«Le burn-out est devenu un phénomène de société»

Les femmes sont les plus touchées, mais les enfants ne sont pas épargnés. C’est une maladie psychique qui a des répercussions physiques sur le corps. Le burn-out est différent de la dépression. L’entourage, notamment la famille, peut aider la personne à déléguer certaines de ses responsabilités et à réorganiser son travail.

Psychothérapeute et coach, Wafa Hajjani a animé un atelier sur les mécanismes du burn-out. Dans cet entretien, elle explique comment accompagner les malades pour qu’ils puissent s’en sortir.

Le burn-out a été reconnu par l’Organisation mondiale de la santé comme un phénomène influençant le travail. Qu’est-ce que le burn-out ?
En effet, en mai 2019, l’Organisation mondiale de la santé a qualifié, à la vue de plusieurs recherches, le burn-out comme un facteur influençant le travail et est donc lié aux conditions de travail. Peut-être que, dans une prochaine étape, il sera établi que le travail provoque le burn-out et qu’il sera classifié comme maladie professionnelle. En attendant, on peut retenir que le burn-out est défini, selon l’OMS, comme un épuisement professionnel. C’est une maladie psychique qui a des répercussions physiques sur le corps.

Comment se manifeste-t-il ?
La déclaration du burn-out ou «brûler de l’intérieur» varie et dépend de chaque personne. Ainsi, certaines personnes auront des migraines, des insomnies, des eczémas alors que d’autres souffriront d’un mal de dos ou encore auront des douleurs d’estomac. Il y a plusieurs degrés de burn-out et le niveau de déclaration diffère d’une personne à l’autre.

Quelles en sont les causes ?
L’origine du burn-out est multifactorielle, c’est-à-dire qu’il n’y a pas qu’un seul facteur mais plusieurs facteurs déclenchant cet état. On peut retenir donc deux types de facteurs : d’abord, les facteurs externes à caractère professionnel. Il s’agit d’une intensification du rythme de travail qui implique une sollicitation de la personne. Celle-ci peut aussi avoir des difficultés sur le lieu de travail, par exemple ne pas pouvoir travailler en open space ou bien alors devoir faire face aux contraintes des nouvelles technologies, notamment faire de la veille pour répondre aux mails ou encore pour des raisons de décalage horaire. Deuxième facteur professionnel : des problèmes de management, notamment l’absence d’encadrement, de centralisation des décisions, conflits de valeurs personnelles et valeurs de l’entreprise, la routine et les tâches répétitives, un manque de visibilité en l’absence d’une stratégie, un sentiment d’injustice ou encore le harcèlement moral.
En ce qui concerne les causes internes ou personnelles, on peut dire qu’elles varient d’une personne à l’autre. Elles peuvent ainsi être liées à des idéaux élevés de personnes qui se surinvestissent dans leur travail ou qui sont perfectionnistes. Ou bien elles sont liées à un fort besoin de reconnaissance du travail et des efforts accomplis. Dans ce cas-là, les personnes concernées se remettent en cause, remettent en cause leurs compétences et de là provient le burn-out.

Mais il apparaît que le burn-out ne concerne pas seulement le milieu professionnel mais de plus en plus la sphère privée. Quelles en sont les causes à ce niveau ?
En effet, le burn-out est devenu un phénomène de société et touche de plus en plus la vie privée et sociale et, en particulier, celle des femmes. Et dans ce cadre, les causes sont essentiellement un besoin de reconnaissance du travail accompli et des responsabilités. Chez la femme, le burn-out apparaît lorsqu’elle n’arrive pas à trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la responsabilité familiale. Si l’une l’emporte sur l’autre et à la moindre faille professionnelle ou privée, la personne estime que l’édifice s’effondre et que les fondations de sa vie ne sont pas solides… A ce moment, les femmes et les mamans ressentent une fatigue physique et entrent dans un processus de remise en cause, elles essaient de se surpasser pour avoir une légitimité en tant que mamans.

