Légalisation du cannabis au Maroc : Questions à  Mehdi Bensaid, Député PAMiste

«Cette légalisation va changer la vie de beaucoup de personnes atteintes de maladies graves».

La Vie éco : Légaliser le cannabis à des fins thérapeutiques ne serait, paraît-il, qu’une question de temps. Vous y croyez vraiment ?

Oui, c’est médicalement confirmé. Un médicament à base de cannabis comme Sativex est aujourd’hui autorisé dans plusieurs pays dont le Canada, l’Australie, l’Espagne, les Pays-Bas, mais aussi l’Allemagne et le Royaume-Uni. Pourquoi pas le Maroc ne profiterait-il pas aussi, en toute légalité, de cette transformation? Cette légalisation va changer la vie de beaucoup de patients, et plus particulièrement de personnes atteintes de maladies graves comme des cancers ou la sclérose en plaques qui doivent se procurer ce type de médicaments à l’étranger ou fumer de l’herbe en toute illégalité. Ces médicaments permettent, en effet, notamment, de diminuer les nausées et les vomissements de patients qui suivent des chimiothérapies.

Que gagnerait le Maroc en cela en termes financiers ?

C’est une affaire gagnant-gagnant. La lutte contre le cannabis coûte très cher, car elle mobilise en nombre les forces de police. Légaliser permet de réallouer les budgets vers des tâches plus adaptées. Cela permet aussi de dégager de nouvelles recettes grâce à la taxation du produit. Il est d’ailleurs primordial de déterminer un prix d’achat final suffisamment bas pour ne pas déclencher un marché noir trop important, et suffisamment élevé, pour ne pas stimuler la consommation.

Et ces agriculteurs qui vivent de cette plante ?

Ils gagneront en sécurité pour eux et pour leurs familles. Effectivement, une des raisons qui nous poussent à vouloir légaliser est le problème social que pose le trafic du cannabis aujourd’hui. 80 000 familles vivent de l’agriculture du cannabis avec un revenu moyen annuel de 40 000 DH par famille ! il est clair que ce sont les trafiquants qui profitent de la situation d’aujourd’hui. Légaliser permettra de proposer une alternative à ces familles, de ne plus travailler dans l’illégalité et de devenir donc des citoyens à part entière.

Après le parti de l’Istiqlal, c’est pour quand votre proposition de loi dans ce sens ?

En tant que groupe parlementaire (Authenticité et Modernité), nous avons d’abord organisé une journée d’étude au Parlement pour évaluer la faisabilité de la légalisation du kif à des fins thérapeutiques et industrielles. D’ailleurs, une autre transformation du cannabis dont nous n’avons pas traité lors de cette journée est possible, c’est la production du papier ou des vêtements à base de la plante de cannabis, bien sûr il faudra en évaluer les coûts. Mais l’essentiel aujourd’hui est que des alternatives soient possibles, autres que l’utilisation récréative. Concernant notre proposition de loi, elle sera finalisée dans le mois qui vient, une fois toutes les étapes respectées, notamment la discussion avec les agriculteurs concernés par la légalisation.