagner les femmes dans leurs démarches.

En ce qui concerne la violence à l’égard des personnes âgées, l’enquête révèle des similitudes avec celle subie par les femmes. Les personnes âgées, contrairement aux femmes, sont moins nombreuses à être touchées par la violence. Ainsi, 10,6% des personnes âgées de plus de 60 ans déclarent avoir été victimes de violence durant les 12 mois ayant précédé l’enquête. En revanche, il apparaît que, comme les femmes, ce sont les personnes âgées vivant en ville qui sont les plus concernées. Soit 11,7% contre 8,9% en milieu rural. Cette violence touche essentiellement les hommes, 11,4%, contre 9,9% de femmes. Et l’on retiendra que comme pour les femmes, les personnes âgées sont surtout victimes de la violence psychologique et principalement verbale dans 94,2% des cas et dans une moindre mesure, 15,5%, de violence physique. Et une fois encore, c’est de violence domestique qu’il s’agit, puisque 43,9% disent être violentés chez eux et 40,5% le sont dans la rue. Il est clair que la violence est un phénomène social dont sont victimes les catégories les plus vulnérables de la population mais, selon le ministère de la santé, elle constitue également un problème de santé publique qui nécessite désormais des actions préventives à mener au profit des franges concernées.