Le festival «Rythms of peace» objet de controverse

Du 25 au 30 août, sur la plage de Tifnit, eut lieu la deuxième édition
du festival de musique électronique «Rythms of peace».
Si sa prestation artistique fut honorable, son organisation n’était
pas vraiment au point.

Il faut croire que culture et business commencent bel et bien à faire bon ménage chez nous. A preuve, le festival de musique électronique organisé par un promoteur marocain sur la belle plage de Tifnit, à 55 km d’Agadir sur la route de Tiznit, du 25 au 30 août. L’événement, intitulé «Rythms of peace», fait suite à une première édition, organisée l’année dernière à Marrakech par la même agence de production, Jbilettes Production, basée dans la ville ocre et dirigée par Moundir Zniber.
Si La Vie éco s’est intéressée à la manifestation, c’est essentiellement pour vérifier si le jeu en vaut la chandelle pour d’éventuels promoteurs, et aussi pour savoir comment ont été maîtrisés les aspects technique et sécuritaire. En effet, la partie organisation ne pouvait que donner du fil à retordre, aussi bien au promoteur qu’aux autorités, car il y avait un double risque : d’une part, le festival pouvait se transformer en une vaste partie de nudisme pour junkies. D’autre part, on craignait qu’il n’attire des illuminés «pourfendeurs de festivals», prompts à semer la terreur parmi les festivaliers.
Quoi qu’il en soit, la préfecture de Chtouka-Aït Baha a autorisé la tenue du festival contre un cahier des charges explicite et plutôt contraignant pour l’agence organisatrice. Les élus, eux, y ont vu un événement qui, en plus des emplois qu’il allait créer ponctuellement – 60 femmes furent recrutées pour nettoyer la plage sans compter les gardiens, les cuisiniers… -, donnerait de la notoriété à la commune et en ferait une région d’élection pour des touristes nationaux et étrangers. Il faut savoir que l’événement était aussi du pain bénit pour des business comme la restauration, les expositions de produits de toutes sortes, la location de tentes et la vente de produits alimentaires.

Les organisateurs auraient dû ménager des passages vers la plage pour les vacanciers
Sur place, cependant, des difficultés sont apparues. D’abord, parce qu’il a fallu changer de plage ; le premier site choisi posait des problèmes logistiques pour l’acheminement du matériel et la mise en place des décors (un festival, c’est aussi la mise en place des scènes, les décors, le logements des artistes, les éclairages, l’acoustique…). La préfecture a même suspendu l’autorisation accordée, or, une manifestation du genre demande 8 à 10 mois de préparation. À côté de la quarantaine de Marocains qui œuvraient à sa préparation, 18 Portugais avaient été appelés à la rescousse pour le côté technique qu’ils maîtrisaient à force d’expérience. «Le site était une ruche où l’on travaillait jour et nuit? Il fallait faire de la gymnastique pour tout et l’inattendu était le pain quotidien», explique un membre de l’équipe de l’agence Jbilettes.
Le plus gros problème était ailleurs. Car à mesure que le jour «J» approchait, la plage, et même la route qui y menait, étaient étroitement surveillées. Toutes les allées et venues étaient contrôlées et gendarmes et policiers, «pour des raisons de sécurité», empêchaient toute circulation de personnes autour des lieux, faisant de l’endroit une véritable plage privée, ce qui a causé des désagréments aussi bien aux habitants qu’aux éventuels estivants. En fait, logiquement, les organisateurs avaient l’obligation de ménager des passages pour le public qui voulait accéder à la plage. Mais pour ce faire, il eût fallu installer des barrières autour de l’espace sur lequel ils étaient autorisés à se produire. Ce qui aurait nécessité le recrutement d’une armée de gardiens. Au lieu de cela, ils avaient installé une caisse bien avant l’accès à la mer. Pour Samira Eramdani, chargée de la communication de l’agence organisatrice de l’événement, l’entrée à la manifestation étant payante, le seul lieu où l’on pouvait faire payer des droits d’entrée (100 euros pour toute la durée du festival) ne pourvait se situer que bien avant l’arrivée à la plage. En effet, ajoute-t-elle, il était impossible de contrôler les spectateurs a posteriori.

5 000 visiteurs attendus, seulement 1 500 entrées enregistrées
Au final, pour les organisateurs, l’événement fut un succès sur le plan artistique et les festivaliers, selon Jbilettes Production, ont fait preuve d’une discipline exemplaire. Mais sur le plan financier, les organisateurs font la moue. Bien que rechignant à communiquer les chiffres, ils déplorent n’avoir enregistré que quelque 1500 entrées payantes, alors qu’ils attendaient plus de 2000 personnes. En outre, ils escomptaient, au départ, l’arrivée de près de 5000 personnes sur les lieux, dont un quart de nationaux.
Quant à certains reproches sur la qualité des artistes qui se sont produits lors de l’événement, les organisateurs se défendent d’avoir déçu. Ils s’en expliquent ainsi : «Nous avons communiqué sur ce programme et nous avons largement tenu nos engagements et nous ne nous étonnons pas des critiques puisque certains nous avaient reproché d’avoir recruté des artistes israéliens, ce qui n’a jamais été le cas».
Si ce festival a connu, certes, des erreurs de jeunesse, le reproche majeur qu’on peut lui adresser porte sur une communication défaillante, approximative et essentiellement tournée vers un public international.
Mais, là aussi, les organisateurs répliquent que c’est l’accueil plutôt agressif que la presse marocaine avait réservé à la première édition qui les avait échaudés. Mais n’était-ce pas là plutôt une raison de mieux communiquer ?

Principal désagrément que les organisateurs du festival n’ont pu éviter : les résidents et vacanciers n’ont pu accéder à la plage de Tifnit (55 km d’Agadir) durant la manifestation.