Hépatite C : Questions à  Dr Abdelhak Mellah, Hépatogastroentérologue

«Si elle n’est pas prise en charge à  temps, une hépatite, quelle que soit son origine, se complique d’une cirrhose»

La Vie éco : Quelle est votre première réaction face à une hépatite C ?

Je devrais d’abord dire que c’est une maladie grave, parce qu’elle est souvent asymptomatique, elle évolue donc de façon insidieuse et la plupart des porteurs ne savent pas qu’ils en sont atteints.  Le diagnostic est posé de façon fortuite lors d’un bilan ou lors d’un don de sang. Elle se manifeste rarement par une asthénie ou un ictère. Il faut donc bien connaître cette maladie pour mieux la combattre.

C’est dur pour un patient de se savoir atteint du virus ?

C’était même dramatique au cours des années qui ont suivi la découverte du virus de l’hépatite C (1989), d’autant plus que l’accès au traitement était difficile et les chances de guérison étaient faibles. Aujourd’hui les choses ont beaucoup changé. 

Et ça évolue vers la cirrhose?

Comme j’ai dit au début, l’hépatite virale C est silencieuse et passe à la chronicité dans la plupart des cas et puis, après des dizaines d’années d’évolution (10, 20, 30), la cirrhose s’installe.

Mais la cirrhose existait avant même la découverte de l’hépatite C en 1989…

Bien entendu. Une hépatite, quelle que soit son origine (virale ou autres), si elle n’est pas prise en charge à temps, se complique d’une cirrhose après une longue période de chronicité, ceci, sachant qu’en plus de l’hépatite B il y avait des hépatites dont l’agent viral n’était pas connu et on les appelait hépatites non A non B . 

Et le traitement ?

L’hépatite C, répandue, transmissible, potentiellement grave, est devenue curable ; c’est la raison pour laquelle il faut la traiter.

Le premier médicament contre le virus de l’hépatite C a été commercialisé en 1991, c’est l’interféron.
Mais, depuis, le traitement a beaucoup évolué ; aussi bien sur le plan efficacité (de 6% de guérison à plus de 75% aujourd’hui) que prise en charge. Il faut dire que le Maroc a déployé beaucoup d’efforts pour que le dernier médicament, très efficace contre la maladie (mis récemment sur le marché international mais inaccessible), soit mis sur le marché marocain bientôt à un prix abordable.

Est-il au moins pris en charge ?

Je pense que oui parce qu’il est plus efficace et de loin moins cher que le traitement actuel.

Une idée de prévalence de cette maladie…

La prévalence sur le plan mondial est de 3%, c’est 130 millions de personnes atteintes. Au Maroc, nous n’avons pas de données exactes mais je pense que c’est entre 2 et 3%.