La science au service de la police

C’est le Laboratoire national de la police scientifique qui a la charge des analyses ADN dans l’affaire des cadavres d’enfants de Taroudant.
Créé en 1995, il relève de la PJ, service le plus demandeur en la matière.
Il comprend six services, dirigés par des docteurs d’Etat : incendies et explosifs, chimie, physique, toxicologie, biologie, empreintes génétiques.

En plus d’être un vrai mystère, l’affaire des cadavres d’enfants découverts à Taroudant, au mois d’août, aura surtout atteint les sommets de l’horreur. Malgré la multitude de pistes retenues, dont les deux plus vraisemblables sont celles des chercheurs de trésors et des abus sexuels, l’enquête n’a pas encore abouti à des résultats vraiment palpables. Cela dit, les services de la médecine légale nous révèlent aujourd’hui les seules certitudes disponibles à ce jour. Deux des huit cadavres sont ceux d’enfants de sexe masculin âgés de 10 ans. Les six autres, toujours de sexe masculin, sont ceux d’enfants âgés de 13, 14 et 15 ans. Autre conclusion importante : la mort remonte de trois mois à quelques années sans autres précision car, selon des sources médico-légales, «tout dépend de la nature du sol dans lequel ont été ensevelis les cadavres». Enfin, les mêmes sources indiquent que les parties de squelettes retrouvées ne comportent que des lésions dues à des violences mineures. En d’autres termes, à ce jour, la cause de la mort n’a pas encore été déterminée. Les services de police continuent d’enquêter, aidés surtout par la médecine légale et le laboratoire scientifique.
Si les tragiques événements du 16 mai ont mis en exergue le travail de la police scientifique, celle-ci est de nouveau sous les feux de l’actualité avec l’affaire macabre de Taroudant, puisque le Laboratoire national de police scientifique est notamment chargé des différentes analyses ADN. En effet, c’est le Laboratoire national de la police scientifique qui a en charge l’analyse des empreintes génétiques. Actuellement, l’analyse est en cours sur les huit crânes, notamment à partir des dents. «C’est très complexe, car 90% de l’ADN se dégrade au bout de six semaines», signale A.S.,chef du Laboratoire national de police scientifique. Et d’ajouter : «Mais nous progressons et, bientôt, je pense que nous pourrons procéder à des recoupements avec d’éventuelles disparitions».
Mais qui se cache derrière cette police scientifique ?
En fait, son émergence a coïncidé avec la réorganisation de la DGSN, intervenue au début des années 1990. Il a été alors décidé de créer un véritable laboratoire de police scientifique. Auparavant, on parlait de «laboratoire criminalistique». La notion de police scientifique, et donc de laboratoire de police scientifique, est apparue avec les progrès scientifiques et technologiques. En France, ce n’est qu’à partir de 1985, sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur de l’époque (Pierre Joxe), que la police scientifique a connu une grande sophistication.
Fin 1995, un laboratoire national a donc été créé à Casablanca, ville jugée susceptible d’engendrer le plus grand nombre d’affaires. Jusqu’en 2003, le laboratoire national dépendait de la Direction de la police technique et scientifique. Or, depuis le début de cette année, il est rattaché à la direction de la Police judiciaire (PJ), car c’est le service le plus demandeur.
Composé de six services, le laboratoire national emploie une trentaine de personnes, lesquelles ont, bien sûr, le statut de policier, mais ont un profil forcément scientifique. Tous les chefs de service sont des docteurs d’Etat, le plus souvent formés à l’étranger ; tandis que les techniciens sont des licenciés (chimistes, biologistes, physiciens…).
Le recrutement se fait sur dossier. Des stages sont dispensés à l’Institut royal de police de Kénitra et, bien sûr, une formation continue a lieu, notamment dans le cadre de la coopération internationale. A.S. affirme que «le laboratoire est relativement bien équipé». En effet, les services Incendies et explosifs (intégrant aussi une section faux en écriture, document et fausse monnaie) ; Physique (avec une section balistique) ; Chimie ; Toxicologie; Biologie ; Empreintes génétiques, abritent du matériel performant qui a permis de résoudre bien des affaires difficiles (cf. encadré).
A l’heure actuelle, le laboratoire «traite près de 1 200 affaires par an», note A.S. Et de préciser : «Depuis 1996, nos interventions ont été multipliées par 10». Mais qui fait appel à la police scientifique et pourquoi ?
Généralement, tous les services de police, dans le but d’apporter des preuves scientifiques, donc quasi irréfutables, dans l’orientation de l’enquête préliminaire, ou encore directement vis-à-vis des suspects.
Le juge d’instruction ou le procureur du Roi peuvent solliciter les services du laboratoire dans une affaire. Des juges peuvent également recourir à l’expertise de cette police scientifique ; c’est notamment le cas dans les affaires de faux en écriture.
Néanmoins, contrairement à certains pays, la pratique des contre-expertises qui viendraient corroborer ou annuler un avis du laboratoire n’existe pas encore. «Dès la création du laboratoire, nous nous sommes fixé des règles bien précises. Une vraie déontologie. S’il y a un soupçon de doute, on le signale. Donc nos résultats sont considérés comme incertains et la fameuse preuve tant attendue est absente», déclare A.S.
Si, depuis 1996, on sollicite de plus en plus nos experts, A.S. reconnaît cependant que «le réflexe» n’est pas encore partagé par l’ensemble des intervenants de la chaîne judiciaire.
Pourtant, des policiers techniciens formés à Casablanca travaillent dans les principales villes du Royaume. Quant aux zones rurales, elles dépendent de la Gendarmerie royale. Cette dernière institution possède son propre laboratoire scientifique.
Quoi qu’il en soit, la police scientifique a un bel avenir devant elle. D’ailleurs, un peu partout, les séries télévisées s’en inspirent et Columbo est supplanté par Les Experts. Au Maroc, si la compétence des scientifiques et le bon niveau du laboratoire sont avérés, l’effectif demanderait sans doute à être revu à la hausse

Les techniciens du Laboratoire national de police scientifique sont des licenciés (chimie, biologie,…) bénéficiant d’une formation continue à l’Institut de police de Kénitra ou dans le cadre de la coopération internationale.