Les clics de la fatwa

C’est sur Internet qu’une bonne partie de la jeunesse marocaine navigue, avide d’informations religieuses, sur les sites et les forums de discussion sur l’Islam.

Aujourd’hui, les consultations religieuses se «virtualisent» de plus en plus. Internet est entré en concurrence avec des institutions plus classiques avec une offre de fatwas dans tous les domaines de la vie du musulman. Au Maroc, c’est le Conseil supérieur des oulémas, présidé par Mohammed VI, qui est habilité à émettre des fatwas. Une disposition qui vient d’être renforcée dans la nouvelle Constitution de 2011. Pourtant, le citoyen marocain lambda recourt rarement à ce même conseil pour avoir un avis religieux sur tel ou tel sujet. Les imams qui sont connus sur la place comme Abdelbari Zamzami donnent des avis religieux par téléphone.

Les chaînes satellitaires attirent également une bonne partie de cet auditoire intéressé par un avis religieux de qualité. Mais, c’est sur Internet qu’une bonne partie de la jeunesse marocaine navigue, avide d’informations religieuses, sur les sites et les forums de discussion sur l’Islam. Des centaines de sites se sont ainsi spécialisés dans la fatwa qui est en somme «un avis religieux musulman prononcé par une autorité compétente, pour répondre à une situation particulière». Oumma.com, al-islam.org, al-eman.com, Fatwa.com ou encore Islamway et islamweb sont très visités par des internautes marocains. Mais, le plus couru des sites n’est autre que le célèbre Islamonline (IOL) qui a emprunté son nom au célèbre serveur américain AOL (Americaonline). Islamonline a vu le jour en Egypte en 1999 et jouit du respect de la communauté des internautes musulmans pour la qualité des oulémas qui y officient. Ou encore Qaradawi.net, où le célèbre prédicateur propose une panoplie de services : registres de fatwas, poèmes, bibliothèque en ligne de livres islamiques.

Et comme nos institutions religieuses officielles ne sont pas mises à niveau, cette jeunesse avide de spiritualité va voir ailleurs. «La consultation virtuelle se développe dans toutes les religions. La première raison, c’est l’anonymat qu’offre ce moyen de communication : des questions que vous n’oseriez pas poser, des sujets qu’il serait embarrassant d’aborder dans une discussion face-à-face, surtout avec une personne que vous connaissez, peuvent l’être en ligne. Il peut s’agir de sujets épineux : par exemple sur la sexualité. Mais aussi de questions pratiques ou banales relatives à la pratique religieuse», expliquait Jean-François Mayer, auteur du livre «Internet et religion». Des problèmes existent toutefois : les consultations en ligne ne prennent pas en compte le contexte familial, social, national, dans lequel l’internaute marocain vit. Parce que l’imam, auteur de la fatwa, peut vivre lui en Malaisie, en Arabie Saoudite, au Yémen ou aux Etats-Unis. L’avis religieux, hors contexte, peut alors avoir des conséquences, parfois fâcheuses.

 

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