Le burn-out en milieu social touche les femmes mais également les enfants…
Oui, tout à fait, les enfants également sont de plus en plus concernés, notamment ceux qui sont sollicités au niveau scolaire par des parents exigeants, ceux qui veulent toujours être brillants, avoir de bons et d’excellents résultats. Une façon pour eux de mériter l’amour de leurs parents qu’ils estiment conditionnel, ce qui les pousse à se mettre dans une situation de recherche continue de performance, d’efficacité et d’excellence pour satisfaire les attentes de la famille. Certains d’entre eux sont dans une recherche continue d’une valorisation et de l’estime de soi à travers des résultats scolaires performants. Aujourd’hui, on constate, de plus en plus, dans l’enseignement supérieur, une fatigue scolaire chez les jeunes, un manque de concentration, des troubles de mémoire et même un relâchement qui peut conduire parfois à l’abandon scolaire…

Qui est sujet au burn -out ?
La déclaration du burn-out enregistre un pic dans la tranche d’âge allant de 35-55 ans. Et ce sont les femmes qui sont les plus touchées aussi bien au niveau professionnel qu’au niveau privé. Et ceci parce que la femme est soumise à une double injonction : au travail pour prouver qu’elle est aussi performante que son collègue homme. Et à la maison, parce qu’elle doit organiser la vie de la maison, s’occuper des enfants. Et partout dans ces deux sphères, elle doit performer.
De là, nous pouvons parler de la charge mentale à laquelle sont soumises les femmes et qui est due à cette «double journée», à ce cumul de responsabilités à la fois professionnelles et familiales.

Comment prendre en charge le burn-out ?
Il est important de souligner que le burn-out est différent de la dépression. De ce fait, la prise en charge ne se fera pas par des prescriptions médicamenteuses. La première prise en charge se fait d’abord au niveau du médecin de famille qui connaît la personne et qui peut établir un premier diagnostic. Ensuite, dans une deuxième étape, on recommande à la personne de s’adresser à un psychothérapeute qui va l’aider à connaître les causes qui l’ont conduit au burn-out.
La prise en charge se fait dans le cadre d’un suivi régulier sur plusieurs semaines. Soit des séances avec le psychothérapeute qui va travailler avec la personne concernée sans lâcher prise et va l’aider à retrouver le niveau d’énergie nécessaire pour réagir. Car il faut souligner que le burn-out ne nécessite pas une semaine de repos. La prise en charge est plus complexe et plus longue. Bien sûr, le rythme de travail varie en fonction de la personne sujette au burn-out. La durée de la prise en charge peut aller en moyenne de trois à six mois. Chez la femme, la prise en charge peut durer plus longtemps. Et il est important de souligner qu’il ne faut pas brûler les étapes mais plutôt prendre le temps nécessaire pour se déclarer sorti du burn-out.

En dehors de la durée de la prise en charge, celle-ci implique l’entourage de la personne…
Bien entendu, l’entourage de la personne peut aider, mais il y a aussi le médecin et le thérapeute qui jouent aussi un rôle essentiel dans la prise en charge. Tous doivent accompagner la personne et l’aider à s’autoriser à lâcher prise, à se reposer et à prendre le temps et les mesures qu’il faut.
Ainsi, le médecin doit exclure tous les symptômes pathologiques physiques afin de déclarer le burn-out. L’entourage, notamment la famille, peut aider la personne à déléguer certaines de ses responsabilités et à réorganiser son travail. En ce qui concerne les femmes, l’entourage peut les aider à ne pas culpabiliser en reconnaissant leur travail et leur implication dans le fonctionnement de la famille, etc. Pour les hommes en burn-out, l’entourage peut les aider à dépasser ce sentiment de honte afin d’en parler, de réagir et de se prendre en charge.

Et à quel moment et pourquoi intervient le thérapeute?
Le thérapeute intervient pour la prise en charge des émotions, des sentiments de honte et de culpabilité, des faiblesses, de la frustration et du découragement. La thérapie aide à la restauration de soi, à oublier la culpabilité et montrer comment retrouver de l’énergie…

Après la déclaration du burn-out, la prise en charge, il faut préparer la reprise ?
En effet, après la prise en charge, il faut préparer la reprise et c’est à cette phase qu’intervient le coach. Celui-ci va prendre le relais du psychothérapeute et aider la personne concernée à se projeter dans les étapes futures pour la reprise du travail professionnel et la réorganisation des tâches et des responsabilités personnelles. Là encore, il faut y aller doucement et ne pas brûler les étapes afin d’éviter de retomber dans les travers et aider la personne durant cette période que l’on peut appeler phase de stabilisation. C’est comme lorsque l’on termine un régime alimentaire…

Comment éviter les rechutes ?
Par un travail continu de lâcher prise, de prise de conscience de la nécessité de lever le pied afin de ne pas revenir à la même pression, de réorientation cohérente de soi-même et du travail de l’estime de soi…