Le Parcours des soins coordonnés divise les médecins du secteur libéral

Le parcours devrait être mis en place dans le secteur libéral en 2023.

Il n’est pas encore entré en vigueur que le parcours des soins coordonnés oppose généralistes et spécialistes du secteur privé. Points d’achoppement.

En vigueur depuis 2007 dans le secteur public de la santé, le Parcours des soins coordonnés (PSC) devra être mis en place dans le secteur libéral en 2023. C’est l’un des axes importants de la refonte du secteur de la santé, laquelle réforme est un préalable à la généralisation de la protection sociale. Le projet de la loi-cadre 06-22, adopté en conseil des ministres en juillet dernier, devrait être voté lors de la prochaine session parlementaire.
Dans son article 12, ce projet de loi-cadre stipule : «Un patient du secteur libéral doit impérativement passer par un médecin généraliste». Ce passage par le médecin généraliste, traitant ou de famille, se base sur la coordination des soins et des services proposés aux patients dans le cadre d’une prise en charge médicale. Il permet, comme son nom l’indique, de suivre un parcours coordonné de soins permettant d’assurer aux malades un suivi, une orientation et un accompagnement médical qui aboutira à la mise en place d’un protocole de traitement adapté. Il est à signaler que ce circuit ne concerne pas les spécialités évidentes, notamment la gynécologie, la pédiatrie ou encore l’ophtalmologie. Les pathologies relevant de ces spécialités ne nécessitent pas une consultation préalable chez un cabinet généraliste.
Concrètement, ce circuit des soins coordonnés évitera la multiplicité des consultations, des prescriptions de médicaments et des explorations et autres examens médicaux. Autre apport intéressant militant pour l’entrée en vigueur du PSC : La maîtrise des dépenses de soins pour les ménages et la rationalisation des dépenses pour les caisses de sécurité sociale et autres mutuelles.

Retard de prise en charge
Ce Parcours des soins coordonnés permettra également une amélioration de la qualité des soins. Point sur lequel certains spécialistes ne sont pas du tout d’accord. Car «le passage par un médecin traitant ou un généraliste d’abord pourrait entraîner une perte de temps et un retard du diagnostic. Retard qui pourrait être grave, voire fatal», explique un oncologue du secteur libéral. Pour un autre médecin, spécialiste en gastrologie cette fois-ci, «ce PSC se traduirait par une perte d’un nombre conséquent de nos patients qui pourraient se contenter d’un suivi chez un généraliste. Et ne faire appel à un spécialiste qu’en cas d’aggravation de la pathologie». Autres spécialistes craignant un impact négatif sur leurs cabinets : les rhumatologues. «De nombreux patients se font actuellement suivre par des généralistes pour des problèmes de rhumatologie. Ils se contentent d’anti-inflammatoires et ne décident de consulter un spécialiste que lorsque l’état s’aggrave ou que le généraliste demande de faire des examens radiologiques !».
Pour les spécialistes, leurs confrères généralistes doivent diriger, dès la première consultation, les patients vers un spécialiste. A l’association des généralistes, on tient à préciser «que c’est ce qui se pratique dès que le médecin détecte un problème au niveau du cœur, des poumons ou autres organes. Cela fait partie de la déontologie et fait gagner du temps pour poser le diagnostic définitif et entamer un protocole de soins». Et certains généralistes d’ajouter : «Dans plusieurs cas, et même très souvent, lorsqu’un généraliste adresse un patient avec des bilans complets à un confrère spécialiste, celui-ci lui demande de refaire tous les examens. Et c’est là que nous sommes confrontés à une perte de temps et d’argent aussi !».
Au-delà de ces divergences de points de vue entre médecins, il faut souligner l’intérêt du PSC sur les soins préventifs qui se traduira certainement, selon des sources médicales, «par une meilleure prise en charge des affections chroniques telles que l’insuffisance rénale, l’hypertension ou le diabète…».