Le tennis marocain agonise, aucune relève en perspective !

Le tournoi HassanII de 2015, qui rassemble quelques bonnes raquettes du circuit, a souri deux fois aux Marocains : Hicham Arazi en 1997 et Younes El Aynaoui en 2002.
Depuis la période des trois mousquetaires, la relève nationale tarde à  émerger. Lamine Ouahab, meilleure raquette marocaine, est à  la 350e position.
Plusieurs clubs à  Casablanca font dans la formation des jeunes. A côté des COC et RUC émergent de nouveaux clubs comme le club de Marsa Maroc.

A la fin des années 1990 et début des années 2000, le Maroc était tout simplement une grande puissance tennistique. Le Royaume comptait à cette époque trois joueurs dans le top 50 des meilleures raquettes mondiales. Ils s’appelaient Karim Alami, Hicham Arazi et Younes El Aynaoui et ils faisaient à trois la fierté de tout un pays.

Hicham Arazi était surnommé, à raison d’ailleurs, le «magicien des courts». Ce gaucher qui avait certes beaucoup de tempérament brillait par la qualité de son tennis, surtout son légendaire revers à une seule main. Finaliste du master de Monte Carlo, il a joué plusieurs quarts de finale de Grand Chelem : en 2000 et 2004 à l’Open d’Australie, 1997 et 1998 à Rolland Garros.
Pour sa part, Younes El Aynaoui, grand aussi bien par le talent que par la taille, il a été 14e mondial en 2003, meilleur classement pour un tennisman marocain. En janvier dernier, le quotidien français l’Equipe a placé son quart-de-finale contre Andy Roddick en 2003 dans le Top 5 des meilleurs matchs de l’histoire de l’Open d’Australie, le qualifiant de «brillant comme un diamant». «Younes El Aynaoui vient de battre pour la première  fois de sa carrière un numéro un mondial, l’Australien Lleyton Hewitt, en huitièmes de finale. Le Marocain de 31 ans retrouve en quarts Andy Roddick, 10e mondial à 20 ans et grand espoir du tennis américain. Les deux hommes vont enflammer la nuit de Melbourne», pouvait-on lire dans l’Equipe. L’Américain qui a dû batailler cinq heures pour arracher une victoire en cinq sets (4-6, 7-6, 4-6, 6-4, 21-19) a eu ces mots pour Younes : «Plus le match avançait, plus mon respect pour Younes grandissait. Je suis sûr que dans dix ans, on se souviendra tous les deux d’avoir partagé quelque chose de spécial».

Quant à Karim Alami, il a gagné deux tournois ATP, en plus de jouer un quart de finale aux Jeux olympiques de Sydney en 2000. Alami pouvait compter sur un physique à toute épreuve, une belle détente et un service volée de toute beauté.
Du temps des trois mousquetaires, le Maroc disputait régulièrement le tableau final de la Coupe Davis. D’ailleurs, l’équipe de 2002 était toute proche de créer la surprise en disposant de l’Espagne de Juan Carlos Ferrero, alors premier mondial, et Alex Corretja. C’est à cause de la blessure de Karim Alami que le Maroc a finalement cédé (2 à 3).

«Démocratiser le tennis»

Qu’en est-il aujourd’hui ? Lamine Ouahab qui est le meilleur joueur marocain pointe à 30 ans à la 350e position mondiale. Derrière, il n’y a tout simplement personne. Cela fait plus de dix ans, en 2004 plus exactement, que le Maroc ne fait plus partie du groupe restreint des grandes nations de tennis qui disputent le tableau final de la Coupe Davis. Lors de sa dernière confrontation contre le Portugal début mars dernier, obscur premier tour des éliminatoires du groupe II (zone Euro-Afrique), le Maroc a été facilement battu, un à quatre. Mehdi Ouahab avait comme partenaires Yassine Idmbarek (759e) et Mehdi Jdi (1049e)… Pourquoi sommes-nous passés d’une grande nation de tennis à un pays sans un seul joueur dans le top 300 mondial ? «Il y avait chez nous beaucoup de motivation, beaucoup d’amour également pour le jeu. Nous savions qu’il fallait faire des sacrifices pour être parmi les meilleurs. Il ne faut pas oublier qu’avant nous, il y avait la génération des Chekrouni, Saber, Laimina, des joueurs qui valaient bien le top 100 mondial. C’est juste qu’ils n’avaient pas les moyens pour briller à l’extérieur des frontières nationales», nous lance d’emblée Hicham Arazi, un ex-mousquetaire, aujourd’hui consultant auprès de la Fédération royale marocaine de tennis. Et d’ajouter: «Cela fait plus d’un an et demi que l’on travaille pour la promotion du tennis à l’échelle de tout le pays. Nous essayons de démocratiser l’accès au tennis, en faire profiter un plus grand nombre de jeunes qui n’ont pas les moyens de se payer une cotisation dans un club. Nous avons réalisé des rassemblements par exemple à El Jadida et à Kénitra. Ce qui nous a permis d’identifier une trentaine de jeunes qui présentent du potentiel. Nous les avons inscrits dans des clubs. Et nous allons suivre de près leur évolution».

