Le bélier, symbole de fécondité doté d’un pouvoir d’exorcisme

Ainsi que le rappelle André Goldenberg, dans son «Bestiaire de la culture populaire musulmane et juive au Maroc» (Edisud, 142 p., 2000)

Ainsi que le rappelle André Goldenberg, dans son «Bestiaire de la culture populaire musulmane et juive au Maroc» (Edisud, 142 p., 2000), tous les événements personnels ou collectifs sont propices au sacrifice d’un bélier : mariage, pèlerinage, circoncision, naissance, mort, guérison d’une maladie, emménagement, acquisition d’une maison… C’est dire combien cette bête est symbolique. Tellement symbolique que nos ancêtres le peignaient, comme on peut le voir dans les gravures rupestres de l’Atlas. Réputé pour sa force procréatrice, le bélier incarne la fécondité. C’est pour cette raison qu’une tribu de l’Atlas porte le nom de Ida ou Izzimer, les fils du bélier, et que la montagne entourant Fès a été baptisée Jbel Zalagh, Mont du Bélier. Et quand le Roi sacrifie un mouton dans la msalla, celui-ci est transporté à toute vitesse, autrefois sur un cheval, aujourd’hui dans une jeep, jusqu’au Palais royal. Car, d’après un credo vivace, s’il bouge encore à l’arrivée, l’année sera bonne.
Outre la fécondité, on prête aussi au bélier un pouvoir exorciseur. André Goldenberg évoque, à cet égard, une pratique observée jusqu’en 1975, à Tanger. La corporation des porteurs d’eau était chargée, chaque année, du sacrifice d’un mouton censé emporter avec lui tout le mal de la ville. Achetée quelques jours avant l’Aïd El-Kébir, ornée de rubans et de taches de henné, la bête était présentée devant les maisons, au cours de quêtes rituelles. Elle était égorgée, le jour de la fête, sur la place publique, près du Grand Socco, et sa dépouille portée dans un immense couffin, au milieu de la liesse populaire, jusqu’à la mosquée voisine