L’E-Participation : Questions à Tarik Nesh-Nash, Président du Centre de recherche ICT4Dev

«L’E-Participation est l’interprétation des tendances Web 2.0 dans les relations entre les gouvernements et les citoyens»

Tarik-Nesh-NashLa Vie éco : Pourquoi avoir choisi de créer le site Partcipation.ma ?

Pour développer la culture de l’Etat de droit, le citoyen doit être sensibilisé et consulté dans l’exercice législatif. S’il contribue à l’établissement du contrat social, il sera plus incliné à le respecter. En l’occurrence, la thématique du code pénal est centrale dans la relation entre le citoyen et l’Etat. Ainsi, aujourd’hui au Maroc, La nouvelle Constitution établit le principe de la démocratie participative et il est opportun de contribuer avec des nouveaux mécanismes de participation. Participation.ma cherche dans ce contexte à explorer de nouvelles méthodes de participation citoyenne dans le processus législatif pour être plus efficace et inclusif que les canaux de consultation actuels.

La E-participation est aujourd’hui à la mode, expliquez-nous un peu l’utilité de ce genre d’initiatives…

Déjà, à l’échelle internationale, cette tendance tend à devenir la norme. Un des critères pour intégrer le partenariat des Gouvernements Ouverts (OGP) est la participation citoyenne. Un des nouveaux objectifs du développement durable de 2030 des Nations Unies est la promotion des sociétés inclusives. Le constat est clair. Avec l’ubiquité de l’internet, les jeunes se sont habitués à des interactions à temps réel. Les nouvelles technologies ont bouleversé la communication entre les individus, elles ont révolutionné le monde du commerce. L’E-Participation est l’interprétation des tendances Web 2.0 dans les relations entre les gouvernements et les citoyens. Si on prend l’exemple du pouvoir législatif, en plus de voter pour un élu tous les cinq ans, et que cette personne aura toute la liberté de prendre des décisions au nom des citoyens, l’E-Participation permet au citoyen de contribuer au processus législatif plus directement en discutant les projets de loi (participation.ma) ou en contactant l’élu directement (nouabook.ma).

Pensez-vous que ces forums vont remplacer la participation classique, réelle, dans les syndicats, la société civile et les partis politiques ?

Plusieurs cas témoignent du potentiel de l’E-Participation. Le parti «Podemos» en Espagne a instauré une communication virtuelle pour définir les priorités et les positions du parti. En Argentine, le «parti de l’internet» utilise la plate-forme DemocracyOS pour collecter les opinions des citoyens sur les orientations du parti. Au Maroc, le mouvement du 20 Février, l’affaire Calvan, l’affaire Amina Filali, l’affaire de la retraite des parlementaires sont tous des manifestations qui ont émané du monde virtuel.

Il est juste question de temps avant que les structures s’adaptent pour mieux servir les demandes des citoyens.

Parlez-nous de ces nouveaux outils que sont la pétition et la motion…

Sur la base de la Constitution marocaine, le Maroc est en train d’institutionnaliser la participation via le droit de la motion (art 14) et le droit de pétition (art 15). Le citoyen pourra ainsi directement proposer un nouveau texte juridique ou une nouvelle politique publique au niveau national ou local moyennant la collecte d’un nombre minimum de signatures. Le ministère des relations avec le Parlement et la société civile sont en train de développer une plateforme électronique pour faciliter la gestion électronique des motions, pétitions et consultations publiques. Ce processus est déjà populaire dans le net dans des sites tels que avaaz.org ou change.org, mais avec une grande différence : c’est que ce site permettra la soumission des demandes officielles ainsi l’Etat sera contrainte de réagir, par la force de la loi.

Est-ce que ces portails d’E-participation sont populaires? Sont-ils fréquentés par les jeunes ou les moins jeunes ?

Ce type de plates-formes cible principalement les jeunes, urbains et éduqués.

La grande majorité de notre communauté reste toujours exclue (analphabétisme, fosse numérique, Réticence à la lecture, texte juridique ésotérique…). Un des objectifs de Participation.ma est d’explorer des nouvelles méthodes de participation qui attireront l’audience des réseaux sociaux qui ne s’intéressent pas nécessairement au domaine juridique. Plus d’efforts doivent être fournis pour élargir notre sphère.

Comment voyez-vous l’avenir de l’E-participation ?

La crise de la démocratie représentative est critique. Les jeunes s’intéressent de moins en moins à rejoindre les partis politiques et à participer aux urnes, mais ils restent très engagés quant à discuter et réagir à la chose publique, particulièrement via les réseaux sociaux. Le manque d’espace de dialogue pousse évidemment à d’autres formes de plaidoyer tel que les manifestations dans les rues.

La E-Participation offre une méthode adaptée aux jeunes connectés et développe la confiance entre les gouvernés et le gouvernement. Elle reste toutefois complémentaire à la démocratie représentative.