A Casablanca, plusieurs clubs de tennis s’occupent de la formation des jeunes. Des clubs qui ont fait l’histoire de cette discipline comme le COC ou le RUC, mais également de nouveaux venus qui s’affirment de plus en plus sur ce registre. A l’image de l’Association culturelle et sportive des aéroports (ACSA), le centre international relevant de la Fédération internationale de tennis (ITF) de l’OCP ou encore le club de Marsa Maroc, l’Océanic Club Casablanca. Abderrahim Moundir, l’ex-capitaine national de la Coupe Davis qui comptait dans ses rangs les fameux trois mousquetaires, est, lui, à la tête de la Moundir Tennis Academy, «le seul club de tennis réunissant dans un même lieu une possibilité d’hébergement, de restauration…».
A Marsa Maroc, un club de neuf courts de tennis s’étale sur sept hectares face au club de Sindibad en construction. Cet après-midi ensoleillée du mercredi 2 avril, des enfants de tous âges manient des raquettes joyeusement. Une centaine de jeunes apprentis fréquentent le club. Là, on fait non seulement dans la formation des jeunes, mais également dans l’initiation à la balle jaune pour les tout petits. On appelle cela du «babytennis» où on s’adresse à des enfants de 3 et 4 ans. «A travers le babytennis, on permet aux enfants de se familiariser avec le matériel de tennis, la petite balle jaune, les courts. On favorise à ce stade-là, la coordination, l’éveil…», explique Najdi Norsayl Mohamed, directeur du club OCC Marsa. En fait, du babytennis, l’enfant passe au minitennis (5-6 ans), la formation rouge (7-8 ans), orange (9 ans) et vert (10-11 ans). «Cette année, nous avons créé un système de détection pour choisir les meilleurs espoirs. On les a mis au sein du groupe OCC Avenir. Ce sont des enfants natifs de 2006 et 2007 qui bénéficient d’un encadrement spécifique. Une fois par semaine, le vendredi, on les met avec des joueurs plus âgés et plus aguerris afin de côtoyer l’équipe de compétition», ajoute M. Najdi.

A les voir jouer, réussir des échanges, des glissades, des revers liftés, on ne peut que rêver de cette relève des trois mousquetaires qui tarde encore à émerger. Du potentiel, ces enfants en ont. Mais le coach de cette équipe d’élite tempère nos ardeurs. «Nous sommes là avant tout pour leur transmettre le plaisir de jouer tout en les initiant à quelques techniques. Mais la voie pour l’apprentissage et un éventuel professionnalisme est encore longue», souligne le coach Hassan Gounissi.
Pour ces professionnels de l’encadrement, le système éducatif national n’aide pas à passer d’un enfant qui présente un potentiel certain à un grand joueur de tennis. «Quand un jeune arrive à 13-14 ans, alors qu’il devrait en principe consacrer plus de temps pour le tennis, il se retrouve au contraire contraint, du fait des études, à faire moins de pratique. Nous avons des jeunes exceptionnels à un certain âge, mais le système éducatif actuel ne leur permet pas de développer leurs compétences tennistiques», explique M. Najdi. Et d’ajouter : «Un jeune doit passer toute la journée à l’école, prendre son repas rapidement, venir au club pour pratiquer jusqu’à tard le soir, faire ses devoirs. Ce ne sont tout simplement pas les conditions idéales pour former un champion».

Des clubs versus des académies

En plus, il y a la problématique des clubs au Maroc qui sont organisés en associations à but non lucratif alors que dans des pays à tradition tennistique, à commencer par notre voisin espagnol, les clubs sont des académies professionnelles. «Les jeunes suivent dans les académies un programme annuel incluant le physique, le tennis et le mental. Ils ont également un planning des tournois. En plus, ils bénéficient de l’entraînement invisible : une nutrition adéquate, un temps de récupération et un encadrement personnalisé de chaque joueur. Si on ne dispose pas de ces moyens-là, il est très difficile d’assurer une prochaine relève tennistique», déplore M. Najdi. Et d’ajouter : «Le sport aujourd’hui est devenu une industrie. Il faut tout un système, des moyens techniques et humains, des encadreurs de qualité et un suivi scientifique, pour produire des tennismen de haut niveau».

Des trois mousquetaires, seul Hicham Arazi travaille dans la promotion du tennis national. Pour des raisons diverses, Younes El Aynaoui et Karim Alami ont choisi le Qatar. Alami est le directeur des tournois du Qatar alors qu’El Aynaoui s’attelle à aider l’équipe qatarie de la Coupe Davis, en plus de participer à des tournois des légendes de tennis. «Au Maroc, nous avons un problème d’encadrement, notamment au sein des clubs. Il faut être passionné par la balle jaune pour former des jeunes joueurs de tennis. Mon objectif, c’est de créer ma propre structure afin de mettre mon expérience à la disposition du tennis national», conclut Hicham Arazi. Un encadrement vital pour espérer un jour voir nos joueurs de tennis réussir les belles prouesses de leurs ainés…