Le plagiat de l’Internet : Questions à  Abdellatif Kidai, Professeur de sociologie à  la Faculté des sciences de l’éducation à  Rabat

«C’est notre système éducatif qui est responsable du plagiat»

La Vie éco : Le copier-coller semble devenir une triste réalité…

Oui, mais pas uniquement chez nous à la Faculté des sciences de l’éducation à Rabat, cela existe dans toutes les universités marocaines. C’est notre système éducatif qui en est responsable. Il n’y a pas de mal à utiliser internet pour faire une recherche, c’est même souhaitable, mais l’inconvénient est que nos étudiants ne savent pas vraiment comment exploiter la masse d’informations que contient le web. Souvent les étudiants tapent sur Google, mais ils ne savent pas que ce moteur de recherche ne livre qu’une partie des informations qu’ils recherchent et dont ils ont besoin, et elles sont souvent fragmentaires. Pour l’étudiant, c’est la voie la plus rapide, la plus pratique et la plus facile pour faire son travail, mais elle est aussi la plus destructive de toute création. L’étudiant a besoin de références sérieuses pour étayer ses propos et présenter un travail scientifique. Sans parler du livre, un support inestimable qui effarouche nos étudiants actuels.

Mais il n’y a pas que Google, on peut puiser dans d’autres moteurs…

Bien entendu, il y a des centaines d’autres sites qui réunissent une base de données scientifiques auxquelles un étudiant peut se référer, qui sont en fait des études, des recherches, des thèses, des monographies sur tous les sujets imaginables. L’étudiant est ignorant de leur existence, or ce sont des sources qui peuvent être citées comme références dans un travail sans être bêtement copiées et collées. C’est une forme de plagiat et une triche comme il en existe des dizaines. Notre système éducatif en est malade, et je dirais que la triche n’est pas le propre de l’étudiant, elle éclabousse nombre d’intervenants de ce système. A la décharge de l’étudiant, on peut dire que le programme est trop chargé, et le laps de temps pour la préparation est de plus en plus réduit, mais ça n’est pas une excuse pour plagier. La pratique est facile, elle est digne des paresseux et elle ne mène pas loin.
Je dois dire aussi que les professeurs n’aident en rien leurs étudiants à savoir manier l’outil internet parce qu’eux-mêmes ils ne le maîtrisent pas comme il faut.

Il paraît que même pour des mémoires de fin d’études, on use du plagiat…

Je dirais même dans des thèses de doctorat. Des doctorants recourent à d’autres thèses faites avant eux, ils y puisent mot à mot sans même citer la source, ce qui est très grave. J’en sais quelque chose pour avoir dirigé plusieurs thèses. Et là, à mon avis, il va falloir changer le système. Entre un directeur de thèse et un étudiant, il faut qu’il y ait une confiance, que ce directeur connaisse bien son candidat sinon on peut s’attendre à des surprises.

Pour sanctionner le plagiat, y a-t-il un mécanisme de contrôle ?

Le plagiat est une forme de triche, et la même sanction s’applique aux deux. Pour mieux surveiller la qualité du travail et éviter le plagiat, il faut installer des logiciels anti-plagiat, cela existe en Europe et aux Etats-Unis, mais pas encore au Maroc.
C’est des logiciels qui peuvent débusquer le taux de plagiat dans une recherche en un simple clic.