Lahcen Daoudi : «La violence provient de ceux qui ne veulent pas faire d’études ni laisser les autres faire les leurs»

Questions à  Lahcen Daoudi,  Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

La Vie éco : Encore des perturbations et des actes de violence au sein des universités, à qui la faute ?

Elle provient de ceux qui ne veulent pas faire leurs études, ni laisser les autres faire les leurs. Il s’agit de ces étudiants qui ne veulent pas que la loi en vigueur soit appliquée, et qui veulent imposer la leur. Il y a un quota d’étudiants prévu par la loi chaque année, en master, après concours. Ces étudiants n’en veulent pas, au lieu d’accepter le jeu ils accusent les professeurs et l’administration de partialité et de non-transparence. Pour manifester leur colère, ils squattent les lieux. On a décidé que quiconque perturbe les études par la violence sera privé de bourse, voire exclu de l’université. A Oujda, le 22 décembre, les forces de l’ordre sont entrées à l’université pour rétablir la situation, elles n’étaient pas nombreuses et c’est la raison pour laquelle il y a eu plus de dégâts et de blessures parmi elles que parmi les étudiants.

Justement, ces étudiants, et même les ONG des droits de l’homme contestent cette circulaire du ministère de l’intérieur permettant aux forces de l’ordre d’intervenir dans l’enceinte des universités…

Chacun fait son travail. Ni moi ni les doyens ni les présidents des universités ne sont nommés pour assurer l’ordre et la sécurité, c’est le travail de la sécurité, et les présidents de ces établissements sont autorisés par la loi à faire appel à ces forces chaque fois qu’il y a désordre ou menace de la sécurité au sein des campus. D’où cette circulaire dont vous parlez.

Il n’y a pas que ce quota en master, il y a le problème des bourses, celui du surpeuplement et des mauvaises conditions de travail, le déficit d’enseignants et le problème de la nouvelle réforme pédagogique…

L’effort et les sacrifices consentis par notre ministère dans tous les domaines que vous évoquez n’ont jamais atteint un tel degré par le passé. Pour ne citer que l’Université d’Agadir, où la situation était en effet chaotique, il y a eu une augmentation des places cette année de plus de 76%, et une augmentation du nombre d’enseignants de 50%. Même chose au niveau des bourses et de la restauration, 2 milliards de dirhams y ont été consentis cette année. C’est du jamais vu. On ne peut pas être parfait à 100%.
Quant à la réforme pédagogique, je vous assure qu’elle est dans l’intérêt des étudiants et on l’a faite pour qu’ils soient plus avantagés. Avant, pour ne donner que cet exemple, l’étudiant qui lui reste une seule matière non validée devait refaire l’année et passer toutes les matières une nouvelle fois, ça n’est plus le cas. S’il y a des plaintes ou des amendements à introduire à cette réforme, je suis à l’écoute de tout le monde. Le problème est que les étudiants eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils veulent et leurs doléances ne sont pas toujours claires.