Je me suis engagée dans le combat contre l’article 490 du code pénal

Pr. Hakima Himmich, Présidente d’honneur du Collectif 490

Les objectifs du Collectif 490 ne se limitent pas à l’abolition de l’article 490, nous demandons aussi l’abolition des autres articles liberticides…
L’objectif de notre combat est justement que cet article 490 ne figure plus dans le code pénal et que les relations sexuelles librement consenties entre adultes ne soient plus hors la loi.
Je n’aurais jamais pu imaginer qu’aujourd’hui on en soit encore à devoir nous battre pour nos droits les plus élémentaires…

• Vous avez rejoint récemment le Mouvement 490, pourriez-vous expliquer ce qui motive votre adhésion à cette cause ?

Je suis avec beaucoup d’intérêt les actions du Collectif 490 depuis son initiation par Sonia Terrab et Leila Slimani. J’apprécie les slogans innovants comme «l’amour n’est pas un crime», et l’usage que le collectif fait des réseaux sociaux et qui permet de parler aux jeunes.

J’ai bien sûr signé la pétition. C’est une excellente initiative que de profiter de cette opportunité que donne la Constitution à la société civile. Il y a environ un an, j’ai été invitée par le Collectif 490 à enregistrer une vidéo sur ma position par rapport à cet article liberticide. C’est ainsi que j’ai rencontré pour la première fois Sonia Terrab et Ghislane Mamouni. Le courant est immédiatement passé entre nous.

Quelques mois après, la présidente du Collectif, Narjis Benazzou, et les membres du bureau Sonia Terrab et Karima Rochdi, m’ont demandé d’être présidente d’honneur du Collectif. J’ai accepté sans la moindre hésitation. J’ai été officiellement confirmée dans cette fonction lors de l’assemblée générale du 13 juin 2022.

• Vous êtes active dans le cadre de la vie associative, notamment dans le secteur médical, avez-vous déjà milité pour la défense des droits des femmes ?

Je ne me suis jamais engagée dans une association de défense des droits des femmes mais, aussi loin que remontent mes souvenirs, je n’ai jamais accepté que les filles soient traitées différemment des garçons. Je ne comprenais pas, par exemple, pourquoi ma sœur aînée et moi nous devions aider aux tâches ménagères, alors que mes frères en étaient exemptés ! A l’âge adulte mon engagement politique était entre autres motivé par la volonté d’atteindre l’égalité femme-homme dans notre pays. Je suis de la génération du Women’s Lib américain, du Mouvement pour la libération des femmes (MLF) en France et de la lutte pour les droits humains des militantes et militants progressistes marocains… Je n’aurais jamais pu imaginer qu’aujourd’hui on en soit encore à devoir nous battre pour nos droits les plus élémentaires. Au début des années 80, à mon retour au Maroc après de longues années d’études de médecine en France, si je n’avais pas été rattrapée par l’épidémie du sida je me serais probablement engagée dans le combat pour les droits des femmes. En 2018 j’ai quitté la présidence de l’ALCS qui continue à assurer ses missions avec succès sous la présidence du Pr Mehdi Karkouri, ce qui me permet d’envisager de m’engager dans le combat pour l’égalité femme/homme et contre l’article 490 du code pénal.

• Quel sera votre apport au niveau du mouvement Hors la loi ?

Personnellement, je préfère parler de Collectif 490 plutôt que de Hors la loi. L’objectif de notre combat est justement que cet article 490 ne figure plus dans le code pénal et que les relations sexuelles librement consenties entre adultes ne soient plus hors la loi. Je serais d’abord une militante comme les autres et à ce titre je participerais aux actions menées par le collectif. Je m’impliquerais particulièrement dans les activités de plaidoyer auprès des parlementaires, des décideurs. Je pourrais mettre au service de cette cause ma connaissance, ma longue expérience dans la société civile.

Si les fondatrices du collectif le souhaitent je pourrais essayer de créer des liens avec les mouvements historiques de lutte pour les droits des femmes. L’union fait la force.

• Quelles sont les actions prévues par ce mouvement ?

Je voudrais d’abord préciser que les objectifs du Collectif 490 ne se limitent pas à l’abolition de l’article 490, nous demandons aussi l’abolition des autres articles liberticides, ceux pénalisant l’homosexualité et l’interruption volontaire de grossesse.

Les actions prévues à court et moyen termes :

• Le dépôt de la pétition adressée au Parlement pour demander l’abolition des lois liberticides du code pénal.

• Une campagne médiatique qui va accompagner ce dépôt

• Continuer à sensibiliser l’opinion publique à notre cause à travers notre présence sur les réseaux sociaux et dans les médias.