La wilaya de Casablanca veut mettre de l’ordre dans le transport par petits taxis

Un nouvel arrêté, en train d’être finalisé, interdit le pas de porte. Les nouveaux contrats et la révision des frais de location mensuels de l’agrément seront négociés devant les services compétents de la wilaya.

Casablanca, le déplacement par petit taxi (2e catégorie) est de plus en plus coûteux. Rien d’anormal pour Majid Mouline, secrétaire régional du syndicat des taxis affilié à l’Union nationale des travailleurs du Maroc (UNTM), qui rappelle simplement qu’«il s’agit d’une conséquence des hausses qu’ont connues les prix des carburants depuis 2007». A la faveur de l’effondrement des cours du pétrole, le gasoil coûte pourtant beaucoup moins cher depuis plus d’un an. Mais l’effet sur les tarifs des petits taxis casablancais est nul.

Rappelons que suite à l’augmentation appliquée en 2012 par la wilaya du Grand Casablanca, le compteur démarre à 2 DH, la chute est de 0,20 DH tous les 80 mètres et le tarif minimum pour une course est fixé à 7,50 DH. C’est beaucoup plus que dans les autres villes. La preuve, à Rabat, le montant de la prise en charge est fixé à 1,40 DH et le minimum pour une course à 5 DH. Idem à Marrakech et Oujda, villes où la prise en charge est à 1,60 DH.

«Le cas de Casablanca est spécifique. Le prix du carburant n’est pas le seul élément qui détermine le coût des courses dans la métropole», se défend le représentant du syndicat. D’après lui, les embouteillages prolongent la durée du trajet et réduisent la rentabilité de la course. Majid Mouline invoque également la réduction du périmètre de travail. «A cause de la concurrence des taxis de 1ère catégorie, mais aussi des transporteurs informels (khataffa), nous sommes obligés d’opérer uniquement dans le centre-ville», regrette un professionnel. Dans certaines zones comme Hay Senaï (quartier industriel) à Attacharrouk ou vers la fin du boulevard Mohammed VI du côté de Douar Tqalia, «il est strictement interdit aux taxis de prendre ou déposer des passagers car ces quartiers sont contrôlés par les transporteurs informels», déclare un chauffeur.

Selon la profession, le prix de location des agréments à Casablanca contribue également à l’augmentation du coût de transport. Les conducteurs versent une redevance mensuelle minimale de 2 500 DH, en plus d’un «pas de porte» de 120000 DH en moyenne pour une durée de 12 ans. C’est deux fois plus cher que dans d’autres villes. A Rabat par exemple, «le pas de porte» s’établit à 40000 DH et la location à 1 500 DH par mois. Suite au renouvellement du parc des taxis, les chauffeurs disent avoir vu leurs charges augmenter davantage (traites du véhicule, assurance, gasoil, frais d’entretien…). «Les charges mensuelles de l’exploitant sont estimées à 8000 DH», avance le syndicaliste.

Des formations en développement des compétences comportementales pour les chauffeurs

Est-ce une raison pour que certains exploitants se livrent à des pratiques pour le moins frauduleuses ? Jugez-en ! A Casablanca, bien que l’arrêté relatif aux tarifs des taxis précise que la prise en charge démarre à 2 DH, le compteur affiche des fois 2,40 DH au départ. Un client qui n’a pas de monnaie ou qui n’insiste pas auprès du chauffeur est obligé de lâcher 8 DH pour une course de 7,50 DH. Sans compter d’autres subterfuges pour maximiser le gain.

La tarification du soir est une autre paire de manches. Du 1er mai au 30 septembre, l’augmentation de 50% ne peut être appliquée qu’à partir de 21h jusqu’à 5h. Or, sur le terrain, certains conducteurs appliquent cette tarification de 20h à 6h. «Vu que la plupart des compteurs des taxis sont programmés, certains chauffeurs appliquent la tarification de jour et rajoutent 50% à l’arrivée», reconnaît un membre de la profession.

Les chauffeurs n’entendent pas endosser seuls la responsabilité de cette fraude. «Les agents des 7 bureaux de contrôle de Casablanca contribuent à ce désordre. Ils imposent aux conducteurs de leur verser 3 à 5 DH à chaque pointage. En contrepartie, ils tolèrent les dépassements et n’activent pas les plaintes déposées par les usagers», accuse un membre du bureau syndical.

La wilaya de Casablanca semble décidée à mettre fin à ce désordre. Elle est en train de finaliser un nouvel arrêté concernant les conditions d’exploitation des taxis et l’encadrement du métier. «Il sera validé et adopté dans les semaines à venir», confirme un responsable au sein de la wilaya.

Sur le volet humain, tout futur conducteur voulant avoir le permis de confiance sera tenu de suivre une formation dans un institut de l’OFPPT. A cet égard, une convention de partenariat est signée avec cet établissement. Des formations en développement des compétences sont également prévues.

Sur le terrain, une commission régionale chargée du suivi et du réajustement des tarifs sera créée. Cet arrêté obligera aussi les exploitants à changer leurs véhicules après cinq ans d’exploitation. Les centres de contrôle et de pointage seront équipés d’un système d’information développé et les conducteurs seront dotés de cartes magnétiques. L’objectif est de dématérialiser la procédure et réduire le risque de malversation. La récurrence du pointage sera réduite à une fois tous les 15 jours au lieu d’une fois par semaine.

Pour lutter contre les mauvais comportements, les sanctions à l’encontre des chauffeurs seront renforcées. Dans l’autre sens, le texte s’attache à protéger les droits des conducteurs et à mettre de l’ordre dans ce métier. Ainsi, tous les nouveaux contrats seront signés à la wilaya en présence des membres du service compétent et il sera strictement interdit aux détenteurs des agréments d’imposer des pas de porte. Pour ce faire, les négociations pour le renouvellement du contrat se tiendront devant la commission. «Si le rentier demande un prix plus élevé que la moyenne du marché ou refuse tout simplement de renouveler le contrat avec le conducteur sans raisons valables, en l’occurrence le non-paiement de la mensualité à temps, nous garantissons aux conducteurs le droit d’exploitation, même après l’échéance du contrat», explique le responsable de la wilaya. Et d’ajouter, «si le rentier engage une procédure judiciaire et obtient gain de cause, chose qui est très courante, nous lui interdisons de signer un nouveau contrat, la loi nous l’accorde puisqu’elle interdit la vente ou la location des agréments».

Ce nouvel arrêté encadrera temporairement le métier en attendant que le cahier des charges relatif à l’exercice du métier au Maroc soit bouclé et validé par le ministère de l’intérieur.