Le plus grand centre maghrébin pour les handicapés ouvre ses portes

Premier centre multidisciplinaire pour handicapés au Maroc, il s’étend sur une superficie de 7 hectares, dont 13000 m2 couverts, pour un coût de 80 MDH.
Il est composé de quatre pôles : socio-éducatif, médico-social,
formation et sport.
2,1 millions de personnes sont handicapées au Maroc, dont 82% n’ont
aucun niveau d’instruction.

Le Centre national Mohammed VI des handicapés (CNMH) est le plus grand centre de ce type que le Maroc ait jamais connu, et le plus important du Maghreb. La pose de la première pierre de cette institution, qui ouvre ses portes aujourd’hui 10 novembre, à  l’occasion du lancement de la neuvième campagne de solidarité nationale initiée par la Fondation Mohammed, remonte à  2000. Son concept est original : créer un complexe multidisciplinaire au service exclusif des handicapés, mais dédié également à  la formation et à  la recherche en matière de handicaps. Le Maroc compte plus de 2 millions de handicapés, soit 7% d’une population totale de 30 millions d’habitants (voir encadré en page suivante).

Plusieurs acteurs ont participé à  la conception de l’établissement et suivi de près les différentes étapes de sa construction : la Fondation Mohammed V, le ministère de la santé, le secrétariat d’Etat chargé de la famille, de l’enfance et des personnes handicapées, et le tissu associatif Å“uvrant dans le domaine du handicap. Construit à  Sala El Jadida, le CNMH s’étend sur une superficie de 7 hectares, dont 13 000 m2 couverts. Il a nécessité une enveloppe de 80 MDH, et trois ans de travaux.

Objectif du centre : favoriser l’autonomie comme moyen d’intégration des personnes handicapées dans le tissu social. Première précision : le centre n’héberge pas, mais il prend en charge sur le plan médical, social, mais aussi éducatif, les enfants et adolescents handicapés. Mais son action s’étend aussi aux adultes handicapés et à  leurs familles en matière de conseil et d’orientation. Quant aux prestations du centre, elles vont du conseil ou de l’aide aux malades jusqu’à  la gestion des services de dépistage et de prévention, d’observation, de soins, d’éducation, de formation professionnelle et d’actions éducatives en milieu ouvert.

Le Centre d’aide par le travail vise l’insertion pour ceux qui manifestent des aptitudes suffisantes
Les concepteurs du projet ont adapté la construction de ce grand complexe, comme nous l’explique le Dr Abdallah Cheddadi, son directeur, aux quatre missions qui lui sont assignées, et qui correspondent à  quatre pôles : socio-éducatif, médico-social, sportif et de formation.

Trois unités d’accueil composent le premier pôle. Une pour les enfants handicapés moteurs cérébraux. On y propose le type de rééducation à  suivre : kinésithérapie, orthophonie, psychomotricité et orthoptie. Cette unité se charge également d’adapter la scolarisation de l’enfant en fonction des troubles dont il souffre, et de l’élaboration de programmes éducatifs spécialisés, en dehors du temps consacré à  la scolarité (hygiène, loisirs, sorties…). Cette première unité démarre son travail par deux groupes de 5 à  6 enfants, dont l’âge varie entre 6 et 15 ans. Pour accéder aux services de cette unité, les enfants handicapés moteurs cérébraux doivent avoir une capacité de communication, de compréhension et d’apprentissage qui permette un déroulement normal de leur scolarité. La deuxième unité d’accueil du pôle socio-éducatif, le centre «La Passerelle», est dédiée aux enfants psychotiques . Elle vise la recherche, à  l’aide de professionnels, du meilleur modèle de prise en charge thérapeutique et éducative adapté au Maroc, un modèle qui pourra être élargi à  d’autres centres pour enfants psychotiques. La troisième unité d’accueil est le Centre d’aide par le travail (CAT). Mission : apprendre à  l’enfant handicapé un travail, le cas échéant en dehors du centre pour ceux qui manifestent des aptitudes suffisantes. Il s’agit surtout de prestations de services, du type entretien des espaces verts, d’immeubles en copropriété, blanchisserie… Ne sont admis au CAT que les enfants âgés de 18 ans et plus, et présentant une déficience intellectuelle légère ou moyenne, et qui sont plus ou moins autonomes dans leur vie quotidienne.

Le deuxième pôle du CNMH, le médico-social, se compose de deux unités. Une pour les consultations multidisciplinaires (diagnostic, traitement et orientation vers l’appareillage ou la rééducation si la maladie l’exige), l’autre pour l’action médico-sociale précoce (prévention, dépistage, cure ambulatoire pour les enfants de 0 à  6 ans).

Le troisième pôle, celui de la formation, assure une formation qualifiante et diplômante pour les professionnels du handicap. Donc, en dehors du diagnostic et du traitement des personnes handicapées, le complexe de Salé offre ses infrastructures pour la recherche et la formation dans le domaine du handicap. Pour faire fonctionner ce service, un partenariat est engagé entre le ministère de la santé, le ministère de l’éducation nationale et le secrétariat d’Etat chargé de la famille, de l’enfance et des personnes handicapées, avec la collaboration des facultés de médecine de Rabat et d’El Jadida.

Quatrième et dernier pôle, celui dédié au sport. Des infrastructures sportives de haut niveau sont construites: natation, water-polo, aquagym, haltérophilie, musculation… Pour faire fonctionner ce pôle, une convention a été signée entre la Fondation Mohammed V et le Spécial Olympic Maroc, l’équivalent du Comité olympique marocain des personnes valides.

D’autres conventions sont signées avec le ministère de la santé (pour qu’il mette à  sa disposition des médecins), l’école Mohammédia des ingénieurs, l’Institut national des postes et des télécommunications – pour se pencher sur la technologie et les logiciels à  adapter aux personnes handicapées en vue de leur permettre de combler leurs insuffisances motrices et sensorielles…

Côté gestion, vu le caractère multidisciplinaire du centre, les acteurs concernés sont fédérés autour d’un organe dédié, une fondation créée spécialement pour le gérer. Y sont représentés le ministère de la santé, la Fondation Mohammed V, le ministère de l’intérieur, le ministère de l’éducation national, le département des Handicapés, celui du Sport, nombre de médecins spécialistes et les autorités locales. Quant au budget de fonctionnement, il sera assuré en partie par la fondation elle-même. L’autre partie le sera par les banques (BMCE, Attijariwafa bank, Crédit Agricole et BCP). Des donateurs privés participent également au budget de fonctionnement. Quarante personnes, entre administratifs et médecins, sont au service du centre dès son démarrage.